LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

2-3-Mais on ne se moque pas de Dieu

 

          2-3-1-D’où quelques conseils

Le prophète transmet la parole du Seigneur :

Voici ce que dit l'Éternel aux hommes de Juda et de Jérusalem :

 Défrichez la terre laissée à l’abandon, et ne semez pas parmi les épines. Circoncisez-vous pour l'Éternel, circoncisez vos cœurs, enlevez de vos cœurs toutes vos idoles, hommes de Juda et habitants de Jérusalem, sinon ma colère éclatera comme un feu, qui enflammera vos actions mauvaises, sans qu'on puisse l'éteindre. (Jér 4, 3 et 4)

          2-3-2-Mais le peuple n’a pas obéi: le constat est grave

Jérémie est consterné : Parcourez les rues de Jérusalem, regardez, informez-vous, cherchez dans les places: si vous trouvez un homme, un seul qui pratique la justice, qui s'attache à la vérité, je pardonne à Jérusalem.

Hélas! doit constater Yahvé : Même quand ils disent : “L'Éternel est vivant!” c'est faussement qu'ils jurent: “Éternel, tes yeux ne cherchent-ils pas la vérité ?” Tu les frappes, et ils ne réagissent pas. Tu les consumes, et ils ne comprennent pas la leçon. Ils se font un visage plus dur que le roc, et ils refusent de se convertir.

Pourtant Yahvé laisse éclater sa tendresse :

 Moi, je[1] me disais: ce ne sont que des petits; ils agissent comme des insensés, parce qu'ils ne connaissent pas la voie de l'Éternel, la loi de leur Dieu. J'irai vers leurs chefs, et je leur parlerai, car eux, ils connaissent la voie de l'Éternel, la loi de leur Dieu. Mais eux, doit soupirer Dieu, d’un commun accord, ils ont brisé le joug, et rompu les liens.

Il ne faut donc pas s’étonner des malheurs du peuple, et l’Éternel comme s’il était las semble justifier sa conduite :

 C'est pourquoi le lion de la forêt les tue, le loup du désert les détruit, la panthère est aux aguets devant leurs villes: tous ceux qui en sortiront seront déchirés. Car leurs transgressions sont trop nombreuses, et ils s’entêtent dans leurs infidélités.

Pourquoi te pardonnerais-je? Tes enfants m'ont abandonné, et ils jurent par des dieux qui n'existent pas. J'ai reçu leurs serments, et ils se livrent à l'adultère, ils vont en foule dans la maison de la prostituée. Semblables à des étalons bien nourris, qui courent en liberté, ils hennissent chacun après la femme de son prochain.

Ne châtierais-je pas ces choses-là, dit l'Éternel, ne me vengerais-je pas d'une pareille nation? Montez sur ces murailles, et détruisez tout, mais n’arrachez pas les ceps qui appartiennent à l'Éternel! En disant cela, le Seigneur pense-t-il au “petit reste” de son peuple?

La maison d'Israël et la maison de Juda m'ont été infidèles, dit l'Éternel. Ils ont renié Dieu; ils disent: “Il n'existe pas! Le malheur ne viendra pas sur nous, nous ne verrons ni l'épée ni la famine.” Que le vent emporte ces prophètes! Personne ne parle par eux. Que leurs menaces retombent sur eux!

          2-3-3-Maintenant Yahvé confie une nouvelle tâche à son prophète qui proclame :

C'est pourquoi ainsi parle, à Jérémie, l'Éternel, le Dieu des Armées: “Parce que vous avez dit cela, voici, je veux que ma parole dans ta bouche soit du feu ; le peuple sera le bois, et le feu les consumera.” Parole du Seigneur :

 Voici, je fais venir de loin une nation contre vous, maison d'Israël, une nation forte, une nation ancienne, une nation dont tu ne connais pas la langue, et dont tu ne comprends point les paroles. Son carquois est comme un sépulcre ouvert, ce sont tous des héros. Cette nation dévorera ta moisson et ton pain, elle dévorera tes fils et tes filles, elle dévorera tes brebis et tes boeufs, elle dévorera ta vigne et ton figuier; elle détruira par l'épée tes villes fortes dans lesquelles tu te confies.

Mais le Seigneur, qui a toujours pitié car grande est sa miséricorde, s’adresse encore à Jérémie : car même en ces jours l'Éternel ne les détruira pas entièrement. S’ils disent alors : “Pourquoi l'Éternel, notre Dieu, nous fait-il tout cela ?” tu leur répondras : “Comme vous m'avez abandonné, et que vous avez servi des dieux étrangers dans votre pays, ainsi vous servirez des étrangers dans un pays qui n'est pas le vôtre.“ (Jér 5, 1 à 20)

Oui, le châtiment sera inévitable si le peuple ne se convertit pas, car les offenses sont trop grandes. Jérémie, parlant pour Yahvé, les met en évidence :

Annoncez ceci à la maison de Jacob, publiez-le en Juda, et proclamez : “Écoutez donc ceci, peuple insensé, et qui n'a point de cœur! Vous avez des yeux et ne voyez point, vous avez des oreilles et vous n'entendez point!” L’Éternel parle :

 Ne me craindrez-vous pas, ne tremblerez-vous pas devant moi? C'est moi qui ai donné à la mer le sable pour limite, limite éternelle qu'elle ne doit pas franchir. Ses flots s'agitent, mais ils sont impuissants; ils mugissent, mais ils ne la franchissent pas.

Ce peuple, par contre, a un cœur indocile et rebelle; ils se révoltent, et s'en vont. Ils ne disent pas dans leur cœur: “Craignons l'Éternel, notre Dieu, qui donne la pluie en son temps, la pluie de la première et de l'arrière saison, et qui nous réserve les semaines destinées à la moisson.” C'est à cause de vos iniquités que les récoltes n'ont pas lieu, ce sont vos péchés qui vous privent de ces biens. Car il y a parmi mon peuple des êtres malfaisants qui épient comme l'oiseleur et qui dressent des pièges, tendent des filets, pour prendre des hommes.

Comme une cage remplie d'oiseaux, leurs maisons sont remplies de fraude. C'est ainsi qu'ils deviennent puissants et riches. Ils s'engraissent, ils sont brillants d'embonpoint. Ils dépassent toute mesure dans le mal, ils ne défendent pas la cause de l'orphelin, et ils prospèrent. Ils ne font pas droit aux indigents...

Laisserais-je passer ces crimes ? dit l'Éternel, ne me vengerais-je pas d'une pareille nation ? Des choses horribles, abominables, se font dans le pays. Les prophètes prophétisent des mensonges, les prêtres ne pensent qu’à leurs intérêts, et mon peuple prend plaisir à cela ! Que ferez-vous à la fin ? (Jér 5 , 21 à 31)

          2-3-4-La menace se fait précise

Malheureusement les hommes de Juda et de Jérusalem n’ont pas écouté la parole de Dieu qui menace. Les malheurs, qui viendront du nord, sont imminents. Le prophète proclame :

 Annoncez en Juda, publiez à Jérusalem, et dîtes : “Sonnez de la trompette dans le pays!” Criez à pleine voix, et dites : “Rassemblez-vous, et allons dans les villes fortes! Élevez une bannière vers Sion, fuyez, ne vous arrêtez pas ! Car, dit le Seigneur, je fais venir du septentrion le malheur et un grand désastre.”

Le lion s'élance de son taillis, le destructeur des nations est en marche, il a quitté son lieu pour ravager ton pays; tes villes seront ruinées, il n'y aura plus d'habitants. C'est pourquoi couvrez-vous de sacs, pleurez et gémissez, car la colère ardente de l'Éternel ne se détourne pas de nous.

En ce jour-là, dit l'Éternel, le roi et les chefs perdront courage, les prêtres seront étonnés, et les prophètes stupéfaits. Alors ils diront: “Ah! Seigneur Éternel ! Tu as donc trompé ce peuple et Jérusalem, quand tu disais: vous aurez la paix! Et cependant l'épée menace leur vie.”

En ce temps-là, il sera dit à ce peuple et à Jérusalem : un vent brûlant souffle des lieux élevés du désert sur la ville de mon peuple; mais ce n’est ni pour vanner ni pour nettoyer le grain. C'est un vent impétueux que je vous envoie, c’est mon tour maintenant de parler et de prononcer la sentence. Voyez, le destructeur s'avance sur les nuées. Ses chars sont pareils à l’ouragan, ses chevaux sont plus rapides que les aigles. Malheur à nous, car nous sommes perdus !

Heureusement il y a encore un remède :

 Si tu veux être sauvée, Jérusalem, ôte de ton cœur la méchanceté. Jusques à quand garderas-tu dans ton cœur tes pensées iniques? Une voix se fait entendre depuis Dan, depuis la montagne d'Éphraïm. Elle annonce le malheur, elle publie: “Avertissez Juda, faites savoir à Jérusalem que des assiégeants arrivent d'une terre lointaine. Déjà ils poussent des cris de guerre ontre les villes de Juda, et comme ceux qui gardent un champ, ils entourent Jérusalem.”

Car elle s'est révoltée contre moi, dit l'Éternel. C'est là le résultat de ta conduite et de tes actions, c'est là le produit de ta méchanceté. Certes cela est amer, cela pénètre jusqu'à ton cœur. (Jér 4, 5 à 18)

          2-3-5-Le désastre sera total

Mais Dieu avertit en vain, et le prophète gémit sa douleur :

“Ô mes entrailles ! Mes entrailles! Je souffre au plus profond de moi-même! Mon cœur s’agite et je ne puis me taire. N’entends-tu pas, ô mon âme, le son de la trompette et le cri de guerre? On annonce ruine sur ruine, car tout le pays est dévasté; mes tentes sont ravagées d’un seul coup, et mes refuges en un instant. Jusques à quand verrai-je la bannière, et pendant combien de temps entendrai-je le son de la trompette? Oui, mon peuple est fou, il ne me connaît pas; ce sont des enfants insensés, dépourvus d'intelligence; ils sont habiles pour faire le mal, mais ils ne savent pas faire le bien. Je regarde la terre, et voici, elle est informe et vide; je regarde les cieux: leur lumière a disparu. Je regarde les montagnes, et voici qu’elles sont ébranlées et toutes les collines chancellent. Je regarde, et voici, il n'y a plus d'homme; et tous les oiseaux des cieux ont pris la fuite. Je regarde, et voici, le Carmel est un désert, et toutes les villes sont détruites. Tout cela vient de l'Éternel, du feu de sa colère.

Jérémie pense-t-il à un petit reste ?

Car ainsi parle l'Éternel :

 Tout le pays sera dévasté; mais je ne le détruirai pas complètement. C’est pourquoi le pays est en deuil, et les cieux là-haut se sont obscurcis, parce que je l'ai dit, je l'ai décidé, et je ne m'en repens pas, je ne me rétracterai pas.

Suit une longue lamentation

Au bruit des cavaliers et des archers, toutes les villes sont en fuite, on entre dans les bois, on monte sur les rochers. Toutes les villes sont abandonnées, il n'y a plus d'habitants. Et toi, la dévastée, que vas-tu faire? Tu peux te revêtir de pourpre, te parer d'ornements d'or, mettre du fard à tes yeux. Mais c'est en vain que tu t'embelliras, tes amants te méprisent, et ils en veulent à ta vie. Oui, j'entends des cris comme ceux d'une femme en travail, des cris d'angoisse comme dans un premier enfantement. C'est la voix de la fille de Sion qui gémit et tend les mains: “Malheureuse que je suis! Je succombe sous les coups des assassins!” (Jér 5, 19 à 31)

          2-3-6-Mais Jérusalem ne veut rien entendre

Jérémie est consterné. Le peuple ne veut rien entendre et poursuit les abominations dont l’Éternel a horreur. Depuis si longtemps que Yahvé protège son peuple, malgré toutes ses transgressions, pourquoi craindre ? Pourquoi ne pas continuer à vivre en invoquant les dieux dont l’Éternel affirme qu’ils ne sont rien... Après tout, pense le peuple, on ne sait jamais... Alors Dieu envoie encore son prophète proclamer de nouveaux avertissements, car même le Temple en qui ils confient ne leur assure qu’une fausse sécurité :

Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé, en ces mots: place-toi à la porte de la maison de l'Éternel, et là publie cette parole, et dis:

 Écoutez la parole de l'Éternel, vous tous, hommes de Juda, qui entrez par ces portes, pour vous prosterner devant l'Éternel! Ainsi parle l'Éternel des Armées, le Dieu d'Israël: réformez vos voies et vos œuvres, et je vous laisserai demeurer dans ce lieu. Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: c'est ici le Temple de l'Éternel, le Temple de l'Éternel, le Temple de l'Éternel !

En effet le salut ne se trouve que dans l’obéissance à la loi, aux paroles de Yahvé qui invitent à réformer sa vie :

 Si vous réformez vos voies et vos oeuvres, si vous pratiquez la justice envers les uns et les autres, si vous n'opprimez pas l'étranger, l'orphelin et la veuve, si vous ne répandez pas en ce lieu le sang innocent, et si vous n'allez pas après d'autres dieux, pour votre malheur, alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j'ai donné à vos pères, d'éternité en éternité. Mais voici, vous vous livrez à des espérances trompeuses, qui ne servent à rien.

Car le peuple ne respecte même plus le lieu saint :

 Quoi ! vous dérobez, vous tuez, vous commettez des adultères, vous jurez faussement, vous offrez de l'encens à Baal, et vous allez après d'autres dieux que vous ne connaissez pas !... Puis vous venez vous présenter devant moi, dans ce Temple où mon nom est invoqué, et vous croyez que vous n’aurez plus rien à craindre pour toutes les abominations que vous avez commises! Est-elle à vos yeux une caverne de voleurs, cette Maison sur laquelle mon Nom est invoqué ? Moi, je sais voir, dit l'Éternel. Allez donc au lieu qui m'était consacré à Silo, là où j'avais fait autrefois résider mon Nom. Et voyez ce que j’en ai fait, à cause de la méchanceté de mon peuple Israël.

Et maintenant, puisque vous avez agi de même, dit l'Éternel, puisque je vous ai parlé dès le matin et que vous n'avez pas écouté, puisque je vous ai appelés et que vous n'avez pas répondu, je traiterai ce Temple sur lequel s’est posé mon Nom et sur lequel vous faites reposer votre confiance, ce lieu que j'ai donné à vos pères, je traiterai ce Temple de la même manière que j'ai traité Silo. Et je vous rejetterai loin de ma face, comme j'ai rejeté tous vos frères, toute la postérité d'Éphraïm.

Ces paroles sont dures, et Jérémie tente d’intervenir pour apaiser la colère de Dieu, mais Dieu le devance :

 Et toi, n'intercède pas en faveur de ce peuple, n'élève pour eux ni supplications ni prières, n’insiste pas auprès de moi car je ne t'écouterai pas. Ne vois-tu pas ce qu'ils font dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem? Les enfants ramassent du bois, les pères allument le feu, et les femmes pétrissent la pâte, pour préparer des gâteaux à la reine du ciel, et pour faire des libations à d'autres dieux, afin de m'irriter. Est-ce moi qu'ils irritent? dit l'Éternel; n'est-ce pas eux-mêmes, à leur propre confusion? C'est pourquoi, parole du Seigneur, ma colère et ma fureur vont se répandre sur ce lieu, sur les hommes et sur les bêtes, sur les arbres des champs et sur les fruits de la terre; le feu brûlera, et ne s'éteindra point. (Jér 7, 1 à 20)

Yahvé rappelle encore une fois ses bienfaits en faveur d’Israël qui n’a pas écouté:

Ainsi parle l'Éternel des Armées, le Dieu d'Israël :

 Vous pouvez multiplier vos holocaustes et vos sacrifices, et en manger la viande! Le jour où j’ai fait sortir vos pères du pays d'Égypte, je ne leur ai point demandé des holocaustes et des sacrifices. Mais voici l'ordre que je leur ai donné: écoutez ma voix, et je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple; marchez dans toutes les voies que je vous prescris, et vous connaîtrez le bonheur.

Hélas ! vos pères ne m'ont point écouté, ils n'ont point prêté l'oreille; ils ont suivi les penchants de leur mauvais cœur, et ils ont reculé au lieu d’avancer. Depuis le jour où vos pères sont sortis du pays d'Égypte, jusqu'à ce jour, je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes, je les ai envoyés chaque jour, dès le matin. Mais vous ne m’avez point écouté, vous n'avez point prêté l'oreille ; vous avez raidi votre cou, et vous avez fait le mal plus que vos pères.

Maintenant, comme s’il était las de l’endurcissement de son peuple, Yahvé s’adresse directement à son prophète :

Si tu leur dis toutes ces choses, ils ne t'écouteront pas; si tu cries vers eux, ils ne te répondront pas. Alors dis-leur: “C'est ici la nation qui n'écoute pas la voix de l'Éternel, son Dieu, et qui ne veut pas se laisser instruire, et qui a perdu sa fidélité.”

Et sur l’ordre de Yahvé, Jérémie va se livrer à une sorte de mime qu’il expliquera ensuite. L’Éternel dit :

 Coupe ta chevelure, et jette-la au loin; monte sur les hauteurs, et prononce une complainte! Car l'Éternel rejette et repousse la génération qui a provoqué sa fureur. En effet, les enfants de Juda ont fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel; ils ont placé leurs abominations dans le Temple sur lequel repose mon Nom, afin de le souiller. Ils ont bâti des hauts lieux à Topheth dans la vallée de Ben Hinnom, pour brûler au feu leurs fils et leurs filles. Cela, je ne l'avais point ordonné, cela ne m'était jamais venu à la pensée.

C'est pourquoi voici, les jours viennent, dit l'Éternel, où l'on ne dira plus Topheth et la vallée de Ben Hinnom, mais où l'on dira la vallée du carnage. Et l'on enterrera les morts à Topheth par manque de place. Les cadavres de ce peuple seront la pâture des oiseaux du ciel et des bêtes de la terre que personne ne chassera. Je ferai cesser dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem les cris de réjouissance et les cris d'allégresse, les chants du fiancé et les chants de la fiancée, car le pays ne sera plus qu’un désert de ruines. (Jér 7,  1 à 34)

          2-3-7-Malgré tout Jérémie tente un dernier effort par de nouvelles menaces

Reprends-toi, Jérusalem, de peur que je ne m'éloigne de toi, que je ne fasse de toi un désert, un pays inhabité! Car ainsi parle l'Éternel des Armées: “On grappillera comme une vigne les restes d'Israël comme le vendangeur passe la main sur les ceps de sa vigne.” À qui puis-je m'adresser, et m’écoutera-t-on si j’insiste? Car leurs oreilles sont incirconcises, et ils sont incapables d'être attentifs. Voici que la parole de l'Éternel est devenue pour eux un sujet de moqueries: ils n'en veulent pas. Et moi, je suis rempli de la fureur de l'Éternel, je ne puis plus la contenir:

 Répands-la sur l'enfant dans la rue, et sur les assemblées des jeunes gens. Alors l'homme et la femme seront pris ainsi que le vieillard chargé de jours. Leurs maisons passeront à d'autres, leurs champs et leurs femmes aussi, car je vais lever ma main contre les habitants du pays, dit l'Éternel.

Oui, confirme Jérémie :

Vous êtes tous des malhonnêtes, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous vous êtes avides de gain, tous vous êtes menteurs, depuis les prophètes jusqu'aux prêtres. Ils pansent à la légère la plaie de la fille de mon peuple et ils promettent la paix, mais il n'y a point de paix. Ils ne rougissent pas de commettre des abominations. Ils ne rougissent pas car ils ne connaissent plus la honte.

C'est pourquoi ils tomberont avec ceux qui tombent, ils seront renversés quand je les châtierai, dit l'Éternel.

Mais la Miséricorde de Yahvé s’émeut, et un dialogue s’engage :

Ainsi parle l'Éternel :

 Placez-vous sur les chemins, regardez, et demandez quels sont les anciens sentiers, quelle est la bonne voie du salut; marchez-y, et vous trouverez le repos de vos âmes!

Mais ils répondent :

 Nous n'y marcherons pas.

 J'ai mis près de vous des sentinelles: soyez attentifs au son de la trompette !

Mais ils répondent :

 Nous n'y serons pas attentifs.

 C'est pourquoi nations, écoutez et que l’ assemblée des peuples le sache! Écoute, terre, écoute! Voici que je fais venir le malheur sur ce peuple; ce malheur, c’est le fruit de leurs infidélités; car ils n'ont point été attentifs à mes paroles, ils ont méprisé ma loi. Que m’importent l'encens qui vient de Séba, et le roseau aromatique d'un pays lointain ? Vos holocaustes ne me plaisent point, et vos sacrifices ne me sont point agréables. C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel : je vais mettre devant ce peuple des pierres d'achoppement, contre lesquelles ils trébucheront et périront tous ensemble le père avec son fils, l’homme et son compagnon.

Ainsi parle l'Éternel :

 Un peuple vient du pays du nord, une grande nation se lève des extrémités de la terre. Ce sont des barbares sans pitié qui portent l'arc et le javelot. Ils arrivent, montés sur des chevaux, prêts à combattre comme un seul homme, contre toi, fille de Sion! On entend leur voix mugir comme la mer.

Jérémie frémit en entendant cela :

Au bruit de leur approche, nos mains s'affaiblissent, l’angoisse nous saisit, c’est comme la douleur d'une femme qui accouche. Aussi ne sortez pas dans les champs, n'allez pas sur les chemins, car là est le glaive de l'ennemi; l'épouvante règne à l'entour! Fille de mon peuple, couvre-toi d'un sac et roule-toi dans la cendre. Prends le deuil comme pour un fils unique, verse des larmes, des larmes amères! Car le dévastateur est là, à l'improviste sur nous. (Jér 6, 8 à 26)

          2-3-8-La terrible vision du siège de Jérusalem

Jérémie, qui doit, en vision, contempler le siège de Jérusalem, ne peut s’empêcher de s’écrier :

 Fuyez, enfants de Benjamin, sortez de Jérusalem, sonnez du cor à Tekoa, élevez un signal à Beth Hakkérem, car on voit venir du septentrion un malheur et un grand désastre. La belle et la délicate fille de Sion, je la détruis! Vers elle marchent des bergers avec leurs troupeaux; ils dressent des tentes autour d'elle, et ils font paître leurs troupeaux. Ils s’écrient: “Préparez-vous à l'attaquer! Allons! il fait jour, montons à l’assaut! Malheureusement pour nous, le jour baisse, les ombres du soir s'allongent. Alors attaquons de nuit! Détruisons ses forts!”

Car ainsi parle l'Éternel des Armées :

 Abattez les arbres, élevez des palissades contre Jérusalem! Car cette ville doit être châtiée, il n'y a qu'oppression en elle. Comme une source fait jaillir ses eaux, ainsi elle fait jaillir sa méchanceté. Il n'est bruit en son sein que de violence et de ruine; sans cesse à mes regards s'offrent la douleur et les plaies. (Jér 6, 1 à 7)

C’est alors que Yahvé fait part, à Jérémie, de ses réflexions désabusées concernant Jérusalem :

 Je t'avais mis en observation parmi mon peuple, comme une forteresse, pour que tu connaisses et éprouves leur conduite. Ce sont tous des rebelles, des calomniateurs, durs comme de l'airain et du fer. Ils ne savent que détruire. Le soufflet est brûlant, le plomb a disparu dans le feu, mais les impuretés sont restées. C'est en vain qu'on épure, les scories ne se détachent pas. On les appelle de l'argent méprisable, car l'Éternel les a rejetés. (Jér 6, 27 à 30)


[1] C’est toujours Yahvé qui parle

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