LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

41
Déclaration

  • Année 1847

« Maintenant, je crois qu’il ne sera pas inutile pour la gloire de Dieu que je dise quelque chose de mon intérieur, afin qu’on puisse discerner plus facilement quel est l’esprit qui me conduit. Je parlerai sous les yeux de Dieu, dans la simplicité et la vérité.

La voie par laquelle Notre-Seigneur me conduit est très pénible à la nature, car ce divin Sauveur exige de moi une mortification continuelle intérieure. J’ai rarement des consolations spirituelles et toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur sont plutôt de nature à me faire souffrir, puisqu’elles me montrent si souvent la justice de Dieu irritée, la perte éternelle de tous les pécheurs et la France sur le bord d’un abîme! Cette œuvre de réparation que je porte depuis près de quatre ans, avec des peines que Dieu seul connaît parce qu’Il est en Lui-même l’auteur; œuvre par laquelle il me semble que Dieu ferait grâce à la France, comme Il me l’a promis. Et cependant des époques terribles approchent et l’Œuvre de la Réparation ne paraît pas:

O mon Dieu, levez-vous: c’est votre cause aussi bien que la nôtre que nous vous prions de défendre. Cachez la France dans le secret de votre Sainte-Face, et faites-lui miséricorde pour la gloire de votre Saint Nom”.

Oui, dans la lumière, je crois fermement que de cette œuvre dépend l’avenir de la France. Je la vois toujours liée à la France comme moyen de salut que Dieu a choisi dans son infinie miséricorde. Aussi je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’obtenir; car Dieu s’apaiserait à cause de cette œuvre réparatrice, et bien des âmes seraient sauvées.

Voilà les sentiments que Dieu m’inspire et que je fais connaître pour l’acquit de ma conscience. Je déclare aussi que personne au monde ne m’a donné l’idée de cette œuvre que Dieu seul, et que j’ignorais parfaitement qu’il y eût à Rome une œuvre semblable à celle que Notre-Seigneur me communiquait. Je ne l’ai su que longtemps après par une disposition toute spéciale de la Providence. Je déclare aussi que je n’ai jamais été influencée par personne pour demander l’établissement de cette œuvre, mais au contraire de nos dignes et sages Supérieurs des réprimandes et des humiliations à cause de cette nouvelle dévotion [1]. Je déclare encore que la liaison qu’on trouvera dans la succession de ces communications est de la grâce et non de mon imagination, car à chaque lumière que je recevais de Notre-Seigneur, j’en faisais bien vite un petit extrait que je remettais à notre Mère, afin d’être soulagée; et je n’y pensais plus que pour prier Dieu d’accomplir ses desseins. Je n’osais même pas m’en entretenir avec notre très Révérende Mère, car j’éprouvais une grande confusion à faire connaître ces lumières. Lorsque Notre-Seigneur me chargea de cette mission, je Lui demandai deux grâces, qu’Il a eu la miséricorde de m’accorder: premièrement, celle de ne jamais avoir de sentiments de vanité à cause de ces communications; et la seconde: de n’être point connue comme instrument de Dieu dans cette Œuvre.

Notre-Seigneur qui dirige Lui-même mon âme en cette voie a si bien soin — si je peux m’exprimer ainsi — de me faire connaître ma misère et mon néant, qu’il n’est pas possible que je ne sois couverte de confusion à la vue de ces grâces singulières de mes  continuelles ingratitudes. Je laisse le soin à mes dignes supérieurs de s’occuper de l’établissement de cette œuvre de réparation. Pour moi, ma mission est de leur soumettre toutes les lumières que je reçois de Dieu et de prier pour l’accomplissement de ses grands desseins à la gloire de son Nom. C’est ce que j’ai fait en copiant les lettres écrites dans cette relation ».

« ... Voyant l’œuvre se développer peu à peu dans chaque communication, on en peut mieux juger, et il sera facile de voir quelle est la main puissante qui, par sa grâce et sa miséricorde infinie a cultivé un si beau fruit dans une aussi mauvaise terre! qui porte encore des chardons et les épines du péché après avoir été arrosée tant de fois des rosées divines de la grâce.

Cette œuvre, comme on le voit dans ces deux relations, a deux buts: la réparation des blasphèmes et la réparation du saint jour du dimanche profané par les travaux. En conséquence, elle embrasse la réparation des outrages faits à Dieu et la sanctification de son saint Nom. Maintenant on demandera peut-être si la dévotion à la Sainte-Face doit être unie à l’Œuvre? Oui, elle en fait la richesse et le plus précieux ornement, puisque Notre-Seigneur a fait présent de sa très Sainte-Face à l’Œuvre, pour être l’objet de la dévotion de ses associés, afin que cette Face adorable qui est en quelque sorte de nouveau méprisée et outragée — comme Il s’en plaint Lui-même — par les blasphèmes des pécheurs, qu’elle soit, dis-je, honorée et révérée avec un très profond respect par un culte spéciale.

En second lieu, Notre-Seigneur fait don de sa très Sainte-Face à l’Œuvre afin que les associés deviennent tout puissants auprès de Dieu par l’offrande qu’ils doivent Lui faire de cette Face auguste et sacrée, dont la présence Lui est si agréable qu’elle apaise infailliblement sa colère et attire sur les pauvres pécheurs sa miséricorde infinie. Oui, quand le Père éternel regarde la Face de son Fils bien-aimé, qui a été meurtrie par les soufflets et couverte d’ignominie, quand Il regarde ce chef sacré qui a été couronné d’épines, emblème des péchés des hommes qu’Il a pris sur sa tête afin de sauver ses membres (comme il le dit un jour), cette vue, dis-je, émeut les entrailles de sa miséricorde.

Tâchons donc de profiter d’un si précieux don et prions ce divin Sauveur de nous cacher dans le secret de sa Sainte-Face pendant les jours mauvais.

O Dieu! notre protecteur, regardez-nous, et jetez les yeux sur la Face de votre Christ! » (Ps. 83,9).


[1] Dévotion à Sainte Véronique (Oratoire de la Sainte-Face).

   

 

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