LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

33
Une multitude d'âmes va en enfer

« Comment vous dire tout ce qui s’est passé dans mon âme depuis quinze jours, que Notre-Seigneur répand sur cette misérable pécheresse? Non, cela n’est pas en mon pouvoir, un tel langage ne peut être rendu par une pauvre idiote... Je vais vous dire, cependant, à peu près comme je le pourrai, ce que Jésus m’a fait entendre :

Ce divin Directeur de mon âme m’a dit :

— Ma fille, ayez plus d’abandon à ma conduite et plus de simplicité ; car je veux vous nourrir moi-même du lait de mes consolations. Ces retours inquiets, ces craintes d’illusion m’empêchent d’agir pleinement sur vous.

Alors j’ai confessé ma faute; il a pris une nouvelle puissance sur moi et m’a découvert plusieurs secrets admirables de son infinie miséricorde. Il a commencé à m’appliquer à sa souveraine justice, me faisant voir les eaux de sa colère; mais en même temps, il m’a commandé de les épuiser avec son divin Cœur, afin qu’elles s’écoulent dans cet abîme.

Un autre jour, Notre-Seigneur m’a fait voir la multitude d’âmes qui tombent continuellement en enfer, en m’invitant de la manière la plus touchante de secourir ces pauvres pécheurs et en me faisant voir l’étroite obligation de l’âme religieuse envers ces pauvres aveugles qui se précipitent dans l’abîme éternel et à qui sa miséricorde ouvrirait les yeux, si des âmes charitables demandaient pour elles grâce et miséricorde. Notre-Seigneur me disait aussi que s’il demandait compte aux riches des biens temporels qu’Il leur a confiés pour secourir les pauvres, avec quelle bien plus grande sévérité Il demanderait compte à une Carmélite, à l’âme religieuse, riche de tous les biens de son Époux, possédant les trésors immenses des mérites de sa vie et de sa Passion, quel usage elle en a fait et si elle a su puiser dans ces trésors qui lui sont ouverts des richesses pour secourir les pauvres pécheurs. Alors cet aimable Sauveur, m’ouvrant ses trésors immenses composés des mérites de sa vie et de sa Passion, ajouta :

— Ma fille, je vous donne ma Face et mon Cœur. Je vous donne mon sang, je vous ouvre mes plaies ; puisez et versez ! Achetez sans argent: mon sang est le prix des âmes. Oh! quelle peine pour mon Cœur de voir que des remèdes qui m’ont coûté si cher sont méprisés. Demandez à mon Père autant d’âmes que j’ai versé de sang dans ma Passion.

Un autre jour, Notre-Seigneur me présenta sa Sainte Croix en me disant qu’Il avait enfanté tous ses enfants sur ce lit de douleur, me faisant entendre que c’était par la croix portée pour son amour et par la prière que j’obtiendrais la vie éternelle à des morts à la grâce, dont Il désire si ardemment la résurrection. Oh, quel désir je vois dans le Cœur de Jésus pour le salut des pécheurs ! Quelle vive connaissance Il m’a donnée sur l’efficacité de la prière offerte pour ces âmes égarées. Mais que dirai-je de cette vue que Notre-Seigneur m’a donnée sur ses plaies et sur son sang ! Ah, pressons ces divines plaies par une ardente prière et ce sang précieux coulera en abondance sur les pauvres pécheurs !

Un autre jour, Notre-Seigneur a placé mon âme à la porte de l’éternité, ou du moins à la porte du temps, pour aider les pécheurs agonisants à se préparer au voyage si important du temps à l’éternité. Oh, quand on pense que la justice de Dieu est toujours en exécution sur les coupables et qu’on peut plaider leur cause et fléchir le Souverain Juge, avec quel zèle on doit voler au secours de ces condamnés à une mort éternelle, et qui ont peut-être encore une heure de vie dans laquelle la divine miséricorde implorée pour eux peut toucher leurs cœurs. Je me sens bien pressée de prier pour ces pauvres âmes.

Maintenant, ma Révérende Mère, je vous parlerai d’un mur de protection que Notre-Seigneur m’a fait voir: un mur mystérieux qui protège la France contre les traits de la justice divine. Oh, que cette vision m’a remplie de reconnaissance envers l’excessive miséricorde de Dieu ! Notre-Seigneur m’a fait entendre que ce mur qui montait jusqu’au ciel, était l’exercice que je faisais tous les jours, joint sans doute aux prières et aux mérites que tant d’âmes pieuses offrent à Dieu pour le salut de la France — qui consiste à offrir cent fois la Face adorable de Notre-Seigneur à son Père, en l’honneur de tous les mystères pour le salut de cette même France. Notre-Seigneur me dit qu’Il me donnait cette vue pour m’engager à la persévérance. »

   

 

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