CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

Lettre I
Nécessité d'un directeur

Monsieur le Curé,

Vous m’avez demandé si la voix qui m’entretenait m’avait jamais parlé de mon directeur de manière à former là-dessus une instruction. Je vous ai déjà répondu que oui.

Le Sauveur Jésus, car il me semble que c'est bien lui qui me parle, m’a donné plusieurs avis sur ma manière d’agir vis-à-vis de mon directeur. Je l’ai rappelé dans mes cahiers quand j’en ai trouvé l’occasion. Mais, outre cela, il m'a parlé d’une manière toute particulière de mon directeur dès le commencement où j'ai eu le bonheur d’entendre sa voix. Il m'a parlé trois fois de suite sur ce sujet et dans l’ordre suivant : Premièrement, de la nécessité d’un directeur; secondement, de la manière d’agir avec un directeur; troisièmement, des qualités d'un directeur.

Je vais rapporter le premier entretien, savoir : de la nécessité d'un directeur.

« Ma fille, me dit un jour le Sauveur Jésus après la sainte messe, je vous ai souvent recommandé de parler à celui qui vous dirige de ce que vous éprouvez dans vos relations avec moi. Vous ne vous êtes jamais demandé à vous-même le motif de cette recommandation. Vous le comprendrez plus tard. Vous ne vous êtes jamais demandé non plus pourquoi vous avez non seulement un confesseur, mais aussi un directeur dans celui à qui vous faites connaître les secrets de votre âme. Je veux vous le faire comprendre et vous montrer comment il est nécessaire qu'il en soit ainsi.

Depuis la révolte du premier homme, tous les hommes sont plongés dans les ténèbres; ils ont des yeux et ils sont néanmoins incapables de se conduire eux-mêmes dans la voie qui mène à Dieu. La vie, en effet, est entourée de dangers, de périls, de précipices; les ennemis de l'homme se dressent partout sur son passage, et voilà pourquoi il faut à l'homme une lumière autre que celle de son œil ou de son intelligence, pour qu'il puisse marcher sûrement, et c'est ainsi, à l’aide de directeurs ou de conseillers, que tous les hommes doivent poursuivre leur carrière vers l’éternité.

Telle est la volonté de Dieu. L'homme a péché par orgueil et voulu marcher par sa propre lumière, il est puni par où il a péché, et jusqu'à la fin des siècles l'homme marchera dans la voie du salut d'après les lumières d’autrui.

Vous savez ce qui se passait dès le commencement du monde. Les chefs de famille étaient les conseillers de toute la famille; et comme ils ne pouvaient trouver dans leurs enfants les conseillers dont ils avaient besoin pour eux-mêmes, c'était Dieu qui leur faisait entendre sa voix et leur prêtait ses lumières et ses conseils. Tels étaient les chefs de famille, les patriarches, les législateurs, les juges, les prophètes et les pontifes du peuple de Dieu. Les conseils de ces hommes inspirés de Dieu étaient la lumière du peuple.

Quand le moment fut venu, je vins moi-même pour être le conseiller universel de l’humanité. Je vins lui rendre la lumière, la vérité et la vie. J’ai répandu cette lumière, cette vérité et cette vie dans mes apôtres, et, à travers les générations, elles passent par le sacerdoce de ceux que j'ai choisis pour mes ministres, éclairant les intelligences, les nourrissant de la seule nourriture véritable, les vivifiant et les portant chaque jour par une vie plus forte et plus généreuse au centre de la vie qui ne finira jamais.

Ainsi donc, ma fille, l'homme doit se servir d'un conseiller ou d’un directeur, parce que Dieu a réglé ainsi le commerce de la vie surnaturelle.

Voyez l'homme, ma fille dans le commerce de la vie naturelle; il consulte, il demande avis, conseil et lumière; fût-il le plus savant, le plus éclairé, le plus sage des hommes, il se défie de lui-même, il a recours à autrui. La vie surnaturelle, à plus forte raison, demande qu'on agisse ainsi, si l’on veut marcher droit dans cette vie, ne point se perdre ni faire fausse route.

" Vous comprenez, en effet, ma fille, que la vie surnaturelle est d'une importance bien autre que la vie naturelle qui est pour le temps, tandis que l’autre est pour l’éternité. Voilà pourquoi, si vous examinez le monde surnaturel, vous verrez tous les saints, les plus grands docteurs, le docteur des nations lui-même, frappé sur le chemin de Damas, demander à autrui conseil et lumière pour marcher vers Dieu.

Seul, je puis me passer de conseil et de lumière, parce que je suis le conseil et la lumière de tous; mais tous les hommes sont soumis à marcher d’après la lumière d’autrui, non d’après leur lumière et leurs conseils.

Les hommes les plus savants et les plus sages pour diriger les autres ressemblent à des aveugles qui se trouvent sur un chemin seuls et sans guide, quand ils veulent marcher d’après leur propre sagesse. Ils tâtonnent, ils vont à pas lents pendant quelques jours et puis ils tombent dans des abîmes. Car l'homme est aveugle pour ce qui le concerne lui-même, il prend aisément ce qui est vicieux et défectueux pour le bien ou la vertu, et l’erreur est pour lui une cause de chute et de mort. Il tombe, parce qu'il n'a personne pour le guider; il meurt, parce qu'il n'a point le secours d'un ami qui le retire d'un précipice.

Vous devez voir clairement, ma fille, que si Dieu a voulu que tous les hommes eussent un directeur, et si un directeur est chose si nécessaire que même sans la volonté expresse de Dieu tous les hommes devraient en avoir un, combien il vous importe d'être dirigée dans le chemin du salut par un guide autre que vous-même.

Oui, ma fille, vous avez besoin d'un directeur, afin qu'il vous apprenne ce que vous ignorez : la science du salut, la science de la vie surnaturelle. Bien que par bonté pour vous je veuille vous instruire moi-même, il est nécessaire que vous soumettiez mes instructions à votre directeur, afin que vous appreniez par lui et que vous sachiez d'une manière certaine que vous pouvez recevoir mes enseignements, et vous y conformer parce qu'ils ne renferment rien de contraire à la vérité sur l’objet de votre foi, de votre espérance, de votre charité et des actions de toute votre vie. Vous craignez d'être victime d’illusions; qui vous rassurera, si ce n'est votre directeur?

Vous avez besoin d'un directeur, afin qu'il vous exerce dans la pratique de toutes les vertus, afin qu'il vous indique les moyens d’éviter les péchés et qu'il règle votre discrétion dans l’accomplissement de vos devoirs envers Dieu.

Vous avez besoin d'un directeur pour accroître vos mérites de l’éternité et votre couronne du ciel, par votre obéissance et votre soumission à tout ce qu'il vous prescrira. L’obéissance à la voix de votre directeur vous donnera une plus grande ressemblance avec moi qui faisais toujours sur la terre la volonté de mon Père.

Vous avez besoin d’un directeur, parce que la vie est pleine de misères, de tribulations et d’épreuves; il faut donc une parole pour consoler dans les tribulations, un secours pour fortifier dans les combats. Or, voilà ce que vous trouverez dans votre directeur.

Enfin, ma fille, vous avez besoin d'un directeur, parce que vous êtes, comme tous les enfants d’Adam, victime du péché, entraînée au mal, sujette à offenser Dieu.

Suivez donc les lumières, les conseils et les avis que vous recevrez de votre directeur. Ne vous affligez pas si je vous ai enlevé celui qui vous avait le premier montré la voie. Je vous le dis en vérité, vous bénirez ma providence un jour de vous avoir placée entre les mains de celui que je vous ai envoyé. »

Tel a été, Monsieur le Curé, le premier entretien. Je vous livrerai les deux autres dans le courant de la semaine; mes occupations ne me permettent pas de les écrire aujourd’hui.

Je vous offre, Monsieur le Curé, mes sentiments les plus respectueux et je vous prie de me croire,
Votre très humble servante,
Marie.

Mimbaste, 1er mai 1842.

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/

   

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