CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

48
L'exemple de Jésus...

L’humilité de Jésus enfant

[Ma Révérende Mère], l’Enfant-Jésus me fait porter l’état de sa petite enfance, ainsi qu’il me l’avait promis. Mais comment parler de ces opérations aussi admirables qu’extraordinaires ? Oui, je l’avoue en toute simplicité, il n’y a que l’amour de l’obéissance qui puisse me déterminer à en dire quelques mots; c’est par obéissance que j’ai répondu à l’appel de l’Enfant-Jésus, qui m’a conduite au sein de sa divine Mère. Je ne suis restée à cette fontaine de grâces que par obéissance à mes supérieurs, et ce sera encore sous l’étoile de l’obéissance que j’écrirai; sa douce lumière éclairera mon âme et l’empêchera de tomber dans les pièges du démon.

Un jour, pendant mon oraison, le Saint-Esprit me fit connaître la pureté du sein virginal de la Mère de Dieu ; mon âme, suspendue en la contemplation de ce soleil éclatant de lumière et de pureté, goûtait des délices ineffables. »[1]

« L’Enfant-Jésus, malgré mon extrême indignité, a transformé mon âme en lui, et m’a fait participer au lait mystérieux de sa sainte Mère. Il m’a été donné de puiser dans ces fontaines admirables le lait de la grâce et de la miséricorde pour mes frères les pauvres pécheurs. Par ce privilège, que le très saint Enfant-Jésus m’accordait, il me fut dit que j’obtiendrais de grandes faveurs « pour la France », et que je n’étais qu’un instrument dont Dieu voulait se servir. Ainsi je vois très clairement que ces grâces ne me sont point personnelles; je dois, au contraire, en quelque sorte m’oublier. Je me regarde, entre les mains de l’Enfant-Jésus, comme un vase pour recueillir à la fontaine mystérieuse et répandre ensuite cette divine liqueur, sans rien en retenir par intérêt propre. La plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes: voilà le cri de mon cœur. Je reçois gratuitement, je dois donner gratuitement. Je suis, en cette nouvelle mission, la petite économe du saint Enfant-Jésus. Puissé-je être fidèle! Car un jour il me demandera compte de mon administration sur les biens qu’il a mis entre mes faibles mains. »

Considération

« Oh! quels sentiments excite dans l’âme la contemplation d’un Dieu enfant suspendu à la mamelle de sa Mère ! Le Verbe éternel enveloppé de pauvres langes ! La Parole éternelle du Père réduite au silence ! Toutes les perfections infinies du Dieu Vivant cachées sous la nuée de l’humanité ! Le Tout-Puissant réduit à l’impuissance ! La grandeur raccourcie ! Oh ! quelle gloire Jésus enfant a rendue à son divin Père en cet état de pauvreté et d’humiliation ! car alors il lui a fait l’hommage de son pouvoir absolu en suspendant ses divines opérations. Que d’actions éclatantes il aurait pu faire en entrant dans le monde! Cependant il s’en est privé pour obéir à son Père, et pour nous montrer l’exemple d’une profonde humilité. — Après cette considération, je me dis à moi-même: Oh! de quel prix doit être aux yeux du Père éternel cette seule action du Verbe enfant, pressant pendant quinze mois le sein maternel de la Vierge Marie, puisqu’il a comme anéanti ou renfermé dans cette seule action sa grandeur, sa puissance, sa sagesse et toutes ses facultés ! O mystère profond et ineffable ! Plus il paraît petit aux yeux des hommes, plus il est grand aux yeux du Père éternel. J’ai vu un jour dans une lumière divine que le Père céleste m’accordera ce que je désirerai, lorsque je le lui demanderai au nom de l’Enfant-Jésus sur le sein de sa Mère. Oui, ô divin Enfant, vous êtes, en cet humble état, aussi digne de notre amour, de nos hommages et de nos adorations, que vous le fûtes plus tard lorsque vous guérissiez les malades, ressuscitiez les morts, et commandiez aux vents et à la mer. Ici je vous contemple silencieux, caché, adorant les conseils éternels de votre Père sur votre vie et votre douloureuse Passion ; déjà la croix est plantée dans votre Cœur, vous n’attendez que les heures marquées par votre Père céleste pour accomplir sa volonté. »

Partage des amertumes...

« J’ai obéi, mais j’ai été terriblement tourmentée par le démon, qui craint sans doute que ces âmes ne lui échappent. La très sainte Vierge m’a dit qu’il fallait persévérer dans mes exercices, malgré les efforts de mes ennemis. Le diable ne peut combattre contre un petit enfant, il est trop orgueilleux pour cela; voilà pourquoi il fait tout ce qu’il peut pour me détourner du mystère de la maternité divine. »

« Notre-Seigneur m’a fait connaître depuis quelques jours qu’en suçant la mamelle de sa très sainte Mère, il suçait aussi la mamelle de la rigoureuse justice de son Père, et qu’il allait m’y faire participer. Je commence à porter cet état; je vois ce divin Enfant si triste! Je le regarde maintenant chargé des péchés du monde, et portant déjà la croix dans son Cœur. »

« Oh ! que je trouve un merveilleux rapport entre Jésus attaché au sein de Marie et Jésus attaché à la croix ! Je le vois en ces deux états comme une victime suspendue entre le ciel et la terre. Ici je vois la Reine des martyrs, le Cœur déjà blessé par le glaive de douleur, nourrir se sa propre substance ce corps adorable qui doit tant souffrir pour nous dans sa passion. Je vois Jésus le Sauveur du monde remplir ses veines sacrées de ce précieux sang qu’il doit répandre un jour sur le Calvaire.

Le cardinal Halgrinus[2] compare toutes les gouttes de lait que la très sainte Vierge a données à notre divin Rédempteur, avec tout le sang que les martyrs ont répandu pour lui ; il conclut que dans la vérité la très sainte Vierge a plus mérité par son lait que les martyrs par leur sang. N’a-t-il pas raison, puisque ce sang n’était répandu que pour la défense de la foi, et que  ce lait était donné pour la nourriture de l’adorable personne du Verbe incarné, qui est bien plus noble que la foi ?

Je vous salue, ô Marie, reine des martyrs, dont le sang précieux, blanchi par la piété maternelle, a coulé pendant quinze mois de votre sein virginal pour remplir les veines sacrées du Roi des martyrs! »


[1] Document C, Lettre VIII.
[2] Jean, surnommé Halgrin, né à Abbeville, créé cardinal par Grégoire IX en 1227 et mort en 1237, « a laissé à la postérité des témoignages de son éminente doctrine dans le riche commentaire qu’il a fait sur le Cantique des cantiques. » (Histoire générale des Cardinaux, t. I, p. 258.) — En faisant ressortir, d’après l’autorité de ce savant cardinal, les mérites de la sainte Vierge dans l’allaitement du Verbe, la sœur Saint-Pierre suppose toujours, on doit le comprendre, la pauvreté et la perfection des vertus et des dispositions intérieures avec lesquelles Marie a accompli cet acte, et qui surpassent sans contredit le mérite des martyrs et tous les saints.
— Note de l’abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

   

 

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