LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

15
L'abomination du blasphème

« Depuis la dernière lettre que nous vous avons remise, il me semble que Notre-Seigneur m’a recueillie en Lui deux fois et a opéré en moi de manière extraordinaire. Je vais vous dire à peu près; ne vous attachez pas à la lettre, mais bien au fond, à l’esprit des choses.

Il me semble que pendant la sainte Messe, Notre-Seigneur m’ayant recueillie en Lui, m’a fait voir l’horreur du péché du blasphème. Il me semble qu’Il me disait :

– Vous ne pouvez comprendre la malice, l’abomination de ce péché. Si ma miséricorde ne retenait ma justice, elle écraserait le coupable, et les créatures même inanimées s’en vengeraient; mais j’ai l’éternité pour l’en punir.

Ensuite Il m’a fait comprendre l’excellence de l’Œuvre de la Réparation, combien elle surpassait les autres dévotions, et qu’elle était agréable à Dieu, aux Anges, aux Saints et à l’Église; mais qu’il ne fallait pas me mettre en peine si, en m’y appliquant, je n’y trouvais pas une dévotion sensible, me faisant entendre que le démon m’en donnerait du dégoût. Ensuite il me semblait que ce divin Sauveur me disait :

Oh ! si vous saviez quel degré de gloire vous acquérez en disant seulement une fois : Mirabile Nomen Dei Quod est, [1] etc. ... en esprit de réparation des blasphèmes. »

« Le seconde communication que je crois avoir reçue de Notre-Seigneur le fut à l’oraison du soir. Je sentais en mon âme bien des misères et des imperfections. Je me suis approchée de Notre-Seigneur avec confiance, Lui découvrant ma pauvreté. Alors Il a recueilli mon âme et Il m’a fait entendre qu’on bon riche était ravi de faire la rencontre d’un pauvre bien nécessiteux et qu’il le soulageait avec une grande joie; que sa bonté, sa charité étaient bien grandes pour soulager nos misères quand on s’approchait de Lui avec confiance. Il m’a fait voir qu’effectivement j’étais bien pauvre, bien misérable, et que je ne profitais point de ses grâces; mais enfin, qu’Il voulait bien, dans sa miséricorde, m’en accorder le pardon. Alors je Lui demandai ce pardon de mes péchés, qu’Il m’accorda en me disant ensuite :

— Un ouvrier nettoie l’instrument dont Il veut se servir.

Il m’a fait voir comme une Carmélite devait être dépouillée du vieil homme, détachée de tout, comme elle devait aimer les souffrances et les humiliations et être remplie de zèle pour la gloire de Dieu et de l’Église, et d charité pour le salut des âmes.

Ce divin Sauveur m’a dit que je ne pouvais de moi-même acquérir ces vertus, mais de Celui qui me pardonnait pouvait bien les mettre dans mon âme si je l’en priais. Ensuite il me semble que Notre-Seigneur ma disait :

— Consentez-vous à marcher dans mes voies?

J’ai répondu :

— “Oui Seigneur”.

Alors il m’a dit :

— Fermez les yeux, jetez-vous dans mon cœur ; je vous donne pour parure la croix et les épines de ce Cœur ; ne vous le dissimulez pas: vous êtes appelée à une grande perfection ; pensez à Moi et je penserai à vous ; occupez-vous de mes affaires et je m’occuperai des vôtres ; et regardez ce jour comme un des plus beaux de votre vie.

Alors j’ai renouvelai mes voeux et j’ai pris la résolution de commencer une vie nouvelle.» [2]


[1] “Le Nom admirable de Dieu qui est au-dessus de Tout Nom, venez, Adorons-le!”
[2] Lettre du 16 mars 1844.

   

 

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