LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

39
“J'aime tant l'obéissance!”
Combattre les ennemis de Dieu!

« Après la sainte Communion, ce matin, j’ai exposé à Jésus le conseil que vous m’avez donné de ne pas écrire à Monseigneur l’archevêque.[1] Voici à peu près ce que le divin Maître m’a répondu:

Ma fille, j’aime tant l’obéissance! Soyez soumise, afin qu’on puisse reconnaître l’esprit qui vous conduit. Je désire cependant que les lumières que je vous donne soient communiquées à votre premier supérieur.

Alors j’ai repris: Mon divin Maître, permettez-moi de vous demander, avec la simplicité d’un enfant, ce que vous voulez dire en m’ordonnant de prier Monseigneur d’établir l’œuvre de la Réparation; car vous savez qu’il y a déjà travaillé en l’approuvant... Il m’a répondu:

Si cette œuvre n’est point posée sur la pierre ferme, elle n’aura jamais de solidité; si elle n’a un bref qui lui soit propre, elle ne fera que languir et finirait par périr. Mais, si on l’exécute par la demande d’un bref, on la verra bientôt s’établir dans les villes de France, et il convient que ce soit celui qui le premier à “mis la main à l’œuvre qui l’achève”.

Comme j’exprimais la crainte de me tromper en demandant cette œuvre de sa part, il m’a fait remarquer que je n’en étais occupée que quand il m’en mettait la pensée dans l’esprit, et que je devais être en toute sûreté. Puis il m’a dit qu’il allait m’expliquer sa conduite à mon égard à l’aide d’une comparaison, et il m’a montré un arc et une flèche qu’il m’a dit être l’emblème de mon âme entre ses mains. Il m’a fait voir comme il dirigeait son arc et sa flèche du côté qu’il voulait pour l’accomplissement de ses desseins.

C’est pour me servir d’instrument dans le dessein de cette œuvre de Réparation que je vous ai créée; aussi consolez-vous; quand cette œuvre sera faite, je ne vous laisserai pas longtemps sur la terre, et ma miséricorde récompensera vos petits travaux.

Permettez-moi de solliciter très humblement le secours de vos prières; car je vous assure que j’en ai grand besoin. Je n’enfante cette œuvre que par les prières et les souffrances. Quand Notre-Seigneur m’a chargée de nouveau de cette œuvre, il m’a dit:

Priez sans cesse pour son établissement, et offrez-vous toute à moi, prête à souffrir dans votre corps et dans votre âme tout ce que je voudrai pour l’accomplissement de mes desseins.

L’effet a suivi de prêt ces paroles, car depuis ce moment je suis sur la croix; mais oserai-je me plaindre, moi qui ai dit tant de fois à Jésus que je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre de réparation? Oh! que je suis indigne de souffrir pour une si noble fin: la gloire de Dieu et le salut des âmes! Je vous confesse cependant, ma très Révérende Mère, que j’ai la faiblesse de répandre souvent des larmes, mais je prie Notre-Seigneur de ne pas faire attention à cette pauvre nature. »

Combattre les ennemis de Dieu...

« Aujourd’hui après la Sainte Communion, Notre-Seigneur m’a, je crois, chargée d’une nouvelle mission dont je serais effrayée si j’étais quelque chose. Mais comme je ne suis rien qu’un faible instrument dans la main puissante du Seigneur, je suis parfaitement en paix.

Notre-Seigneur m’a commandé de faire la guerre aux communistes, qu’Il dit être les ennemis de l’Église et de son Christ; me faisant entendre que ces lionceaux étaient pour la plupart nés dans l’Église dont ils se déclaraient maintenant les cruels ennemis. Alors Notre-Seigneur m’a dit:

Je vous ai fait connaître que je vous tenais entre mes mains comme une flèche. Je vais maintenant lancer cette flèche vers mes ennemis. Je vous donne pour les combattre, les armes de ma Passion: ma Croix dont ils sont les ennemis, et les autres instruments de mon supplice. Allez vers eux avec la simplicité d’un enfant et le courage d’un soldat. Recevez pour cette mission le bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Alors, j’ai prié la très Sainte Vierge de vouloir bien être la dépositaire de ces divines armes que me donnait son divin Fils. Elle est comparée à la tour de David, d’où pendent mille boucliers. Notre-Seigneur m’a donné à ce sujet d’autres lumières qu’Il ne me serait pas facile de rapporter.

Seigneur, ai-je dit, formez mes mains au combat et apprenez-moi à me servir de vos instruments.

Notre-Seigneur m’a dit:

Les armes de mes ennemis donnent la mort, mais les miennes donnent la vie.

Voilà la prière que je dis souvent à cet effet:

Père éternel, je vous offre dans le camp de vos ennemis la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et tous les instruments de sa Sainte Passion, afin que vous mettiez entre eux la division car, ainsi que l’a dit votre Fils bien-aimé: « tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné.[2]

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Je m’abandonne entre les mains de Notre-Seigneur: Il fera de moi ce qu’Il voudra; je suis toute à Lui et je ne veux point avoir d’autre volonté que la sienne. Je suivrai pas à pas les lumières de sa grâce pour marcher dans ses voies. »


[1] « La pieuse carmélite, ayant reçu jusqu’à deux fois l’ordre d’écrire à l’archevêque, avait consulté la Mère prieure pour savoir si elle devait le faire; celle-ci l’en avait dissuadée sous prétexte qu’il ne fallait pas importuner Monseigneur au milieu de ses grandes occupations. »
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[2] Document D, lettre du 29 mars 1847.

   

 

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