LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Sœur Marie de Saint-Pierre
(Perrine Éluère)
1816-1848

JOURNAL SPIRITUEL

7
Reviens à la maison de ton Père...
Relation d’avril 1843

Déclaration

« Avant de commencer cette relation, je déclare dans la vérité et la simplicité de mon âme qu’il n’y a que la gloire de Dieu seul et l’accomplissement de sa très sainte Volonté qui me pressent de faire connaître ce que je crois que Notre-Seigneur m’a communiqué dans sa miséricorde par rapport à l’Œuvre de la Réparation des Blasphèmes. Je prendrai copie des lettres que j’ai adressées à notre très Révérende Mère prieure, en y ajoutant ce qui sera nécessaire pour me faire mieux comprendre, avec les remarques que j’ai faites de vive voix ou dont je me suis souvenue depuis.

Je déclare que le motif qui me porte à ces corrections est que j’écris ordinairement à la hâte, à cause des occupations de mon office de portière, me bornant à exposer le plus brièvement possible ce que Notre-Seigneur a opéré en moi.

La Révérende Mère elle-même, vu ses nombreuses occupations, n’a pas toujours le temps suffisant pour que je lui rende un compte détaillé au moment même où je reçois ces lumières. Mais, comme il m’arrive de souffrir beaucoup jusqu’à ce que j’aie exposé à ma supérieure ce qui s’est passé, j’ai pris la résolution d’en prendre note, et je me sens soulagée aussitôt que je l’ai remise.

Après ce petit préambule, je vais écrire tout simplement sous l’étoile de l’obéissance; je vais donc parler dans la simplicité de mon âme, ayant peu de capacité, et des difficultés à exprimer certaines choses que j’ai vues, ou entendues, ou comprises...

Je déclare encore que, s’il ne fallait qu’un léger mensonge pour obtenir l’établissement de cette œuvre, assurément, je ne consentirais jamais à le faire, car Dieu est vérité: j’ai la ferme confiance qu’il défendra Lui-même sa cause, car Il me l’a promis... »  [1]

« Je vous obéi, ma Mère, et je priai Notre-Seigneur de votre part de me pardonner. J’avais alors l’âme extrêmement agitée; l’oraison m’était difficile, mon imagination était comme un coursier fougueux que je ne pouvais retenir; mais Notre-Seigneur, dans sa bonté, entendit ma prière dictée par l’obéissance. Je ne sais si c’est le lendemain, à mon réveil, j’entendis une voix intérieure qui me dit :

— Reviens à la maison de ton Père, qui n’est autre que mon Cœur.

Ces paroles ont de suite mis mon âme dans un grand calme. M’étant rendue à l’oraison, je me suis unie à Notre-Seigneur au très Saint-Sacrement et je crus entendre qu’Il me disait ces paroles :

— Appliquez-vous à honorer mon Cœur et celui de ma Mère, ne les séparez point; priez-les pour vous et pour les pécheurs; alors j’oublierai vos ingratitudes passées et je vous ferai plus de grâces qu’autrefois parce que vous m’êtes plus unie par vos vœux. [2]

C’est moi, [3] Jésus, présent au Saint-Sacrement, qui vous parle. J’ai plusieurs manières de me communiquer aux âmes: ne voyez-vous pas comme la votre est calme et attachée à moi, tandis que ces jours derniers elle était comme une vagabonde ? Commencez à faire ce que je vous dis, et vous en verrez bientôt les effets. »  [4]

Ensuite, il me fit comprendre qu’il ne fallait point m’attacher à une dévotion sensible, me donnant lumière pour voir comme on s’attachait aux douceurs intérieures, croyant s’attacher à lui. Alors, selon sa recommandation, je me suis appliquée à honorer ces aimables Cœurs intérieurement et même extérieurement, en brodant des scapulaires où ils étaient représentés, et je le priai de sauver ceux qui les auraient portés. Puis j’ajoutai :

Je ne souhaite point ces grâces sensibles. Pourvu que vous soyez bien glorifié et que beaucoup d’âmes soient sauvées, voilà tout ce que je désire.

A cette intention, j’ai offert ma volonté au Père, ma mémoire au Fils, et mon entendement au Saint-Esprit. Je me suis aussi toute livrée aux mains de Dieu, et j’ai senti qu’il s’appliquait à mon âme pour la purifier par la souffrance intérieure. Alors j’ai été plongée dans l’amertume, perdue dans les ténèbres, et attaquée par les tentations. Mais ce qui me faisait le plus souffrir, c’était le désir d’aimer et de glorifier le Seigneur; mon âme endurait une faim de Dieu, et il me semblait que tout ce que je faisais n’était rien, ne sentant en moi qu’incapacité, péché et misère.

J’eus envie d’avoir un livre qui m’aurait soulagée, et je le demandai à notre Révérende Mère; elle me le refusa, malgré sa bonté ordinaire, me disant :

Ma fille, il ne faut pas sacrifier à Dieu seulement une chose; c’est le tout que vous devez immoler. »

« Une autre fois, étant plus souffrante encore, je voulus lui ouvrir mon âme; mais le bon Dieu lui inspira d’agir de concert avec lui pour me faire marcher dans ce chemin de mort; elle, toujours si compatissante, ne me permit pas cette fois d’épancher mon cœur dans le sien, et me défendit de parler de mes peines à mon confesseur avant quinze jours. Par la grâce de Dieu, je me soumis de bon cœur à cette épreuve.

Le démon du blasphème ne me faisait pas le moins souffrir, mais je me tenais fortement attachée à la Croix pendant la tempête, n’osant pas dire à Dieu :

Rendez-moi la joie de votre assistance salutaire.

J’offrais mes souffrances à Notre-Seigneur pour le salut des âmes et l’accomplissement de ses desseins. Je lui dis un jour:

Mon Dieu, vous voyez que je connais bien à présent mon néant et ma misère !

Voulant dire :

C’est assez, mon Dieu ! Je saurai maintenant discerner vos dons, et je ne pourrai me les attribuer ; je le vois clairement, je ne suis que pauvreté et impuissance. »


[1] Document B; page 1 et 2.
[2] Relation du mois d’Avril 1843.
[3] Sœur Saint-Pierre avait un doute sur l’origine de la communication.
[4] Document B; page 4.

   

 

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