VOIE VERS DIEU

adveniat regnum tuum

     
 

 

Mieux connaître Marie

   
   
   
 

Paulette Leblanc

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Jésus jeune adulte
 

Jésus vivait à Nazareth. Il était soumis à ses parents. Notre étonnement est grand : comment Dieu incarné en Jésus pouvait-il agir ainsi ? L'Évangile ne nous dit rien. Nous n'avons même aucune information sur l'épisode douloureux à la fois pour Jésus et pour Marie, de la mort de Joseph. Certes, certains saints mystiques ont “vu” la mort de Joseph assisté par Jésus. Certes, nous aimerions bien rapporter ces scènes, mais, comme elles ne font pas partie de la Révélation retenue par l'Église, nous nous en abstiendrons. Cependant, notre curiosité étant bien excitée, nous essaierons de contempler longuement Jésus dans sa vie de jeune adulte, en nous inspirant seulement de ce qu'Il fut pendant sa vie publique et de ce que nous connaissons de la vie des gens de son pays, à cette époque.

Jésus dira plus tard, à ses apôtres, “qu'Il est doux et humble de Cœur”. Il était donc doux et humble à Nazareth, doux, compréhensif et patient avec les clients de Joseph. Comme il est doux pour nous de contempler Jésus faisant la paix autour de Lui! Il apaise les tensions par sa simple présence. Comme on se sent en sécurité avec lui! Pourtant, il est si discret, si compréhensif, mais aussi si clairvoyant. Les gens qui l'approchent ont l'impression qu'il comprend tout: toutes les difficultés, toutes les incompréhensions, tout ce qui gêne, tout ce que l'on ne comprend pas.

Pourtant Jésus jeune adulte se conduit en homme ordinaire, et c'est tout le mystère de son être. Il se soumet à un apprentissage d'homme et de prophète. Verbe de Dieu incarné, sa nature divine sait; mais l'homme qu'Il est, l'homme Jésus ne sait pas car Jésus-Christ veut laisser dominer sa nature divine par sa nature humaine. Mystère insondable de l'Amour! Et si l'on contemple aussi son attitude vis à vis des pécheurs, on reste aussi très étonné: Jésus ne les fuit pas; ils ne lui répugnent pas. Au contraire, on peut imaginer que Jésus saisit une occasion pour les rencontrer, seul à seul, pour leur expliquer leurs erreurs, et le mal qu'ils se font aussi à eux-mêmes. Comme on est heureux avec Jésus! Comme on a envie de devenir des justes! Oui, le péché est atroce... Mais comment fait-il Jésus, qui n'est que le fils du charpentier, pour agir avec une telle bonté et une telle clarté? C'est très simple, il vit les commandements de Dieu. Et puis, Il est tout proche de Marie, sa Mère Immaculée, qui reçoit avec tant d'amour et d'affection tous ceux que son fils lui envoie... Et l'on peut facilement imaginer le dévouement de Marie envers les pauvres pécheurs.

Mais nous devons quitter Jésus apaisant les plaies dont souffrent les pécheurs, pour le contempler dans sa vie ordinaire. Voici Jésus qui travaille avec Joseph. Il est très discret, très obéissant, mais parfois c'est lui qui donne un conseil à Joseph, comme s'il voyait à l'intérieur des objets. Joseph s'étonne, sourit, puis fait comme son Jésus vient de lui conseiller. Quel amour entre eux! Quelle confiance extraordinaire! Pour Joseph, son travail devient un vrai plaisir... Mais de temps en temps Jésus quitte Joseph pour aller voir Marie, lui chercher l'eau dont elle a besoin, ou cueillir quelques légumes difficiles à arracher. Et, au passage, Jésus dépose rapidement un baiser sur la joue de sa Mère qui sourit et essuie une larme...

À Nazareth, comme dans les petits villages, tout le monde se connaît. Aussi Jésus est-il amené à rendre de nombreux services, à consoler ceux qui pleurent, à soulager ceux qui souffrent. Oui, Jésus fait déjà des miracles, mais ils sont si discrets, ces miracles, que l'on ne s'en aperçoit pas. On sait qu'avec Jésus, si on l'appelle, tout ira beaucoup mieux. Jésus n'est que le fils du Charpentier, mais tout le monde a confiance en lui. Et Jésus sait tant de choses: les habitants de Nazareth sont souvent étonnés de la science de Jésus. On lui confie parfois la mission de lire le texte prévu, le jour du sabbat. Et tout devient si clair si simple avec lui, quand il explique les textes parfois bien obscurs; qui lui a donné une telle science ?

Il n'y a pas que les adultes qui fassent confiance à Jésus; les enfants l'adorent. Quand des enfants viennent le voir pendant qu'il travaille, Jésus s'arrête un moment, il les accueille, leur demande de ne pas déranger Joseph qui est très occupé, mais il prend la peine de leur montrer et de leur expliquer ce que lui, Jésus est en train de fabriquer. Les enfants sont émerveillés, et ils écoutent Jésus, surtout quand il leur parle de Dieu, avec une attention exceptionnelle. Puis, au bout d'un certain temps Jésus renvoie les enfants et leur donne rendez-vous avec Marie, à la fin de l'après-midi. Enfin, le soir, Jésus organise des jeux et renvoie tout le monde. Jésus aurait-il inspiré le scoutisme ?

Continuons notre contemplation: quand on appelle Joseph à l'extérieur pour résoudre un litige, Jésus prend sa place à l'atelier. Parfois Joseph revient demander conseil à Jésus quand le problème est trop difficile ou trop délicat. Jésus découvre toujours le nœud qu'il faut absolument dénouer. Un nœud souvent très simple, mais que l'on n'avait pas vu. Jésus demande aussi de modifier certains comportements qui ne sont pas dignes des juifs pieux. Il renvoie au texte de la Loi qui devient comme une lumière. Vivre avec Jésus, ce devait être un extraordinaire bonheur. Comment se fait-il que ceux de Nazareth ne l'ait pas tous apprécié, ce bonheur ?

Nous avons contemplé Jésus à son travail dans l'atelier de Joseph, enseignant les enfants et les envoyant vers Marie. Peut-on aussi imaginer Jésus avec les jeunes adultes? Au temps de Jésus, le travail manuel était obligatoire pour tous. Il était donc tout à fait normal que Jésus travaillât comme charpentier. À cette époque, l'électricité n'existant pas, la journée de travail correspondait à la durée du jour, car les lampes étaient insuffisantes pour éclairer les travaux délicats. De même, tous les travaux, même les plus durs, se faisaient avec la seule force de l'homme. Les hommes et les femmes étant le plus souvent séparés, sauf en famille, les hommes se retrouvaient lorsqu'il y avait des travaux pénibles à réaliser; les travaux ménagers étaient réservés aux femmes qui étaient également, en plus du soin des enfants, chargées de filer et de tisser les étoffes et de confectionner les vêtements, de laver le linge et, parfois, d'accomplir des tâches dans les jardins ou dans les champs. La vie au temps de Jésus et en Israël était totalement différente de la nôtre, ce qui ne facilite pas une représentation aussi exacte que possible des relations au sein de la sainte Famille.

Efforçons-nous pourtant de contempler Jésus et sa famille dans sa vie quotidienne. Oui, il travaille beaucoup; oui, il rend bien des services; oui, son intelligence est remarquée et sa gentillesse aussi. Oui, Jésus est le Verbe de Dieu incarné, mais il doit vivre comme tous les hommes et se couler dans leurs exigences, mais aussi dans leurs joies quotidiennes. Oui, Joseph est souvent en admiration devant son Jésus, et il le fait savoir, mais Marie se tait. Oh! elle aussi s'étonne parfois, elle aussi admire Jésus, mais sans rien en dire. Elle seule sait qui est le vrai Père Jésus, et elle adore Dieu en silence quand elle le contemple. Souvent elle ne comprend pas, mais elle garde tout dans son cœur. Elle sait aussi que si elle posait trop de questions à son fils, il ne répondrait pas toujours, car ce n'est pas encore l'heure. Marie se contente d'aimer, et de se conformer toujours à la très sainte volonté de Dieu.

Comme  Jésus, qui est le Fils de Dieu, le Messie attendu et venu pour sauver tous les hommes, mais pas à la manière humaine désirée par les juifs, Marie se soumet à la volonté de Dieu dont elle est toujours l'humble servante. Donc Marie se considère comme la servante de son Fils, oh! pas d'une manière servile et voyante, mais discrètement, en douceur, comme une mère attentive et réservée, connaissant le mystère de Jésus. Souvent Marie regardait Jésus, longuement comme pour lui demander conseil. Et Jésus lui répondait, lui aussi par un long regard d'amour. Et Marie comprenait; Marie souriait et elle allait là où était la volonté de Dieu manifestée par le regard de Jésus.

Ainsi Jésus et Marie se parlaient simplement en se regardant, et cela n'a rien d'extraordinaire. Qui d'entre nous n'a pas, un jour, fait cette expérience? On veut dire tout son amour à quelqu'un, mais on ne peut pas parler: alors on regarde ce quelqu'un qui comprend. Ou bien, on écoute un conférencier qui bientôt émet une hypothèse apparemment scabreuse. Un simple regard vers un ami compétent nous confirme notre désaccord ou, au contraire, approuve le conférencier. Ou encore, lors d'une grande détresse, le regard d'un ami fidèle apporte la paix dont nous avions besoin. Il n'est donc pas étonnant que Jésus et Marie aient conversé de cette façon.

N'oublions jamais que Jésus et Marie furent les plus grands mystiques qui aient jamais existés. Être mystique, c'est d'abord aimer Dieu plus que tout, Le regarder du fond de son cœur, Lui parler, Le louer, Le bénir, L'adorer... et écouter ses paroles toujours discrètes mais très personnelles, et répondre en faisant sa volonté. Notre monde, qui ne sait plus écouter Dieu, ne sait plus que se moquer des mystiques, les prenant pour des fous, des illuminés, des aliénés, même. C'est très dommage, car agir ainsi c'est se priver de Dieu, de ses paroles, de ses enseignements, et surtout de son Amour qui seul rend heureux. Contemplons longuement les conversations muettes de Jésus et de Marie, et laissons-nous d'abord regarder par le Christ; nous le regarderons aussi, et nous comprendrons tant de choses, et nous découvrirons le véritable bonheur, à travers le langage silencieux de l'amour que nous aurons réappris.

Ce jour-là un jeune de Nazareth frappa tout doucement à la porte de la maison. Il pleurait. Ce jeune avait un gros problème personnel et intérieur dont il ne pouvait pas parler, surtout chez lui. Il regarda Marie et semblait la supplier. Marie comprit et elle appela Jésus. Jésus comprit aussitôt et, après avoir fait signe à Marie, il emmena le jeune à l'extérieur. Que se sont-ils dit? Que fit Jésus et comment comprit-il cette douleur inexprimable ? Nous ne le saurons jamais. Mais Jésus, en quittant ce pauvre lui donna rendez-vous pour le soir même. Il lui demanda de venir avec ses amis. Le soir, Jésus commença par organiser un bon jeu de ballon (l'ancêtre du football ?). Puis quand on se sentit fatigué, il fit asseoir tout le monde et se mit à enseigner. Et Jésus parla du bonheur, du bonheur quand on rend service à ses frères, du bonheur quand on aime Dieu et qu'on le prie. Ces jeunes adultes ne perdaient pas une seule des paroles de Jésus. La nuit étant venue, Jésus les renvoya en leur disant qu'il fallait qu'ils aillent tous se reposer, car demain, ils auraient une longue journée de travail.

Jésus revit régulièrement tous ces jeunes. Chaque sabbat après-midi ils étaient là. Ils jouaient avec conviction, puis écoutaient Jésus avec passion, et s'en allaient après avoir pris une bonne résolution. Jésus apprenait à ses amis que "ce n'est point avec leur épée que leurs pères avaient conquis le pays, ce n'est point leur bras qui leur a donné la victoire ; mais c'est la droite de Dieu, c'est le bras de Dieu, c'est la lumière de sa face, parce qu'Il les aimait." (Ps. 44, 4) Encore une fois nous nous demandons : Jésus jeune adulte ne serait-il pas le véritable inspirateur du fondateur du scoutisme ?

   

 

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