LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

23
L'effigie du Prince

« ... Ayant pris pour sujet de mon oraison la trahison de Notre-Seigneur par Judas, je considérai avec douleur quel outrage avait reçu la Sainte-Face de Notre-Seigneur par un baiser si perfide, et il me semblait que Notre-Seigneur m’invitait à baiser l’image de sa Sainte-Face avec beaucoup d’amour, en esprit de réparation. Après avoir fait plusieurs actes, j’ai senti intérieurement que Notre-Seigneur m’attirait à Lui. J’ai obéi à cette touche secrète de la grâce. Alors ce divin Sauveur a bien voulu m’instruire sur l’excellence du « don » qu’Il m’avait fait en me donnant sa Face adorable; et Il a encore eu la bonté de s’accommoder à la faiblesse de mon esprit par une simple comparaison.

— De même — m’a-t-il dit — que dans un royaume on se procure tout ce qu’on désire avec une pièce d’argent marquée à l’effigie du Prince, de même aussi, avec la pièce précieuse de ma sainte Humanité, qui est ma Face adorable, vous obtiendrez dans le royaume du ciel, tout ce que vous voudrez, par l’offrande de cette divine pièce.

Et ces précieuses lumières que je suis obligée d’exprimer par ces paroles que je viens de dire, pour me faire comprendre, m’ont mises tout hors de moi. Je ressentis une opération intérieure qu’il m’est impossible d’exprimer.

Alors, j’ai prié Notre-Seigneur d’avoir la bonté de m’instruire et de me rendre à mon pauvre esprit un peu plus intelligible ce que j’éprouvais, car les puissances de mon âme étaient comme suspendues. Notre-Seigneur permit qu’en cet état, mon esprit se portât vers la portion de terrain que notre Révérende Mère m’avait dit de demander à Notre-Seigneur. Il me sembla que je devais l’acheter par l’offrande de la Sainte-Face et Notre-Seigneur me dit qu’avant un an, on en serait en possession. Il me l’assura en m’ajoutant de ne pas indiquer comment cela se pourrait faire.[1]

Cette faveur m’a remplie de crainte; car je la regarde comme le signe sensible de ce que j’ai reçu dans le don de la Sainte-Face, et je tremble en pensant au compte que Dieu me demandera, si je ne sais pas faire valoir ce divin talent pour sa gloire et les salut des âmes ». [2]


[1] Effectivement, quelques mois après, cette affaire qui paraissait désespérée, se renoua. Le propriétaire, que rien auparavant n’avait pu fléchir, vint de lui-même offrir son terrain à des conditions dont nos Supérieurs furent satisfaits, et quelques jours après avoir signé l’acte de vente, il mourut subitement. Cette grâce m’a remplie de crainte, car je la regarde comme le signe sensible de la grâce que j’ai reçue de Notre-Seigneur dans le don de sa Sainte-Face; et je tremble en pensant au compte que j’aurai à rendre à Dieu si je ne fais pas valoir ce divin talent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
[2] Lettre du 29 octobre 1845.

   

 

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