LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

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L’Association...

L’Univers couvert de crimes

« Le 24 novembre, fête de notre père saint Jean de la Croix, Notre-Seigneur s’est communiqué à mon âme, malgré mon extrême indignité, et Il m’a fait connaître plus clairement quels étaient ses desseins au sujet de l’œuvre de la Réparation des blasphèmes du saint Nom de Dieu. Je vais donc dire à peu près ce qui s’est passé dans mon âme.

Pendant toute la messe, j’ai été occupée par Notre-Seigneur à voir comme l’univers est coupable. J’ai entendu la sainte messe et fait la sainte communion en réparation des outrages faits à Dieu: ce qui est ma pratique habituelle depuis que Notre-Seigneur m’applique à réparer les blasphèmes du saint Nom de Dieu, son Père. J’éprouve une grande consolation de penser que par la sainte communion, Notre-Seigneur vient en mon âme faire Lui-même cette réparation, qui ne peut être dignement faite que par son divin Cœur; aussi, quand je Le reçois, je commence par me donner à Lui, m’anéantissant dans son Cœur, ensuite, je Le laisse faire dans mon âme l’office de médiateur entre Dieu et les hommes. Mais, à cette communion du jour de la fête de notre père saint Jean de la Croix, aussitôt que Notre-Seigneur fut entré dans mon âme, il s’empara de mes puissances et me fit entendre ces paroles :

Jusqu’à présent, je ne vous ai montré que peu à peu les desseins de mon Cœur ; mais aujourd’hui je veux vous les montrer tout entiers. L’univers est couvert de crimes ! L’infraction des trois premiers commandements de Dieu a irrité mon Père. Le saint Nom de Dieu blasphémé et le saint Jour du Dimanche profané mettent le comble à la mesure d’iniquités. Ces péchés sont montés jusqu’au trône de Dieu et provoquent sa colère, qui se répandra si on n’apaise sa justice. Dans aucun temps ces crimes n’ont monté si haut. Je désire, mais d’un vif désir, qu’il se forme une Association bien approuvée et bien organisée pour honorer le Nom de mon Père. Votre supérieure a raison de ne vouloir rien faire qui ne soit solide en cette dévotion, car autrement, mon dessein ne serait pas rempli.

L’examen des supérieurs

Voilà à peu près la commission dont voulais me chargé Notre-Seigneur auprès de mes supérieurs; mais j’éprouvais de la répugnance à l’accepter, n’ayant jamais entendu dire qu’il y eût dans l’Église d’association pour cette fin dont me parlait Notre-Seigneur. Alors j’ai dit:

Ah ! mon Dieu, si j’étais bien sûre que ce fût Vous qui me parliez, je n’aurais pas de peine à dire ces choses à mes supérieurs.

Il me répondit :

— Ce n’est pas à vous de faire cet examen, mais à eux. Je me suis déjà assez communiqué à votre âme pour me faire connaître; ne vous ai-je pas donné tout ce que je vous ai promis, lorsque je me suis fait entendre à votre âme de la même manière que je le fais maintenant ? Prenez bien garde: car si, manquant de simplicité, vous mettiez obstacle à mon dessein, vous seriez responsable du salut de ces âmes ; si, au contraire, vous êtes fidèle, elles embelliront votre couronne.

Notre-Seigneur me faisait ainsi entendre qu’Il voulait, par cette œuvre de réparation, faire miséricorde à des pécheurs. Il me semble qu’en finissant, Il me dit à peu près ces paroles :

— Eh ! à qui m’adresserai-je, si ce n’est à une carmélite, qui par état doit sans cesse glorifier mon Nom ?

Voilà, ma Révérende Mère, quoique imparfaitement, ce que je crois que Notre-Seigneur me fit entendre, car mon âme était toute perdue en Dieu et saisie d’une grande frayeur. Notre-Seigneur me mettait en même temps dans l’esprit ce qui fut dit à Abraham: que s’il trouvait dis justes dans les villes coupables, elles seraient épargnées; et il me semblait qu’en faveur des âmes qui se seraient appliquées à la réparation des blasphèmes et des mépris faits contre la majesté de Dieu, Il aurait apaisé sa justice et fait grâce aux coupables. Voilà l’essence et le fond de tout ce que Notre-Seigneur me fit entendre au sujet de l’Œuvre. Je déclare bien humblement et bien véritablement, ma Révérende Mère, qu’avec la grâce de Dieu, je vous ai parlé dans la plus grande simplicité de mon âme. Voilà que je vous ai fait toutes les commissions de Notre-Seigneur, comme sa petite domestique; je laisse toutes ces choses à votre bon jugement et à la sagesse de Monsieur le Supérieur. Pour moi, voilà ma petite mission remplie près de vous; le Saint-Esprit, qui éclaire les Supérieurs, vous fera connaître si c’est Lui que m’a dicté ce que j’ai écrit. Je n’ai aucune attache à ces choses. Je n’y ajoute foi qu’autant que mes Supérieurs l’approuveront. Maintenant, je vais me tenir tranquille, glorifiant le saint Nom de Dieu en union avec le Saint Enfant-Jésus ». [1]


[1] Lettre du 24 novembre 1843.

   

 

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