CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

Lettre III
Les qualités du directeur

Monsieur le Curé,

Le sujet du troisième entretien du Sauveur Jésus a été des qualités du directeur.

« Ma fille, me dit-il, un directeur doit montrer la voie, par conséquent il doit être prudent; il doit enseigner la vérité, par conséquent il doit être savant; il doit fortifier la vie surnaturelle, par conséquent il doit être plein de charité.

La prudence est la première qualité d’un directeur. Sans la prudence, comment un directeur pourrait-il faire éviter les écueils semés à chaque pas dans le chemin de la vie? Comment saurait-il prendre les moyens les plus propres à arrêter le mal, à éviter le péché, à dissiper la tiédeur, à former à une piété franche, solide et pleine de fermeté? Sans la prudence, comment un directeur donnera-t-il conseil dans les diverses positions des âmes? Agira-t-il vis-à-vis d'un pécheur comme vis-à-vis d'une personne déjà avancée dans la perfection? À l’égard d'une âme faible comme à l’égard d’une âme pleine de vigueur? Sans la prudence, il fera faire fausse route aux âmes qu'il dirigera, il ne leur montrera point la voie droite qui mène à Dieu.

La seconde qualité d'un directeur, c'est la science. La science doit être unie à la prudence. Elles sont réciproquement leur aide et leurs secours respectifs. Un directeur peut avoir en lui une certaine rectitude de jugement, une certaine sagesse naturelle qui lui permettra dans les cas ordinaires d'être utile aux âmes qu'il dirige; mais s’il n'est point savant, ne sera-t-il pas arrêté à chaque pas? Ne ressemblera-t-il pas à un aveugle qui en conduit un autre et qui tombent tous deux dans le précipice? Comment montrera-t-il la vérité, s'il ne la connaît pas lui-même? Comment jugera-t-il, s'il ne sait point la manière dont il doit juger?

C'est au directeur des âmes que l'Esprit-Saint s’adresse par la bouche du prophète quand il dit : Instruisez-vous, vous qui jugez la terre.

Rien n’est aussi nécessaire que la science à un directeur, car sans la science il perd les autres et se perd lui-même. Malheur aux âmes dirigées par un ignorant! Malheur aux ignorants directeurs des âmes!

Ma fille, un directeur doit être plein de charité. Il doit vivre dans la charité de Dieu, pour donner aux autres la vie de la charité.

La charité le rend juste, vertueux, zélé : juste, et par sa justice lui permet de travailler à la justice d’autrui; vertueux, et par sa vertu lui permet d’engager et d’exhorter les autres à la pratiquer aussi; zélé, et lui fait tout oublier pour ne penser qu’au salut des âmes. Il ne pense point à ses avantages, à son bonheur, à sa tranquillité. Son repos, c'est la fatigue après la brebis errante; son repos, c'est la fatigue à la ramener vers Dieu; son repos, c'est le salut de cette âme.

Il se sacrifie, et ne désire que se sacrifier de plus en plus pour sauver des âmes.

Telles sont les qualités d'un directeur; il ne peut être par lui-même prudent, savant et vertueux; ou bien sa prudence n'est que folie, sa science qu’ignorance et sa vertu qu'une vertu humaine et sans fondement.

C'est Dieu qui donne la prudence; un directeur doit la demander chaque jour dans ses prières, afin que chaque jour il la voie croître et grandir pour le bien des âmes qu'il dirige.

C’est Dieu qui donne la science, surtout la science du salut. Un directeur doit la lui demander dans ses prières, afin qu'il soit toujours à même d’éclairer les aveugles qu’il peut trouver sur son chemin.

C’est Dieu qui donne la charité. Un directeur doit la lui demander chaque jour afin qu'il travaille sans relâche au salut des âmes, qu'il fasse passer cette vertu en elles, et qu'il mette ainsi union parfaite entre Dieu et les âmes.

Toutes les qualités d’un directeur sont contenues dans ces trois qualités. Heureuses les âmes dont le directeur est prudent, éclairé et vertueux! Qu’elles écoutent sa voix, elles marcheront dans le chemin de la vérité.
 »

Voilà, Monsieur, les trois entretiens du Sauveur Jésus sur le directeur. Je ne sais si je n’ai rien omis. J’ai dit tout ce que je me rappelais et de la manière dont j’ai su m’exprimer.

Recevez, Monsieur le Curé, l’assurance de ma soumission filiale et de mon plus profond respect avec lequel je suis.

Votre très humble servante,
Marie.

Mimbaste, 7 mai 1842.

SOURCE : http://jesusmarie.free.fr/

   

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