VOIE VERS DIEU

adveniat regnum tuum

     
 

 

Mieux connaître Marie

   
   
   
 

Paulette Leblanc

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La fuite en Égypte
 

Nous n'arrivons pas à comprendre la raison de tout ce mal qui nous submerge... Pourquoi les hommes rejettent-ils Dieu, leur Créateur et Père? Parfois nous sommes consternés, épouvantés. Pourquoi tant de responsables politiques s'agitent-ils en ce moment pour faire voter des lois contraires aux commandements de Dieu? Alors nous prions et nous nous tournons vers Marie. Il ne semble pas qu'à son époque, le monde juif qui pourtant était grandement pécheur, en soit arrivé à des absurdités aussi coupables que les nôtres d'aujourd'hui, péchés aussi graves que ceux des mondes païens où les sacrifices humains étaient très nombreux et les débauches épouvantables.

Nous revenons à Marie et à ce qui faisait sa vie, sa vie de prière et sa vie humaine de tous les jours placées sous le regard de Dieu selon les enseignements des docteurs de la Loi. Ces enseignements étaient bons; ce que Jésus leur reprochera plus tard, c'est de les imposer aux autres et de ne pas les observer eux-mêmes qui devraient être des modèles. Jésus dira: "Ils disent, mais ne font pas." Certes, les enseignements des docteurs de la Loi étaient trop formalistes, trop extérieurs, mais ils étaient justes, trop pratiques peut-être, mais conformes aux enseignements de Dieu. Marie obéissait, parfaitement, sans discuter, répondant ainsi à la volonté de Dieu.

Les mages sont partis. Joseph, que les dernières paroles des mages ont rendu inquiet, termine une dernière commande et la livre dès le lendemain à la grande surprise du client. Puis, après le souper,  Joseph et Marie font le point sur la situation:

— C'est vrai, dit Joseph, trop de monde nous connaît ici. Peut-être faudrait-il déménager, aller dans un autre village. L'Enfant ne doit pas être en danger.

Marie est d'accord, mais où aller?

— À Nazareth? suggère Marie.

— Peut-être, mais il faudrait rentrer vite et incognito.

— À Nazareth, on ne connaît rien de l'Enfant, ni de la manifestation des anges aux bergers, ni de la venue des mages.

Joseph soupire :

— Ce n'est pas certain, car trop de caravanes passent par ici, venant ou allant à Jérusalem et ailleurs. Ce soir, je ne sais vraiment pas quoi faire... Mais Dieu nous fera signe.

— Comme tu veux, dit Marie. Mais, en attendant, nous devons prier, puis nous irons nous reposer. Joseph alors entonne quelques passages du psaume 54.

"Ô Dieu, sauve-moi par ton nom, et rends-moi justice par ta puissance. Ô Dieu, écoute ma prière, prête l'oreille aux paroles de ma bouche. Car des étrangers se sont levés contre moi... Mais voici que Dieu est mon secours; le Seigneur est le soutien de mon âme. Il fera retomber le mal sur mes adversaires... Je louerai ton nom Yahweh car il est bon, il me délivre de toute angoisse..."

Joseph et Marie ont longtemps prié. Puis ils se dirigent chacun dans son coin de repos, mais comme malgré eux, ils rangent un peu leurs affaires. Enfin, ils se couchent et s'endorment rapidement d'un sommeil profond et réparateur. Soudain, Joseph est réveillé... Un ange est là qui lui dit: "Lève toi, prends l'enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu'à ce que je t'avertisse; car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr." (Matthieu 2, 13)

Joseph se lève, et, réveille Marie. Elle doit tout de suite préparer l'Enfant... Malgré la nuit, Joseph s'en va trouver sa logeuse. Il lui explique la cause de son départ précipité, et lui achète deux ânes. La logeuse croit immédiatement tout ce que lui dit Joseph, car elle a été très impressionnée par tout ce qui s'est passé ici, depuis quelques jours. De retour auprès de Marie, Joseph dépose tous les vêtements préparés par Marie, dans les besaces posées sur le dos des ânes. Il y range aussi ses outils. La maison est maintenant toute nette; ils peuvent partir "et se retirer en Égypte où ils resteront jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète: j'ai rappelé mon fils d'Égypte." (Matthieu 2, 14 et 15)

À la dérobée, Joseph essuie une larme. Marie est très triste: que va-t-il leur arriver? Est-ce cela le glaive qui lui a été promis par Siméon: ne pas savoir où aller pour sauver son Fils à tout prix? Malgré son angoisse, le petit groupe marche relativement lentement car les ânes sont très chargés. Mais nos amis sont sous la protection de Dieu, et déjà ils murmurent quelques phrases du cantique de Tobie: "Vous êtes grand, Seigneur, dans l'éternité, et votre règne s'étend à tous les siècles. Car vous châtiez et vous sauvez, vous conduisez au tombeau et vous en ramenez, et il n'est personne qui puisse échapper à votre mains. Célébrez le Seigneur, enfants d'Israël, et louez-le devant les nations. Car il vous a dispersés parmi les nations qui l'ignorent, afin que vous racontiez ses merveilles, et que vous leur fassiez connaître qu'il n'y a point d'autre Dieu tout-puissant que lui seul..."

Joseph, en raison des besoins de son métier était déjà allé plusieurs fois en Égypte. Il n'est donc pas inquiet sur la route à suivre. Il sait qu'ils doivent d'abord passer par Hébron, une ville très sainte. Là, il espère qu'il sera en sécurité au moins pour quelques jours; il trouvera aussi un refuge pour sa famille. Ensuite, quand Marie sera un peu reposée, ils repartiront, et iront jusqu'à Béer-Shéba. Il connaît bien la route. Ensuite, pense Joseph, le mieux serait peut-être d'aller jusqu'à Nitsana. Certes le chemin est long, accidenté et désertique: mais c'est le chemin le plus court, et les caravanes qui passent continuellement leur assureront une certaine sécurité. Et puis, Nitsana n'est pas loin de l'Égypte. Une petite journée de marche, et ils seront enfin en sécurité.

Tout se passa comme Joseph l'avait prévu. Leur fuite leur demanda environ une quinzaine de jours, mais tout s'était passé pour le mieux. Marie avait été remarquable, ne se plaignant jamais. Et le Petit avait été adorable. Il avait particulièrement aimé l'âne qui le portait quand ses petites jambes étaient trop fatiguées... Et puis, parfois, ce petit Enfant semblait mieux connaître le chemin que les adultes: ainsi, à plusieurs reprises, il avait fait comprendre qu'il fallait quitter la route des caravanes pour profiter d'un peu de calme dans un endroit particulièrement beau. Qu'était donc ce Petit qui savait tant de choses? Joseph et Marie s'étonnaient et conservaient toutes ces choses dans leur cœur.

Enfin, voici l'Égypte! La famille de Joseph s'arrêta dans un petit village. Là ils rencontrèrent quelques compatriotes exilés comme eux. Joseph fut bien content: ainsi, ils ne seraient pas complètement dépaysés, et ils pourraient prier dans la minuscule synagogue qu'on leur indiqua. On informa aussi Joseph que non loin de là, les Égyptiens avaient entrepris d'importants travaux: il pourrait facilement trouver du travail. Comme il y avait un petit bosquet tout proche, Joseph alla se procurer des branchages avec lesquels il construisit une petite hutte, pas trop loin d'un point d'eau. La famille s'installa et une nouvelle vie commença pour Joseph et Marie, et Jésus...

La sainte famille s'était bien organisée. Elle pouvait aller prier dans la petite synagogue avec des compatriotes, et Joseph avait trouvé un travail intéressant: il était très content. La Vierge Marie s'occupait de son enfant et de quelques autres qui n'avaient plus de maman: ainsi Marie apprenait à prier et à vivre selon Dieu à ces pauvres petits abandonnés. Quel bonheur pour eux! Joseph ne pouvait plus retourner à Nazareth: d'une part c'était beaucoup trop loin et, de plus, il n'osait pas risquer de provoquer des questions indiscrètes ou des bavardages dangereux. Mais, heureusement il recevait régulièrement, grâce aux caravanes, des nouvelles de Jérusalem et de son pays.

   

 

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