LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

35
Les blasphèmes attaquent Dieu Lui-même

« Ce tendre et bon Sauveur m’a fait entendre des plaintes sur son amour méconnu dans le très Saint-Sacrement de l’Autel, par le manque de foi des chrétiens ; et Il a heureusement lié mon cœur et mon esprit à ses pieds afin que je Lui tienne compagnie dans cet abandon, en adorant continuellement sa très Sainte-Face, cachée sous le voile de l’Eucharistie. Oui, c’est par cet auguste Sacrement que Jésus, notre Sauveur, veut communiquer aux âmes la vertu de sa très Sainte-Face, qui est alors plus éclatante que le soleil au Saint-Sacrement de l’Autel. Il m’a promis de nouveau d’imprimer dans les âmes de ceux qui l’honoreraient les traits de sa divine ressemblance ; et Notre-Seigneur m’a fait avoir, d’une manière aussi simple que juste, par une comparaison, que les impies par leurs blasphèmes, attaquaient son adorable Face, et que les âmes fidèles la glorifiaient par les louanges qu’elles rendaient à son Nom et à sa personne. Le mérite est dans les personnes, mais la gloire qui les accompagne est dans leurs noms. Il la fait éclater lors qu’on les prononce. Le mérite ou démérite d’une personne passe en son nom. Le très saint nom de Dieu exprime la divinité et renferme en lui toutes les perfections du Créateur. Il s’ensuit de là que les blasphémateurs de ce Nom sacré attaquent Dieu Lui-même. Maintenant, rappelons-nous ces paroles de Jésus : “Je suis en mon Père et mon Père est en moi”. Jésus s’est rendu passible par l’Incarnation et c’est Lui qui a souffert en sa Face adorable les outrages faits au Nom de Dieu son Père par les blasphémateurs. Notre-Seigneur m’a fait voir qu’il y avait quelque chose de mystérieux sur la face d’un homme d’honneur méprisé. Oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison particulière. Voyez un homme distingué par son nom et son mérite, en présence de ses ennemis. Ceux-ci ne portent pas la main sur lui, mais ils l’accablent d’injures, ils ajoutent à son nom d’amères dérisions au lieu des titres d’honneur qui lui sont dus. Remarquez alors ce qui se passe sur la face de cet homme injurié. Ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes qui sortent de la bouche de ses ennemis viennent se reporter sur sa face et lui font souffrir un véritable tourment? On voit cette figure se couvrir de rougeur, de honte et de confusion. L’opprobre et l’ignominie qu’elle souffre lui sont plus cruels à supporter que les tourments réels dans les autres parties du corps. Eh bien! voilà un faible portrait de la Face adorable de Notre-Seigneur outragée par les blasphèmes des impies! Représentons-nous ce même homme en présence de ses amis qui, ayant appris les insultes qu’il a reçues de ses ennemis, s’empressent de la consoler, de le traiter selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous ses titres d’honneur. Ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces hommages, de ces louanges? La gloire se repose sur le front et, rejaillissant sur tout le visage, le rend tout resplendissant. La joie brille dans ses yeux, le sourire sur ses lèvres; en un mot, ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis: la gloire passe l’opprobre. Voilà ce que font les amis de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour l’œuvre réparatrice. La gloire qu’ils rendent à son Nom se repose sur son auguste front et réjouit sa très Sainte-Face. Mais il faut l’honorer d’une manière toute spéciale au très Saint-Sacrement de l’Autel.

Ma Révérende Mère, cette comparaison que Notre-Seigneur m’a mise dans les yeux m’a donné un grand jour dans l’esprit. Je vois bien clairement à présent que les blasphémateurs font souffrir la Face du Sauveur et que les réparateurs la réjouissent et la glorifient. Je n’avais jamais fait cette remarque si véritable: que la face de l’homme est le siège où vient se reposer la gloire et l’ignominie. Je vais donc m’appliquer tout de nouveau à honorer le Nom et la très Sainte-Face de notre divin Sauveur, qui m’y invite d’une manière si touchante ». [1]


[1] Lettre du 21 janvier 1847.

   

 

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