LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

27
La France devenue hideuse

« Je ne peux retenir mes larmes d’après ce que Notre-Seigneur vient de me dire, après L’avoir reçu dans la sainte communion. Voici les terribles paroles de ce divin Sauveur :

— La face de la France est devenue hideuse aux yeux de mon Père ; elle provoque sa justice ! Offrez-lui donc la Face de son Fils qui charme son Cœur, pour attirer sur cette France sa miséricorde ; sans quoi, elle sera châtiée. Là est son salut! c’est-à-dire en la Face du Sauveur. Voyez quelle preuve de ma bonté pour la France, qui ne me paie que d’ingratitude.

Alors j’ai dit : — Seigneur, est-ce bien vous qui ne donnez ces lumières ?

Notre-Seigneur m’a répondu :

— Auriez-vous pu vous les procurer vous-même dans la dernière communication ? C’est exprès que je vous ai laissée depuis huit jours dans des ténèbres si profondes, afin de vous faire discerner mon opération.

Père éternel, nous vous offrons la Face adorable de votre Fils bien-aimé, pour l’honneur et la gloire de votre saint Nom et pour le salut de la France ! » [1].

Réparer, réparer…

« Permettez-moi de vous ouvrir mon pauvre cœur, blessé par un glaive de douleur, à cause de la nouvelle application que Notre-Seigneur m’a donnée ce matin sur son précieux chef couronné d’épines et sur sa Face adorable qui est un butte aux outrages des ennemis de Dieu et de l’Église. Il m’a fait entendre de nouveau ses douloureuses plaintes! Et ce divin Sauveur me faisait entendre qu’Il cherchait dans notre maison des âmes pour cicatriser ses blessures en réparant les outrages qui lui sont faits et en appliquant sur ses divines plaies le vin de la compassion et l’huile de la charité. Et il me semblait que Notre-Seigneur me disait que si la Communauté s’appliquait à cet exercice de réparation, Il lui donnerait un baiser d’amour qui serait le gage du baiser éternel. Il me semble aussi, ma Révérende Mère, que Notre-Seigneur me disait de vous remercier de ce que vous aviez déjà fait pour Lui en cette œuvre de réparation des blasphèmes et qu’Il vous engageait à continuer. J’avais peine à prendre la résolution de parler de ces choses, à cause que je craignais l’illusion, et je disais à Notre-Seigneur que, malgré le désir que j’avais de Le voir glorifié, je n’aurais pourtant jamais voulu dire une chose qui fût seulement un simple effet de mon imagination. Mais il me semblait que Notre-Seigneur me pressait de plaider sa cause et de demander pour Lui du soulagement à ses cruelles douleurs. J’ai senti pendant près de deux heures la présence de ce divin Sauveur dans mon âme.

Mon Sauveur, lui ai-je dit, ah ! veuillez vous choisir un plus digne instrument. Cherchez une Thérèse ou une Gertrude.

Et les sanglots et les larmes ont un peu soulagé mon pauvre cœur. Cette journée a été pour moi pleine d’angoisse ; mais heureuses souffrances, puisqu’il me semblait que Notre-Seigneur me faisait connaître qu’en me voyant prendre part à ses peines et les partager avec lui, il en été consolé !

Oh ! ma bonne et Révérende Mère, je vous demande en grâce, pour l’amour et la consolation de Notre-Seigneur que vous vouliez envoyer dans quelques-unes de nos maisons les prières de la Réparation des blasphèmes qui sont si agréables à Notre-Seigneur: aussi je les ai dites deux fois dans cette journée en priant ce divin Sauveur de les recevoir comme le précieux parfum que sainte Madeleine son amante Lui versa sur la tête quelques jours avant sa Passion.

Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Il y avait cinq semaines que Notre-Seigneur n’avait rien opéré en moi d’extraordinaire: seulement j’étais toujours appliquée à la réparation des blasphèmes, en soupirant après la naissance de cette œuvre, toutefois dans une grande paix, m’occupant du troupeau dont la garde m’a été remise ; tous les jours je le mène paître dans les divines prairies des mystères de la vie et de la Passion du Bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, afin qu’aucune d’elles ne périsse. ». [2]


[1] Lettre du 23 janvier 1846.
[2] Lettre du 8 mars 1846.

   

 

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