LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Marie-Anne de Rocher
Sœur Marie-des-Anges
Religieuse ursuline de Bollène
1753-1792

 

La soeur Marie-des-Anges qui devait le 9 juillet recevoir la couronne en même temps que Sœur Sainte-Mélanie, appartenait comme elle au couvent de Sainte-Ursule de Bollène, où elle avait fait profession le 21 septembre 1772.

Fille de Louis-François de Rocher et de Marie-Anne de Combe, elle était, lors de son entrée au monastère, dans sa seizième année. Il n'est guère permis de douter que les leçons et les exemples d'un père et d'une mère si parfaitement chrétiens n'aient doucement orienté sa vie vers le cloître, et ne lui aient mérité la grâce d'une si sainte vocation. La vie d'une religieuse dans son monastère ne se raconte pas. Elle demeure le secret de Dieu et de l'âme qui s'est donnée à lui. Ce que le monde en aperçoit sans en comprendre toujours la grandeur, c'est une succession uniforme de pratiques de piété, d'observances plus ou moins austères, une monotonie de pénitences et de prières, qui n'offrent aucune prise à la curiosité, mais que Dieu anime de son esprit et de son inépuisable suavité. 0 quam suavis est spiritus tuus, Domine !

La vie de Marie-Anne-Marguerite de Rocher au couvent de Sainte-Ursule fut donc ignorée du monde, et l'histoire, trop souvent occupée de plus futiles choses, n'en a pas gardé la trace. Les souvenirs de famille sont cependant unanimes à affirmer que Sœur Marie-des-Anges, au cours des vingt ans de sa profession religieuse, fut bien souvent le conseil écouté de ses compagnes, et qu'elle en était très considérée et très aimée.

Au mois d'octobre 1792, elle dut, comme ses sœurs, sortir de son couvent. L'âge très avancé de son vénérable père, dont la quatre-vingtième année venait de sonner, lui faisait un devoir de se rendre auprès de lui, et d'en adoucir, par sa présence et par ses soins, les derniers jours terrestres. Alors que ses compagnes recommençaient dans une maison de fortune, leur vie de communauté, Sœur Marie-des-Anges rentrait donc dans sa famille pour y remplir son devoir de piété filiale.

Elle n'y demeura pas longtemps. Les événements se précipitaient. Voyant approcher le moment où ses compagnes allaient être mises en état d'arrestation, et comprenant que le même danger la menaçait elle-même, cette sainte fille, après avoir été si souvent la lumière des autres, demanda conseil à son père, et s'informa auprès de lui si, en conscience, elle pouvait se dérober au péril. Le vieillard héroïque lui répondit aussitôt par ces paroles admirables : « Ma fille, il me serait sans doute bien facile de vous sauver la vie, et il ne vous serait pas difficile de vous cacher ; mais examinez, au préalable, devant Dieu, si vous ne vous écartez pas de Ses desseins adorables. Dans le cas où Il vous aurait destinée à être une des victimes qui doivent apaiser Sa colère, je vous dirai comme Mardochée à Esther : «Vous n'êtes pas sur le trône pour vous, mais pour votre peuple ».

Ce conseil, si étranger à la courte prudence humaine, et si manifestement inspiré par l'Esprit de Dieu, fut un trait de lumière pour cette sainte fille. Elle était digne de le comprendre, et capable de le suivre. Sans tarder, elle rejoignit les autre religieuses, fut arrêtée avec elles, et conduite le 2 mai suivant dans la prison de la Cure à Orange.

Son vénérable père l'avait précédée en prison. Son grand âge, en effet, ne l'avait pas sauvé de la méchanceté des ennemis de la Foi. Depuis le 7 avril il était incarcéré à la Baronne. Puis, comme si la Providence ne voulait pas séparer dans l'épreuve une famille si généreuse à la servir, la mère de Sœur Marie-des-Anges vint la rejoindre, avec sa sœur Marie-Françoise, le 29 juin. Ensemble elles passèrent les dix jours qui restaient à vivre à Marie-Anne, dans les entretiens affectueux, les prières, et des larmes dont leur mutuelle tendresse tempéraient l'amertume.

Car ces quelques jours furent, pour la saint ursuline, une véritable préparation prochaine à la mort. La pensée du martyre qui ne la quittait pas transportait son âme de joie à tel point qu'on l'entendit à plusieurs reprises murmurer comme dans un ravissement : « Oh ! que c'est beau... que c'est beau ! » Elle en parlait souvent, et Dieu voulut sans doute récompenser de si héroïques désirs, en lui faisant connaître intérieurement le jour où son sacrifice serait consommé.

Le 8 juillet, en effet, au moment de la prière du soir, elle demanda pardon à ses compagnes, et se recommanda très instamment à leurs prières, parce que, disait-elle, le lendemain elle serait immolée.

Traduite le 9 juillet devant la Commission populaire, comme religieuse ursuline du couvent de Bollène, insermentée, elle se vit accuser encore de s'être munie du signe de ralliement de la Vendée. C'est de l'image du Sacré-Cœur de Jésus que Sœur Marie-des-Anges portait constamment sur elle, et bien avant que la Vendée se soulevât, que l'accusateur public voulait parler, feignant ainsi de croire à la complicité d'une pauvre religieuse de Bollène avec les troupes vendéennes ! Le vrai motif de sa condamnation était sa fidélité à ses vœux, et son attachement à sa foi.

Une tradition pieusement conservée dans la famille de la sœur Marie-Anne de Rocher rapporte qu'au prononcé du jugement, elle remercia ses juges en disant « qu'elle leur avait bien plus d'obligation qu'à, ses parents, puisque ceux-ci lui avaient transmis seulement la vie naturelle et périssable de ce monde, tandis qu'eux allaient lui procurer la vie éternelle ».

Sœur Marie-des-Anges fut immolée après sa compagne Sœur Sainte-Mélanie. Elle était âgée de 39 ans.

Abbé Méritan

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