LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

34
Prier pour les agonisants

« Depuis un peu plus de trois semaines, Notre-Seigneur m’a un peu désappliquée des grandes affaires de la France, pour m’occuper continuellement au service des pauvres agonisants. J’accompagne la très Sainte Vierge comme sa petite servante auprès des voyageurs du temps à l’éternité. Notre-Seigneur m’a fait connaître qu’Il m’avait donné à son auguste Mère, pour cette mission.

Oh ! quelle belle œuvre de charité à laquelle je n’avais jamais pensé; mais le temps est venu où je dois plus que jamais travailler au salut des âmes.

Il me semble que Notre-Seigneur m’a annoncé que je n’avais plus que trois ans à vivre; ainsi j’ai trente ans,[1] je vais les employer à imiter le Sauveur qui, à cet âge, travaillait sans cesse à la recherche des brebis égarées. Une de ses paroles me console, me fortifie et m’éclaire, la voici : “Oh ! si vous connaissiez le don de Dieu !” Notre-Seigneur m’a donné lumière sur ces divines paroles et je commence à le connaître, ce don précieux du Père. Oh! que ne puis-je pas obtenir pour moi et pour mes frères, si je sais me prévaloir de ces mérites infinis, qui sont inconnus de la plupart des hommes. “Je me sacrifie pour eux”, a dit Notre-Seigneur à son Père. Offrons donc à ce divin Père, pour le salut de nos âmes, tout ce que notre Rédempteur a fait pour nous; cherchons dans ce divin trésor de quoi enrichir notre indigence. O aveuglement des hommes! on court avec ardeur après les trésors de la terre, qui tous ensemble ne peuvent par leur valeur acheter une seule âme; et on ignore et on méprise le don de Dieu, le grand trésor des chrétiens, avec lequel on peut acheter des millions d’âmes en faisant valoir ses mérites infinis à la banque de la divine Miséricorde. Il me semble qu’on ne devrait prier  et ne se présenter jamais devant le Père éternel qu’avec quelque mérite de son Fils dans les mains, pour lui en faire l’offrande et l’obliger ainsi d’accomplir l’admirable promesse de Notre-Seigneur : “En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom il vous l’accordera.” Si nous n’avons point de vertus à offrir à Dieu, présentons-lui toutes celles de Jésus notre Sauveur, qui est sanctifié pour nous. Offrons sa douceur, son humilité, sa patience, son obéissance, sa pauvreté, ses jeûnes, ses veilles, son zèle pour la gloire de son Père et le salut des âmes! Offrons aussi ses divines et efficaces prières; il a prié pendant sa vie mortelle ; l’Évangile dit qu’il se retirait la nuit pour prier; il prie au ciel, il montre pour nous ses plaies à son Père ; enfin il prie au très Saint-Sacrement de l’autel. O quel mystère ineffable! Un Dieu Sauveur priant pour ses créatures et prié par ces mêmes créatures! Unissons donc nos prières à celles du Verbe incarné et elles seront exaucées; offrons encore au Père éternel la Sacré-Cœur de Jésus, sa Face adorable et ses divines plaies; offrons ses larmes, son sang et ses sueurs; offrons ses voyages, ses travaux, ses paroles et son silence, tout ce qu’il a souffert dans chacun de ses mystères; enfin ayons toujours les yeux fixés sur le Don de Dieu ; fouillons dans ce trésor inconnu au monde; faisons, si nous le pouvons, l’énumération de tous les biens que nous possédons en lui, et nous serons bientôt riches et nous enrichirons les pauvres: car nous pouvons offrir l’humilité de Jésus pour la conversion des orgueilleux, sa pauvreté pour les avares, ses mortifications pour les sensuels, son zèle à glorifier son Père pour les blasphémateurs, enfin toutes les accusations qu’il a souffertes de la part des Juifs disant qu’il violait la loi du Sabbat, pour la conversion des véritables violeurs du saint jour du dimanche.

O don de Dieu que j’ai trop longtemps méconnu, vous serez désormais mon unique trésor, je découvrirai tous les jours en vous de nouvelles richesses !

Voilà, ma Révérende Mère, les lumières que Notre-Seigneur me communique ces temps-ci, vous voyez que si Notre-Seigneur me charge souvent du salut des âmes, Il m’apprend aussi le moyen de les sauver. »


[1] La sœur Saint-Pierre est morte dans sa trente-deuxième année, dix-huit mois après cette révélation, à trente et un ans neuf mois. Il y a là une petite contradiction facile à expliquer, en remarquant les mots il me semble, qui laissent une certaine latitude pour le compte des années. Plus tard, elle annoncera d’une manière précise l’époque de sa mort. Note de l’abbé Janvier.

   

 

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