CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

53
“Frappez, Seigneur...”
“Ne craignez pas, petit troupeau...”

Toujours la France coupable...

« Le dimanche 20 février, ayant offert la sainte communion en réparation des outrages faits à la Majesté divine, j’ai vu que c’en était fini! La France, trop coupable, allait être châtiée ! Une lumière intérieure me découvrait ceci : “Le Seigneur a bandé son arc ; il va décocher ses flèches.” Le voyant si indignement outragé, je suis entrée dans le dessein de sa justice et j’ai dit : “Frappez, Seigneur.” Alors je désirais que la gloire de Dieu fût vengée; j’ai vu que le coup ne serait pas mortel. Si j’ai prié le Très-Haut de frapper pour venger sa gloire, je l’ai prié aussi de frapper en père, et non en juge irrité. J’ai vu clairement qu’il était nécessaire que ce scandale arrive, si je peux m’exprimer ainsi. Adorons cette divine justice, et invoquons la miséricorde. Il y a plus de quatre ans que le bras du Seigneur était levé sur nos têtes coupables!... »[1]

“Ne craignez pas, petit troupeau”

Pas de crainte pour le Carmel et l’Église

« — Ne craignez point, petit troupeau ; votre bercail est en mon Nom. Je vous tiens toutes cachées dans mon Cœur; il ne vous arrivera point de mal; j’ai la puissance entre mes mains, et je ne souffrirai pas qu’on vous arrache de mon sein.

Oui, le Seigneur saura reconnaître ceux qui ont invoqué son saint Nom. Ce Nom adorable est un tout-puissant rempart; sa vertu est communiquée à notre maison, parce que les membres sont unis par les liens de la charité.

Notre-Seigneur m’a fait comprendre aussi que le clergé serait épargné; sans doute il aura des vexations, mais il ne sera pas persécuté ouvertement; le sang des prêtres ne coulera pas comme en 93[2], parce, m’a-t-il dit, il n’a pas à se plaindre du clergé comme il avait sujet de le faire à cette malheureuse époque. Oui, j’en ai la conviction, l’Église de France sera gardée en la vertu du très saint Nom de Dieu.

La France, par contre...

“Père saint, gardez en votre Nom ceux que vous m’avez donnés!” Voilà la divine prière qu’il faudrait faire continuellement pour la sainte Église, en union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Permettez-moi de vous rappeler les paroles que Jésus me dit après la sainte communion, le 21 novembre, et qui firent couler mes larmes en ce jour de fête consacré à Marie. Il me parlait alors de l’œuvre réparatrice; il ajouta:

— Et quand, de mon bras puissant, j’ébranlerai ce trône pour en faire tomber celui qui y est assis, en quel état sera la France ?

Vous voyez que ce n’était pas sans raison que mon cœur était affligé, puisque les grands moments de Dieu approchaient. Mais hélas ! l’heure de la justice a sonné, et, dans un clin d’œil, il fait ce qu’il dit. Je vous adore, justice de mon Dieu, et j’invoque votre miséricorde, Seigneur !

Mon âme est dans un état pénible ; j’ai besoin d’ouvrir mon cœur. Je considère les prédictions que le Seigneur m’a faites, et je dis: Les voilà bientôt toutes vérifiées! Mon Dieu, n’ai-je pas sujet de trembler d’avoir été chargée d’une mission si redoutable, surtout quand je me rappelle ces terribles paroles, qui me furent adressées : Si par votre faute mes desseins ne sont pas accomplis, je vous demanderai compte du sang et des âmes ? Il y a plusieurs années, il est vrai, afin d’arrêter le bras de Dieu qui s’appesantissait sur notre patrie, j’ai dit que le Seigneur demandait à la France une œuvre réparatrice, qui serait pour elle l’arc-en-ciel de la miséricorde. Heureusement l’œuvre est née, elle commence à briller; mais elle est encore bien faible pour arrêter le bras du Tout-Puissant en courroux. Ah ! si elle s’étendait dans tous les diocèses, je serais sans inquiétude ; car Dieu est fidèle dans ses promesses. Depuis quelque temps, j’ai prié ce bon Maître de donner à Monseigneur un signe de ma mission, afin qu’il puisse agir pour le réparation. J’ai exposé simplement à Celui qui peut tout la position de Sa Grandeur, et j’ai supplié Jésus de lui donner une preuve de sa volonté. Seigneur, ai-je dit, donnez un signe, mais un signe si éclatant que toute la France puisse en être témoin. Seigneur, donnez-lui ce grand signe !

Notre-Seigneur, voyant que je lui faisais cette prière uniquement pour la gloire de son Nom et l’accomplissement de sa volonté, m’a exaucée. Le 13 février, j’ai eu cette vision dont je vous ai parlé; c’était la confirmation de ce que j’avais annoncé à Monseigneur en la communication du 2 décembre. Le divin Maître, à cette époque, m’avait dit de faire connaître à Sa Grandeur que l’orage grondait déjà dans le lointain, et que c’était la dernière heure pour agir. Le 13 février, j’ai vu la lutte s’engager, et les ennemis, sous l’emblème d’une fumée noire qui s’élevait vers le ciel, mais qui n’a point obscurci le soleil de l’Église, parce que l’Église de France avait déjà invoqué le saint Nom de Dieu, et il devait être son refuge au moment de la tempête. Le Seigneur m’avait dit qu’en faveur se son œuvre naissante, celle qui devait être réduite à l’extrémité du malheur (la France) ne serait, en cette terrible commotion, que légèrement blessée. Il a exécuté jusqu’à présent ce qu’il m’avait promis; oui, il a gardé son Église en la vertu de son Nom salutaire; avant de frapper le grand coup de sa justice, il a dit : Père saint, gardez en votre Nom ceux que vous m’avez donnés. Aussi les méchants ont respecté les siens. Oh ! que je voudrais faire savoir à tous les évêques cette consolante vérité, que le très saint Nom de Dieu est le refuge de l’Église de France, en leur demandant à grands cris l’œuvre réparatrice! Je l’ai toujours dit et je le répète encore : C’est elle qui doit désarmer la justice de Dieu et sauver la France. Heureux si l’on sait profiter de ce moyen de salut ! »


[1] « En effet, l’heure de la catastrophe a sonné. Une révolution inattendue éclate à Paris, et fait sentir ses contrecoups dans l’Europe entière. Louis-Philippe, qui croyait son sceptre affermi depuis dix-huit ans, est contraint de prendre avec toute sa famille la route de l’exil.. »
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[2] 1793, pendant la grande Révolution.

   

 

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