CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

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La PASSION de JÉSUS
selon
Anne-Catherine Emmerich
(1774-1824)

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Jésus chez Pilate et Hérode

 

Jésus est conduit à Pilate. Premier passage chez Pilate (Chapitres XV à XVIII)

On conduisit le Sauveur à Pilate à travers la partie la plus fréquentée de la ville, laquelle fourmillait, en ce moment, de Juifs venus... pour les fêtes de Pâques, et d’une multitude d’étrangers.” Le cortège était constitué comme suit: Caïphe, Anne et les membres du conseil marchaient devant en habits de fête. On portait derrière eux des rouleaux d’écritures. Suivaient un grand nombre de scribes et de juifs parmi lesquels les faux témoins, et les pharisiens. A petite distance on amenait Jésus, couvert de sa seule robe de dessous souillée d’immondices. Il était entouré de soldats et des archers qui Le conduisaient avec des cordes.  Les mauvais traitements continuaient sans relâche.

La populace affluait de partout. Elle avait été convoquée pour parodier, en quelque sorte son entrée royale du jour des Rameaux.

Sur ce chemin Marie rencontra Jésus “et constata l’horrible réalité.” Il y avait pire encore: les prêtres de Dieu étaient devenus les prêtres de Satan et même les pauvres gens d’Ophel étaient ébranlés dans leurs convictions. Les meilleurs se retirèrent en doutant et les pires se joignirent au cortège.

Anne-Catherine décrit avec force détails le palais de Pilate. Il était six heures du matin et Pilate manifesta sa mauvaise humeur et son mépris pour les chefs des juifs, lesquels dirent qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le tribunal pour ne pas se souiller. “Alors un homme de grande taille s’écria, au milieu du peuple qui se pressait dans le forum: “Non, vous ne devez pas entrer dans ce tribunal, car il est sanctifié par le sang innocent; Lui seul peut y entrer, Lui seul parmi les juifs est pur comme les innocents qui ont été massacrés là.” Après avoir ainsi parlé avec beaucoup d’énergie, il se perdit dans la foule. Il s’appelait Sadoch. C’était un homme riche, cousin d’Obed, le mari de Séraphia, appélée depuis Véronique.”

Les princes des prêtres présentèrent trois chefs d’accusation contre Jésus, accusations que Pilate ne prit pas au sérieux. Toutefois Pilate, très superstitieux, fut troublé quand on accusa Jésus de s’être dit “le roi des juifs”. Ayant entendu dire que les juifs attendaient  un libérateur, que “des rois étaient venus d’orient pour rendre hommage à un roi nouveau-né et qu’à cette occasion le vieil Hérode avait fait égorger de nombreux enfants”, Pilate regarda Jésus et Lui dit: “Tu es donc le roi des juifs?”  On connaît la suite... Le tumulte fut grand quand Pilate déclara aux juifs “qu’il ne trouvait aucun crime en cet homme.” Apprenant que Jésus venait de Galilée, Pilate “fut bien aise de se dérober à l’obligation de juger Jésus, car cette affaire lui était désagréable.”   Toute la colère des ennemis de Jésus retomba sur ce dernier.

Pilate et Claudia (Chapitre XIX)

Pendant qu’on conduisait Jésus à Hérode, Pilate alla vers sa femme qui l’avait fait appeler. Troublée et très émue, elle supplia Pilate de ne point faire de mal à Jésus et elle lui raconta ses visions de la nuit qui concernaient "les principaux moments de la vie de Jésus: l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des bergers et des mages; la prophétie de Siméon, la fuite en Égypte, la tentation au désert, et de nombreux épisodes de sa vie publique.” 

Quand elle vit le Seigneur, objet des miracles qui lui avaient été montrés, ainsi maltraité par ses ennemis son cœur fut bouleversé. Pilate, étonné et troublé par les propos de sa femme qu’il rapprochait de ce qu’il connaissait déjà, lui promit de ne pas condamner Jésus.

Mais Pilate, homme corrompu, indécis et orgueilleux, était très embarrassé. “La plus grande confusion régnait dans ses pensées. Il voulait être juste, mais il ne le pouvait pas, car il avait demandé:'Qu’est-ce que la vérité?' et il n’avait pas attendu la réponse.”

Jésus devant Hérode (Chapitre XX)

Nous ne reviendrons pas sur ce que l’Évangile rapporte si bien. Toutefois il est bon de faire quelques remarques sur l’attitude inattendue d’Hérode. ”Quand il vit Jésus si défait, si meurtri, avec sa chevelure en désordre, son visage sanglant, son vêtement souillé, ce prince voluptueux et mou ressentit une pitié mêlée de dégoût... il détourna son regard avec répugnance et dit aux prêtres: “Emmenez-le, nettoyez-le; comment pouvez-vous mettre en ma présence un homme si sale et si meurtri?”

La toilette de Jésus fut plutôt brutale... Hérode reprocha aux prêtres leur cruauté, et quand Jésus fut ramené devant lui, il voulut d’abord feindre la bienveillance et chercha à flatter Jésus dont il n’obtint aucune réponse. Il fut expliqué à la voyante la cause du silence de Jésus: “Jésus ne parla pas à Hérode parce qu’il se trouvait excommunié en raison de son mariage adultère avec Hérodiade et du meurtre de Jean-Baptiste.” Cependant malgré les accusations réitérées des prêtres, il ne voulait pas condamner Jésus, dont il avait secrètement peur, pour ne pas aller contre Pilate en présence des princes des Prêtres.

Voyant qu’Hérode ne voulait pas entrer dans leurs vues, les ennemis de Jésus firent distribuer de l’argent à la multitude  pour la porter à demander la mort de Jésus, et répandirent de nombreux bruits mensongers. Pendant ce temps, Jésus livré à la soldatesque, fut vêtu d’un sac blanc et d’un lambeau d’étoffe rouge. Puis vinrent les scènes de dérision accompagnées de coups de bâton; La douleur arrachait parfois des gémissements à Jésus qui tomba trois fois. Il fut révélé à Anne-Catherine que sans une assistance d’en haut, les coups auraient été mortels.

Jésus est ramené d’Hérode à Pilate (Chapitre XXI)

Honteux de n’avoir pu faire condamner Jésus, ses ennemis redoublèrent de fureur.  Le retour chez Pilate fut atroce. “Jésus demandait à Dieu de ne pas mourir des nouvelles souffrances qu’il subissait afin d’accomplir sa Passion et notre Rédemption. Il était huit heures un quart quand le cortège arriva au palais de Pilate. Les pharisiens continuaient à exciter la foule. Pilate constata “qu’Hérode n’avait pas trouvé cet homme criminel. Je vais donc le faire fouetter et le renvoyer.”  C’est ici que se situe l’épisode de Barabbas...

Pendant ce temps Claudia intervint de nouveau pour rappeler à Pilate la promesse qu’il lui avait faite. 

La flagellation de Jésus (Chapitre XXII)

L’être humain est parfois bien étrange: Pilate ne trouve aucun crime en Jésus. C’est pourquoi il va le faire flageller avant de le libérer!

La flagellation de Jésus rapportée par Anne-Catherine est quasiment insoutenable par sa cruauté; je me contenterai de quelques faits mettant en évidence une partie seulement de cette cruauté. Il faut déjà savoir que les bourreaux, au nombre de six étaient des malfaiteurs des frontières de l’Égypte condamnés pour leurs crimes. “Les plus méchants et les plus ignobles remplissaient les fonctions d’exécuteurs (des flagellations) dans le prétoire.” 

Ils frappèrent le Seigneur et l’attachèrent brutalement à la colonne munie d’anneaux et de crochets. “Ils lui arrachèrent le manteau dérisoire d’Hérode... Tremblant et frissonnant, se soutenant à peine, Jésus se hâta d’ôter lui-même ses habits avec ses mains enflées et sanglantes. Pendant qu’ils le frappaient, Jésus priait... Il se tourna vers la colonne pour cacher sa nudité car il lui avait fallu retirer jusqu’au linge qui ceignait ses reins. Puis le Saint des Saints, dans sa nudité humaine, fut étendu avec violence sur la colonne.”

La flagellation commença: elle dura près de trois-quart d’heure. Jésus se tordait de douleur “comme un ver sous les coups de ces misérables.”

De temps en temps on entendait les cris du peuple et des pharisiens: “Faites-le mourir! Crucifiez-le!”

“Il avait fait froid cette nuit; depuis le matin le ciel était resté couvert. Par intervalles, il tombait un peu de grêle au grand étonnement du peuple. Puis le ciel s’éclaircit et le soleil brilla.”

“Les coups déchirèrent tout le corps de Jésus; son sang jaillit à quelque distance... Jésus gémissait, priait et tremblait.” Enfin, de nouveaux bourreaux frappèrent avec des lanières au bout desquelles étaient des crochets qui enlevaient des morceaux de chair à chaque coup... Puis Jésus fut délié et attaché de nouveau, le dos tourné à la colonne.”

Et l’on recommença. Soudain un étranger se précipita vers la colonne avec un couteau en criant: “Arrêtez! Ne frappez pas cet innocent jusqu’à le faire mourir!” et il coupa les cordes qui retenaient Jésus et s’enfuit. Les bourreaux, surpris, s’arrêtèrent. Jésus tomba presque sans connaissance au pied de la colonne, sur la terre toute baignée de son sang. “ Pendant qu’il était étendu au pied de la colonne, je vis, dit la voyante, un ange lui présenter quelque chose de lumineux qui lui rendit des forces.” Puis Jésus fut de nouveau conduit jusqu’à Pilate.

Commentaires et méditation

Voici que pendant un moment il nous faut faire une pause et réfléchir au mystère du mal. Il nous faut quitter le domaine purement intellectuel et laisser notre cœur parler.

Depuis août 1944,  quand les Français, à la suite des troupes alliées, ont eu connaissance de l’existence et de la réalité terrible des camps allemands de la mort, depuis cette date où nous avons appris à quel point l’homme peut faire la preuve d’une férocité sans pareille dans le monde animal; depuis que nous savons que des camps comparables ont été monnaie courante dans l’ex URSS, ou en Albanie, que ces camps continuent d’exister dans d’autres pays, en Asie notamment, je m’étais souvent dit qu’après tout, la Passion du Christ telle qu’on la lit dans les Évangiles, ce n’était pas si terrible que ça. Bien sûr Jésus avait beaucoup souffert, mais bien des hommes sur la terre avaient autant souffert, sinon plus et surtout bien plus longtemps.

Cette belle certitude est un peu ébranlée quand on lit une première fois le récit des visions des mystiques sur  la Passion, et surtout quand le Seigneur leur révéla qu’Il avait pris sur Lui, et souffert, toutes nos souffrances, absolument toutes. Parfois, nous avons du mal à comprendre de quoi il s’agit en réalité, car on ne réalise pas tout se suite que le temps pour Dieu n’existe pas, qu’Il est dans un éternel présent, et que notre hier comme notre demain, c’est toujours aujourd’hui pour Dieu, l’Aujourd’hui de Dieu. Les belles phrases de Pascal: ”J’ai versé telle goutte de sang pour toi”, ou encore: “Le Christ sera en agonie jusqu’à la fin du monde; il ne faut pas dormir pendant ce temps là,” peuvent passer largement au-dessus de nos têtes, et surtout ne pas pénétrer dans nos cœurs.

Pourtant, réfléchissons. Quand nous comprenons qu’aujourd’hui, c’est aussi l’Aujourd’hui éternel de Dieu,   les visions d’Anne Catherine Émmerick deviennent insupportables. En effet, l’on doit alors, quand on médite sur la Passion de Jésus,  replacer toutes ses souffrances en considérant les notions de durée.

La Passion dure toujours: tous les jours le Christ souffre pour nous, pour chacun de nous. Tous les jours Il rachète nos péchés, ceux que nous commettons sans cesse, par nos indifférences, les moqueries dont nous abreuvons notre prochain, les refus que nous adressons à Dieu, nos mensonges et nos égoïmes, nos certitudes orgueilleuses, nos sensualités, nos cupidités, etc. Aujourd’hui, Jésus se fait obéissant pour réparer nos désobéissances, toutes nos désobéissances. Aujourd’hui, Il souffre dans sa pudeur pour racheter nos indécences. Aujourd’hui, Il est humilié à cause de nos rébellions, Aujourd’hui... Jésus continue de souffrir à cause de nous,  et la litanie qui précède devient soudain écrasante.

Si nous suivons l’Évangile à la lettre ou si nous croyons Anne Catherine, la Passion a duré 18 heures. Seulement 18 heures pourrions-nous être tentés de dire. Mais non, c’est faux! La Passion de Jésus a duré, et durera aussi longtemps que l’homme pécheur. C’est fou, et c’est vertigineux. C’est hallucinant et c’est insoutenable. Et nous perdons pied. Nous sommes atterés et bouleversés au plus profond de notre cœur. Chacun de nous est infiniment dépassé par une réalité qu’il ne maîtrise plus. Nos intelligences se trouvent comme dans une impasse, et nous  mal. Nous avons mal d’un mal étrange,  dans notre sensibilité, mal dans notre cœur, mal dans notre âme, mal dans tout notre être, mal dans notre amour, enfin! l’amour que nous croyions avoir pour Dieu, l’amour que nous pensions pourtant avoir eu pour Jésus, que nous croyons avoir toujours, notre pauvre amour pour le Bien-Aimé du Père.

Là réside tout le problème du mal. Qu’est-ce que le mal, ce non-être dû au refus d’obéir? Car Dieu n’a pas créé le mal. Là se trouve aussi le problème du temps.

Tout a commencé avec la création des êtres intelligents et libres. Libres, car Dieu les aimait tant qu’Il les a faits participants de sa liberté: libres pour L’aimer, Lui le Créateur et Père, libres pour accepter aussi l’obéissance que l’Amour demandait, que l’Amour ne peut qu’exiger sinon ce ne serait pas l’Amour. Aveuglé par sa beauté, l’ange de lumière refusa l’obéissance, c’est-à-dire l’Amour: le mal était né, c’est-à-dire le non-amour, le non-être ou plutôt non, une déchirure insensée, une rupture irréparable. Cela nous dépasse complètement…

Après ses anges Dieu créa les hommes, à son image, pour être le lien entre tous les êtres, matériels et spirituels. Forcément plus limité que les anges dans son intelligence, de par ses attaches matérielles, l’Homme ne peut pas disposer de la connaissance pleine et entière qui est l’apanage de Dieu seul, mais dont il fait profiter ses anges, êtres totalement spirituels. L’Homme, être sensible, est apte à subir de nombreuses influences, même immatérielles et spirituelles. Et quand l’Homme subit l’influence néfaste et haineuse de Satan, s’il ne se réfugie pas tout de suite dans l’amour de son Seigneur, s’il se laisse guider par celui qui conseille la désobéissance, il pèche, et, refusant l’amour il crée le mal, cette blessure que Dieu n’a pas voulue.

La rupture d’avec Dieu a fait naître les déséquilibres qui écartent de plus en plus les deux lèvres béantes de la blessure initiale d’où jaillissent les souffrances de toutes sortes. Cette  blessure initiale: le mal, qui atteint Dieu dans son cœur et qui rompt l’union de la créature avec Dieu, cette blessure initiale, qui touche Dieu Lui-même, ne peut être réparée et guérie que par un sacrifice de dimension divine, que par le Sacrifice du Fils, du Verbe de Dieu, Dieu lui-même.

Et maintenant, il faut méditer et prier sur le temps et la soif de Jésus. Car Tu as toujours soif, Jésus, soif des âmes, de nos âmes, aujourd’hui comme hier, car pour Toi, hier c’est aujourd’hui. De toute éternité, ton éternité qui contient notre temps, ce temps ta créature, ce temps qui nous contient, de toute éternité, Jésus, Tu contemples le temps, ce temps que Tu bénis quand Tu vins parmi nous, ce temps que Tu contemples Jésus, car il est l’instrument que Tu voulus pour nous pour croître dans l’Amour, dans ton Amour.

Le temps est l’instrument que Tu voulus pour nous. Il est temps de l’épreuve, et de l’Amour aussi. Car c’est le temps qui nous construit et nous donne le temps de répondre à l’Amour, pour devenir Amour. 

Un “jour”, un aujourd’hui plutôt, de ton éternité, Dieu-Amour, Tu créas l’Univers. L’univers est en Toi, dans ta main, comme blotti dans ta main. Tu l’as fait merveilleux et Tu le trouves bon, et Tu l’aimes. Mais Tu voulus l’univers comme une extraordinaire mécanique constamment en mouvement, un mouvement ordonné, régulier, sans désordre et sans anarchie. Et pour cela, il Te fallait le temps.

L’univers était dans ta main, ta grande main créatrice et bonne, pleine de bienveillance pour ta Création. Tu contemplais ta Création, Tu la contemples toujours, et tout marche à merveille. Il n’y a ni raté, ni grippage, ni accident, pas même un incident. L’univers que Tu fis est un monde parfait car les forces en jeu, ces forces monstrueuses que Tu lui libéras pour lancer son mouvement, ces forces monstrueuses mais soumises, obéissent à tes lois. Elles obéissent au temps que Tu créas avec le mouvement et avec l’inertie.

Seigneur, nous contemplons cet univers que Tu tiens dans ta main, ta douce et grande main de Dieu, la main de Dieu-Amour. Toi, Seigneur, Tu es hors du temps, ce temps que Tu créas pour que l’univers fonctionne selon ses lois, tes lois. Tu regardes l’univers qui est dans ta main... Et Tu nous vois, aujourd’hui, comme hier, car Tu es hors du temps, mais Tu contemples le temps, ce temps qui nous contient, ce temps qui nous construit, et nous donne le temps, le temps de Te répondre et de répondre Oui! Oui à ton Amour, oui à tes volontés, tes volontés  qui sont Amour. Tes volontés qui sont Amour et bonheur, pour Toi qui Te réjouis, pour nous qui sommes heureux quand enfin nous T’aimons.

Laisse-nous essayer, Seigneur, de nous mettre hors du temps pour contempler le temps, le temps ta créature, pour contempler l’univers dans le temps. Alors nous contemplons, Seigneur, ta grande main pleine de tendresse et d’Amour, ta grande main créatrice, ta grande main qui nous contient et nous caresse tendrement.

Nous nous mettons hors du temps, ô Seigneur, pour contempler ta main dans laquelle est blotti l’univers qui n’est que dans le temps. L’univers est dans le temps pour générer les temps, les temps tous relatifs des mondes galactiques. Nous nous mettons hors du temps,  Seigneur, pour contempler ta main, ta ferme main de Père qui, dans l’univers infini que Tu fis, s’attarda un instant, un instant de notre temps, pour façonner la terre, et pour fabriquer l’homme, l’homme que Tu aimes car il est ton chef-d’oeuvre.

Quand nous nous mettons hors du temps, ô Seigneur,  nous voyons les années, les siècles, les millénaires. Dans ta main, Tu regardes ces siècles, ces temps qui ne sont rien. Tu les vois tous ensemble, Tu les appréhendes tous d’un seul regard de ton regard de Père. Tu les vois tous et tous ensemble, d’un seul regard de ton éternité. Tu les vois tous ces temps, en un seul instant éternel de ton éternité, et Tu les vois tous ces siècles et tous ces millénaires, qui nous semblent si longs... alors que pour toi, un siècle est moins qu’une seconde.

Et Tu nous vois, ô Dieu,  Tu vois chacun de nous. Tu nous vois, nous qui sommes moins que rien: des atomes d’espace, des poussières de temps, mais des âmes éternelles,  étincelles d’amour, de l’Amour infini de ton éternel Amour. Tu nous vois, ô Seigneur... Tu nous vois naître au monde et naître dans ta grâce. Tu nous vois vivre, T’aimer puis T’oublier, car le monde est si beau, ta Création si admirable. Tu nous vois vivre, ô Dieu, tous les jours de notre vie, et déjà Tu connais, car Tu le vois aussi, le moment de notre mort.

Ô Seigneur! Je me mets hors du temps... Je me mets hors du temps, avec Toi, et je vois tous les siècles, et je vois tous les hommes, et je vois ce qu’ils vivent, et je vois ton Amour. Et je Te vois, Jésus. Je vois, Jésus, le chemin de ta vie, et je vois ton chemin d’agonie. Je vois ta Croix, aussi, ta Croix qui nous sauva et qui est toujours là, et ne passera pas, car elle est immortelle. Car elle est le pont qui nous relie au Père.

Avec Toi, ô mon Dieu, je me mets hors du temps pour contempler ta gloire, ton éternelle gloire. Je me mets hors du temps, ô Jésus, et je vois, ô merveille, je vois ta Croix vivante, ta Croix qui est ton Corps. Je vois ta Croix, ton Corps, qui peu à peu devient, qui est déjà pour Toi, l’immense Corps mystique du Christ, ton Église ô Jésus, dont nous sommes les membres, les éléments vivants, vivants et rayonnants d’Amour.

Avec Toi, ô Jésus, je me mets hors du temps pour contempler ton Corps, ton Corps que Tu construits, peu à peu dans le temps, et qui pourtant est hors du temps, car Il est Toi, et Tu es dans l’éternité, Tu es l’éternité.

Mais, Jésus, il temps maintenant, pour nous, de rentrer dans le temps. Car nous n’avons pas fini notre temps, ce temps que Tu nous donnes pour achever ton oeuvre, celle que nous serons quand, sans perdre notre temps, nous aurons achevé le chef-d’oeuvre de ton Amour que nous devonis devenir, pendant tout le temps que Ton Amour nous confie pour nouspréparer, dans le temps, à ton éternité d’Amour.     

Nous pouvons maintenant continuer la contemplation du sacrifice monstrueux de la Passion du Christ. Cette souffrance effrayante d’un homme torturé dans la totalité de son âme et de sa chair, cette boucherie sans nom, ce n’est pas Dieu qui les veut, c’est l’Homme qui, en quelque sorte, l’a imposée à Dieu. Et nous avons compris aussi que ta Passion durera jusqu’à la fin des temps. Quel mystère et quel amour!

Maintenant  nous pouvons retrouver Jésus, chez Pilate, après la flagellation.

Le couronnement d’épines (Chapitre XXVI)

Pendant la flagellation Pilate s’adressa plusieurs fois au peuple excité qui cria: “Il faut qu’Il meure, quand nous devrions tous mourir aussi!” ou encore: “qu’on Le tue! qu’on Le tue!”

“Le couronnement d’épines eut lieu dans la cour intérieure du corps de garde...Sur la base d’une colonne, les bourreaux de Jésus placèrent un escabeau très bas qu’ils couvrirent, par méchanceté, de cailloux pointus et de tessons de pôts. Ils arrachèrent les vêtements de Jésus de dessus son corps couvert de plaies, et Lui mirent un vieux manteau rouge de soldat qui ne Lui allait pas aux genoux... Ils traînèrent Jésus au siège qu’ils avaient préparé et L’y firent asseoir brutalement. C’est alors qu’ils Lui mirent la couronne d’épines, haute de deux largeurs de main.”

Les trois branches d’épines, artistement entrelacées, appartenaient à trois arbustes différents. La couronne fut placée sur la tête de Jésus comme un bandeau et fortement liée par derrière. Les bourreaux mirent ensuite un épais roseau dans la main de Jésus, puis Lui prirent ce roseau des mains et avec, frappèrent sur la couronne d’épines si violemment que les yeux de Jésus furent inondés de sang. Puis ce furent des grimaces, des crachats, des insultes, des soufflets et des cris: “Salut! Rois des juifs!”

Jésus souffrait horriblement de la soif, de la fièvre et de ses blessures; Il frissonnait. “Sa chair était déchirée jusqu’aux os et le sang qui coulait de sa tête rafraîchissait seul sa bouche brûlante. Jésus fut ainsi maltraité pendant environ une demi-heure, aux rires et aux cris de joie de la cohorte.”  

Ecce homo (Chapitres XXVII et XXVIII)

“Jésus, recouvert du manteau rouge, la couronne d’épines sur la tête, le sceptre de roseau entre ses mains garrottées, fut reconduit chez Pilate. Le manteau était si court qu’il Lui fallait se plier en deux pour cacher sa nudité.”  

Pilate, malgré sa cruauté, ne put s’empêcher de frémir d’horreur et de pitié; il s’appuya sur l’un de ses officiers et s’écria: ”Si le diable des juifs est aussi cruel qu’eux, il ne fait pas bon être en enfer auprès de lui.” Pilate dit ensuite aux princes des prêtres: “Je Le fais amener encore une fois devant vous, afin que vous sachiez que je ne Le trouve coupable d’aucun crime.” Tout le peuple rassemblé pouvait voir Jésus. Ce spectacle terrible fut d’abord accueilli par un silence horrifié “tandis que Pilate Le montrait du doigt et criait aux juifs: Voilà l’Homme!”

La suite est bien connue: dialogue entre Pilate et Jésus, les nouvelles démarches de Claudia, les nouvelles calomnies des juifs, l’irrésolution de Pilate. Ce que l’on ignore par contre, c’est un autre dialogue entre Jésus et Pilate. “Le Sauveur parla à Pilate avec une sévérité effrayante. Il lui fit voir en quoi consistait sa Royauté et son Empire; Il lui montra ce qu’était la vérité; Il lui dévoila aussi tout ce que lui, Pilate, avait commis  de crimes secrets, lui prédit le sort qui l’attendait: l’exil, la misère et une fin terrible. Puis Il lui annonça que Lui, le Fils de l’homme, viendrait un jour prononcer sur lui un juste jugement.”

“Pilate à moitié effrayé, à moitié irrité des paroles de Jésus... dit encore qu’il voulait délivrer Jésus. Alors on lui cria: Si tu Le délivres, tu n’es pas l’ami de César...” D’autres disaient qu’ils l’accuseraient devant l’empereur d’avoir troublé leur fête... Le cri: “Qu’Il soit crucifié” se faisait entendre de tous les côtés. Pilate vit que tous ses efforts auprès de ces furieux seraient inutiles... L’agitation du peuple était telle qu’une émeute était à craindre... Pilate se fit apporter de l’eau.”

La suite on la connaît. Le“le cri unanime: “Que son sang soit sur nous et sur nos enfants!” fut  horriblement proféré par tout le peuple parmi lequel se trouvaient des gens de toutes les parties de la Palestine.”

Pendant ce temps, Jésus soumis aux pires degrés de la souffrance physique et morale continuait à prier pour ses ennemis qu’Il aimait toujours et à implorer leur conversion. La voyante précise que, grâce à ces prières du Sauveur et à celles de Marie, le nombre de ceux qui se convertirent après la mort de Jésus fut considérable.

Avertissement

A partir de ce moment la voyante tient à donner quelques précisions:  “Je suis si accablée, par la douleur que me causent mes péchés et ceux de tous les hommes, je suis si déchirée par les souffrances de Notre-Seigneur que je ne sais comment je puis mettre le moindre ordre dans ce que je raconte. Beaucoup de choses ... racontées par d’autres personnes qui ont eu des visions de la Passion de Jésus-Christ,... varient selon l’état de l’âme du spectateur et sont en liaison avec le récit. De là des contradictions nombreuses, parce qu’on oublie ou qu’on omet beaucoup de choses... Si les visions et les contemplations de plusieurs personnes pieuses ne concordent pas parfaitement, cela vient de ce qu’elles n’ont pas eu le même degré de grâce pour voir, comprendre et raconter.”

Voilà qui a le mérite d’être clair et de répondre à un certain nombre d’objections ou de questions que des gens non avertis ne manquent pas de faire.

   

 

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