VOIE VERS DIEU

adveniat regnum tuum

     
 

 

Mieux connaître Marie

   
   
   
 

Paulette Leblanc

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Les Noces de Cana
 

Par moments, quand nous pensons à tous ces gens qui ne connaissent pas Dieu, ou qui se moquent de Lui, ou L'insultent et L'outragent sans aucune retenue, sans aucun respect pour ceux que cela blesse profondément, nos cœurs saignent. Et nous avons envie de crier les paroles de Jésus à Gethsémani : "Non ! Père ! Pas ça ! Père ! éloigne de moi ce calice !" Car nos cœurs ont trop mal, lorsque la souffrance de Jésus au Jardin des Oliviers résonne trop fortement en nous... Comme Jésus a dû souffrir durant son agonie, lorsque Satan faisait défiler devant Lui les images de notre monde qui rejette Dieu et méprise notre Sauveur! Notre cœur s'unit au Cœur de Jésus agonisant et après avoir crié: "Non ! Père ! Pas ça !" comme Jésus nous ajoutons, doucement : "Mais que la volonté de Dieu se fasse !"

Charles Poerson (1609-1667) – Les Noces de Cana

Que la volonté de Dieu se fasse... Alors là, nous ne comprenons pas du tout: la volonté de Dieu n'est pas que ses enfants se perdent. Tous ses enfants qu'Il crée avec amour et à chaque instant, Dieu ne peut pas, en même temps, vouloir leur destruction ou l'enfer. Alors, nous nous insurgeons: que se passe-t-il dans notre monde ? Jésus nous a pourtant tous sauvés, cela, c'est notre foi... Il est mort pour nous tous. Alors ?

Aujourd'hui le mal satanique envahit tout, s'attaque à tout et la détresse de ceux qui résistent est grande. Seigneur, où est ta vérité? Nous disons bien: TA vérité. Mais comment la trouver, la vérité de Dieu? Jésus, avec Toi à Gethsémani, nous sommes dans la détresse. Certes, nous savons que notre souffrance n'est une infime petite goutte de celle de Jésus à Gethsémani, alors nous Te l'offrons Seigneur, mais cela ne nous console pas... Et notre cœur a toujours mal, Seigneur. Mais nous devons continuer à vivre avec Jésus et avec Marie...

Nous retrouvons Jésus après son redoutable séjour au désert. Il doit immédiatement commencer à prêcher sa Bonne Nouvelle et à former ses futurs apôtres. Maintenant, il est temps. Nous pensons à ce qu'Il a vécu jusqu'à ce jour: pendant combien de temps Jésus travailla-t-il en Galilée affermissant sa réputation? Nous ne savons pas. Pendant combien de temps, la préparation immédiate de Jésus dura-t-elle avant sa rencontre avec Jean et les deux disciples de Jean qui suivirent l'Agneau de Dieu? Nous ne savons pas. Nos anciens n'avaient pas comme nous, un sens rigoureux de la chronologie et nous devons rester sur notre faim. De même, nous pouvons nous demander comment se fit le choix des derniers apôtres, quand et selon quelles circonstances ? Nous ne savons pas exactement; nous savons seulement que Jésus se fit accompagner de ses premiers disciples pour aller aux Noces de Cana. Ils étaient au moins quatre : Pierre et André, Jacques et Jean. Il faut ajouter Philippe et Nathanaël qui furent choisis trois jours avant que le groupe ne parte vers Cana, car l'Évangile de Jean nous dit: "Et le troisième jour[1], il se fit des noces à Cana en Galilée; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples."

Avant de partir pour les noces, Marie ne savait rien de Jésus. Mais depuis qu'elle a appris qu'il serait aux Noces de leurs amis de Cana, elle se réjouit et en parle à la famille de Joseph. Eux aussi iront à ces noces, car ils espèrent que Jude et Jacques trouveront là leurs futures femmes. Marie approuve: oui, ce serait bien que ces amis de Jésus aillent à ces noces. Leur avenir se jouera peut-être à Cana: il y aura tant de monde !

Marie prépare son voyage; oh ! Cana n'est pas bien loin de Nazareth ; une quinzaine de kilomètres, mais elle pense arriver un ou deux jours avant la fête, puis rester plusieurs jours à Cana ; les parents des jeunes mariés auront certainement besoin d'aide... Et puis, il y aura Jésus ! Quel bonheur ! Marie exulte : "Son âme bénit le Seigneur ! Son esprit exulte en Dieu son Sauveur !"

Le jour des noces est enfin arrivé. La cérémonie à la synagogue s'est bien passée. Tout le monde a félicité les deux jeunes mariés et tous les invités, et ils sont nombreux car la famille des mariés est très connue, appréciée et aimée, tous les invités se retrouvent chez les parents de la maman des mariés. Tout le monde veut, en effet, embrasser les deux jeunes et leur souhaiter beaucoup de bonheur. De tous les environs de Cana, les amis présents se regroupent pour le festin, un festin qui dure forcément plusieurs jours, vues les distances à parcourir, à pied ou à dos d'âne...

Le festin, qui était particulièrement réussi, dura effectivement longtemps. Les amis qui arrivèrent encore le lendemain étaient immédiatement invités à se restaurer, selon l'usage, et à participer à la joie de tous. Marie allait et venait, aidant les parents des mariés qui étaient parfois bien bousculés. Elle allait aussi de temps en temps vers les cuisines, pour indiquer au maître du festin, bien débordé, les lieux où l'on pouvait avoir besoin de lui. Bientôt Jésus arriva, mais il n'était pas seul. Marie alla embrasser son Fils, salua ses nouveaux amis, puis elle reprit discrètement son rôle auprès du maître du festin. Tout se passait très bien quand, soudain, un des serviteurs présents s'écria :

— Oh ! La ! La ! Il n'y a presque plus de vin !

Il se précipita vers le maître du festin qui, complètement affolé, alla trouver les parents des mariés, lesquels se mirent à chercher dans toute la maison pour trouver d'éventuelles outres pleines de vin... Marie, ayant entendu la remarque du serviteur, s'en alla trouver Jésus qui mangeait à une autre table, avec ses amis auxquels Jude et Jacques s'étaient joints. Elle dit à Jésus :

— Ils n'ont plus de vin...

Curieusement Jésus ne sembla pas prendre la chose au sérieux, et répondit à Marie que cela ne les concernait pas :

— Femme, qu'est-ce que cela peut bien nous faire, à moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue.

Que se passa-t-il à ce moment entre Jésus et Marie? Un regard, une transmission de pensée, un instant de grande compassion pour des amis en difficulté? Nous ne savons pas. Nous savons seulement que "la mère dit aux serviteurs, en désignant Jésus :

— Faites tout ce qu'il vous dira.

"Faites tout ce qu'il vous dira !" Étonnant ! Marie savait donc que son Fils pourrait faire un miracle... En avait-il fait à Nazareth, dans l'intimité de sa vie avec Marie ? Nous ne savons pas. À Cana, Jésus ne semble apparemment pas très intéressé par le manque de vin, pourtant, il se lève et se dirige vers le patio de la maison, où, nous dit l'Évangile, "il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : 'Remplissez d'eau ces urnes.'"

Les serviteurs s'étonnent, mais Marie leur fait signe d'écouter Jésus. Alors, "ils les remplirent jusqu'au haut. Puis Jésus leur dit : 'Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin.' Et ils en portèrent." Les disciples de Jésus ne comprenant pas très bien ce qui se passait s'étaient rapprochés des urnes et suivaient attentivement le manège des serviteurs. Ils attendent la réaction du maître du festin. "Dès que ce dernier eut goûté l'eau changée en vin (il ne savait pas d'où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient), il interpella l'époux et lui dit : 'Tout homme sert d'abord le bon vin, et après qu'on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu'à ce moment.'"

L'époux se leva et lui aussi, se dirigea vers les urnes contenant l'eau, ou plutôt maintenant, le vin, et goûta, lui aussi, l'eau changée en vin. Il ne comprit pas ce qui s'était passé, mais le vin était vraiment excellent. Il se tourna vers Jésus pour l'interroger, mais Jésus qui avait rassemblé ses disciples, s'éloignait discrètement.

"Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui."

L'Évangile poursuit : "Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours." (Jn 2, 1 à 12) Cela signifie probablement que Jésus revint plus tard à Cana, peut-être le lendemain, pour chercher quelques membres de sa famille. On ne peut rien dire de plus, sauf supposer que Jude et Jacques, qui deviendra Jacques le Mineur, choisirent alors de suivre Jésus. Cela ne semble pas impossible: en effet, Jésus avait été leur compagnon pendant des années. Ils appréciaient sa compétence, sa patience, et sa façon bien à lui de rendre simples et compréhensibles les choses les plus compliquées. Et le miracle que Jésus venait d'accomplir les avait retournés.

Quant à la  Vierge Marie, elle retourna à Nazareth. À quoi pensait-elle ? Quels étaient ses espoirs et ses craintes ? Avant de la quitter, quelques mois plus tôt, Jésus lui avait laissé entendre qu'il aurait à souffrir dans sa mission. Il lui avait aussi montré qu'Il était UN avec le Père, dans l'Esprit. Marie conservait toutes les paroles de son Jésus dans son cœur. Elle les méditait souvent, mais elle avait encore du mal à réaliser que son Fils était Dieu. Pourtant, depuis Cana, bien des choses s'éclairaient. Certes elle était triste de ne plus vivre avec Jésus, mais elle comprenait que Dieu est à tous les hommes, et qu'elle devait toujours faire la Volonté de Dieu. Marie comprenait que Jésus devait grandir devant les hommes, et qu'elle-même, sa maman, elle serait de plus en plus l'humble servante, toujours prête à répondre aux appels de Dieu. La "servante du Seigneur" allait devenir de plus en plus servante des hommes.

Marie resta-t-elle à Nazareth après son retour des noces de Cana ? Ou bien les circonstances de la vie de Jésus l'a conduiraient-elle à venir aider l'équipe des disciples de Jésus ? Peut-être, mais dans une extrême discrétion, une discrétion telle qu'aucun document ne nous est resté de la vie de Marie. Les Évangélistes ne parleront plus d'elle que très rarement avant qu'ils ne nous la présentent au pied de la Croix. Avant la Croix, à deux ou trois reprises seulement, et très brièvement, ils nous la montreront, mêlée aux autres saintes femmes qui accompagnaient Jésus, mais rien de plus. C'est dommage, car la Vierge Marie est, après Jésus, le plus parfait modèle de vie que nous devrions imiter pour nous sanctifier. Alors, malgré nos faibles informations, nous allons essayer de la suivre jusqu'au Calvaire.

Nous allons essayer d'accompagner Marie jusqu'au Calvaire où les Évangélistes nous la montrent au pied de la Croix. Nous nous aiderons des quelques rares phrases la concernant, cachées dans l'Évangile, mais nous n'inventerons rien. De nombreux saints et mystiques, ont eu des révélations concernant la vie de Marie; l'Église a multiplié les fêtes magnifiant sa sainteté. Nous, nous nous conduirons comme Jean le Baptiste qui disait, parlant de Jésus: "Il faut qu'il croisse et que moi, je diminue." Nous découvrirons ainsi toute l'humilité de la Vierge Marie.


[1] Après la rencontre avec Nathanaël.

   

 

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