CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

Alphonse de Liguori
(1696-1787)
Évêque, Fondateur, Saint, Docteur de l'Église


LES VERUS DE MARIE

DISCOURS I

DISCOURS SUR LES PRINCIPALES FÊTES DE MARIE
ET SUR SES DOULEURS

DISCOURS I
DE L'IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE

Combien il convenait aux trois Personnes divines de préserver Marie du péché originel.

La ruine que le maudit péché causa à Adam et à tout le genre humain fut immense, car, en perdant alors la grâce d’une manière si malheureuse, il perdit en même temps tous les autres biens dont il avait été enrichi dans le principe, et il attira sur lui et sur tous ses descendants, avec la haine de Dieu, le comble de tous les maux. Cependant, Dieu voulut exempter de cette commune disgrâce la Vierge bénie qu’il avait destinée à être la mère du second Adam, Jésus-Christ, qui devait réparer le mal causé par le premier. Voyons combien il convenait à Dieu et aux trois personnes divines de l’en préserver, le Père la considérant comme sa Fille, le Fils comme sa Mère, le Saint-Esprit comme son Épouse.

PREMIER POINT. En premier lieu, il convenait que la Père éternel exemptât Marie de la tache originelle, parce qu’elle était sa Fille et sa Fille aînée, comme elle le déclare elle-même dans un passage de l’Ecclésiastique : " Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, je suis première-née avant toute créature " (Ecclés. 24, 5) qui a été appliqué à Marie par les interprètes sacrés, par les saints Pères et par l’Église même dans la fête de la Conception. En effet, qu’elle s’appelle Fille aînée parce qu’elle fut prédestinée en même temps que le Fils dans les divins décrets, avant toutes les créatures, suivant l’opinion des Scotistes, ou bien qu’on la nomme Fille aînée de la grâce comme prédestinée pour être la Mère du Rédempteur après la prévision du péché, suivant l’opinion des Thomistes, tous s’accordent néanmoins à l’appeler Fille aînée de Dieu. Cela posé, il convenait bien que Marie n’eût jamais été l’esclave de Lucifer, mais eût toujours été en la seule possession de son Créateur ; comme elle y fut réellement, ainsi qu’elle le déclare : " Le Seigneur m’a possédée dès le commencement de ses voies. " (Ecclésiastique). C’est donc avec raison que Denys, archevêque d’Alexandrie la nomme l’unique et seule Fille de la vie, à la différence des autres qui, naissant dans le péché, sont filles de la mort.

En outre, il convenait que le Père éternel la créât en état de grâce, puisqu’il la destinait à être la réparatrice du genre humain frappé de perdition, et la médiatrice entre les hommes et Dieu, ainsi que l’appellent les saints Pères, et en particulier saint Jean Damascène qui lui dit : O Vierge bénie ! vous êtes née pour servir au salut de toute la terre. C’est pourquoi, selon saint Bernard, Marie fut figurée par l’arche de Noé ; car, de même qu’au moyen de l’arche, les hommes furent délivrés du déluge, de même au moyen de Marie ils sont sauvés du naufrage du péché, mais avec cette différence que l’arche ne sauva qu’un petit nombre de personnes, et que Marie est la délivrance de tout le genre humain. Aussi saint Athanase donne-t-il à Marie le nom de nouvelle Ève, la première ayant été une mère de mort, et la sainte Vierge une mère de vie. Saint Théophane, évêque de Nicée, exprime la même pensée. Saint Basile appelle Marie la Réconciliatrice des hommes avec Dieu, et saint Ephrem la Pacificatrice du monde.

Or il ne convient certainement pas que celui qui traite de la paix soit ennemi de l’offensé, et bien moins encore qu’il soit complice du crime. Saint Grégoire dit que, pour apaiser le Juge, il ne faut pas lui députer un ennemi dont la vue, au lieu de l’adoucir, l’irriterait davantage. Marie devant donc être médiatrice de paix entre les hommes et Dieu, il était de toute convenance qu’elle ne s’offrit pas à lui pécheresse elle-même et son ennemie, mais en grâce avec lui et exempte de péché.

De plus, il convenait que Dieu la préservât de la faute originelle, puisqu’il la destinait à briser la tête du serpent infernal qui, en séduisant nos premiers parents, procura la mort à tous les hommes. Or, si Marie devait être la femme forte placée dans le monde pour vaincre Lucifer, il ne convenait pas assurément qu’elle fût d’abord vaincue par Lucifer et devînt son esclave : il est beaucoup plus conforme à la raison qu’elle fut exempte de toute tache et de tout assujettissement au démon. Cet esprit superbe, après avoir infecté de son venin toute l’espèce humaine, cherchait aussi à en infecter l’âme très pure de la Vierge. Mais, louanges éternelles à la divine bonté qui la prévînt de tant de grâces que, demeurant exempte de toute tache de péché, elle put ainsi abattre et confondre l’orgueil du démon, comme le déclare saint Augustin ou l’autre commentateur de la Genèse. Saint Bonaventure le dit encore plus clairement : " Il convenait que la bienheureuse Vierge Marie, par le moyen de laquelle nous nous trouvons sauvés de l’opprobre, fût victorieuse du diable à tel point qu’elle ne lui fût en rien assujettie. "

Mais il convenait surtout au Père éternel d’exempter sa Fille du péché d’Adam, parce qu’il la destinait à être la Mère de son Fils unique. " Dans l’intention de Dieu, dit saint Bernardin de Sienne, en adressant la parole à la sainte Vierge elle-même, vous avez été préordonnée avant toute créature, pour être la mère de Dieu lui-même quant à la nature humaine qu’il a bien voulu prendre. " N’y eût-il eu aucun autre motif, il convenait du moins, pour l’honneur de son Fils qui était Dieu, que le Père la créât pure de toute tache. L’Angélique saint Thomas dit, que tout ce qui vient de Dieu doit être saint et exempt de toute souillure. David traçait le plan du temple de Jérusalem avec la magnificence qui convenait au Seigneur. Or ne devons-nous pas croire à plus forte raison, que le souverain Créateur, destinant Marie à être la Mère de son propre Fils, a dû doter son âme des plus belles prérogatives, pour en faire une habitation digne d’un Dieu ? C’est ce qu’affirme aussi le bienheureux Denys le Chartreux. Et l’Église elle-même nous l’assure, lorsqu’elle atteste dans le Salve Regina que Dieu avait préparé avec la coopération de l’Esprit-Saint le corps et l’âme de la Vierge pour être une demeure digne de son fils.

On sait que le premier avantage pour les enfants est de naître de parents nobles, comme nous le fait entendre le livre des Proverbes (Prov. XVII, 6). Aussi supporte-t-on plus aisément dans le monde la mortification d’être réputé pauvre ou ignorant, que celle d’être une basse extraction, le pauvre pouvant s’enrichir par son industrie, l’ignorant s’instruire par l’étude, mais l’homme d’une naissance vile ne pouvant qu’avec peine acquérir la noblesse, et demeurant exposé, alors même qu’il l’obtient, à s’entendre reprocher la bassesse de son origine. Comment donc croire que Dieu, qui pouvait faire naître son Fils d’une Mère noble, en la préservant du péché, eût préféré le faire naître d’une Mère qui en était entachée ; permettant ainsi que Lucifer pût lui reprocher l’opprobre d’être né d’une Mère qui était son esclave et l’ennemie de Dieu ? Non, le Seigneur ne l’a point permis ; il a, au contraire, pourvu à l’honneur de son Fils, en faisant que sa Mère fût toujours immaculée, afin d’être une Mère convenable à un tel Fils. C’est l’opinion formelle de l’Église grecque dans ses Ménologes, où il est dit, à l’occasion de la Fête de l’Annonciation, que Dieu, par une providence singulière, a voulu que la sainte Vierge, dès les premiers instants de sa vie fût aussi pure qu’il convenait de l’être à celle qui devait être la digne mère de Jésus-Christ.

C’est un axiome commun parmi les théologiens, qu’il n’a jamais été accordé aucun donc à aucune créature dont la bienheureuse Vierge n’ait été également enrichie. Voici ce qu’en a dit en particulier saint Bernard : " Il n’est pas permis de soupçonner qu’il ait manqué à une Vierge aussi auguste aucun des dons qu’on sait certainement avoir été conférés à quelque autre mortel. " Saint Thomas de Villeneuve : " Aucun don n’a été fait à un saint quelconque, qui n’ait brillé dans Marie avec encore plus d’éclat dès le commencement de son existence. " Or, ceci étant posé, reprend saint Anselme, ce grand défenseur de Marie immaculée : Est-ce que la divine sagesse ne pouvait préparer à son fils une habitation pure, en la préservant de toutes les souillures du genre humain ? Dieu, continue saint Anselme, a pu garantir les Anges du ciel de la chute de tant d’autres, et il n’aurait pu préserver la Mère de son Fils et la Reine des anges de la chute commune des hommes ! Dieu a pu, ajoutai-je, accorder à Ève la grâce de naître sans tache, et il n’aurait pu l’accorder à Marie !

Oh non, Dieu a pu le faire, et il l’a fait, parce qu’il convenait sous tous les rapports, dit le même saint Anselme, que la Vierge, à qui Dieu avait résolu de donner son Fils unique, fût ornée d’une pureté telle que non seulement elle surpassât celle de tous les hommes et de tous les anges ; mais qu’elle fût la plus grande qu’on pût imaginer après celle de Dieu. Saint Jean Damascène s’exprime encore plus clairement sur ce point ; voici le sens de ses paroles : " Dieu ayant conservé dans son intégrité l’âme aussi bien que le corps de cette vierge, comme il convenait qu’il en usât à l’égard de celle qu’il destinait à recevoir un Dieu dans son propre sein : car étant saint lui-même, il aime à faire sa demeure dans les âmes saintes " Ainsi, le Père éternel pouvait bien dire à cette fille bien-aimée : Ma Fille, vous êtes entre mes autres filles comme le lys entre les épines, puisqu’elles sont toutes souillées par le péché, au lieu que vous avez toujours été sans tache et êtes toujours en grâce avec moi.

DEUXIÈME POINT. En second lieu, il convient au Fils de préserver Marie du péché, comme sa Mère. Les autres enfants n'ont pas la faculté de choisir leur mère à leur gré ; mais, si cette faculté était accordée à l'un d'eux, quel est celui qui, pouvant avoir pour mère une reine, préférerait une esclave ? une femme de haute naissance, en préférerait une de basse extraction ? une amie de Dieu, en préférerait l'ennemie ? Si donc le seul Fils de Dieu a pu choisir sa mère à son gré, il faut tenir pour certain qu'il l'a choisie telle qu'il convenait à un Dieu. C’est ainsi que s’exprime saint Bernard : " Le Créateur des hommes, voulant prendre naissance parmi nous, a dû se choisir une mère telle qu’il savait qu’il convenait qu’elle fût " Et comme il convenait à un Dieu très pur d'avoir une Mère pure de tout péché, c'est ainsi qu'il la choisit, dit saint Bernardin de Sienne : " La sanctification maternelle exclut toute faute originelle. Or cette sanctification se trouvait en Marie, car sans doute Dieu s’est choisi une mère telle qu’il convenait qu’elle fût, tant pas la noblesse de sa nature que par la perfection de la grâce. " C’est ce que prouvent encore ces paroles de l’Apôtre : " Il était convenable que nous eussions un pontife comme celui-ci, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs " (Hebr., 7, 26) Un savant auteur fait observer que, d'après saint Paul, il était convenable que notre Rédempteur fût séparé‚ non seulement du péché, mais encore des pécheurs, comme l’explique saint Thomas dans le passage suivant : " Celui qui est venu pour effacer les péchés, a dû être séparé des pécheurs quant à la coulpe, à laquelle Adam avait été assujetti. ". Mais comment pourrait-on dire Jésus-Christ séparé des pécheurs, s'il avait eu une Mère pécheresse ?

Saint Ambroise a dit que le Christ avait pris du ciel, et non de la terre, le vas dont il s’est servi pour descendre parmi nous, en consacrant pour devenir son temple une vierge pudique. Le saint fait allusion à ce texte de saint Paul : " Le premier homme est le terrestre, formé de la terre, et le second est le céleste, descendu du ciel. " (I. Cor. 15, 47). Saint Ambroise appelle la divine Mère un vase céleste, non que Marie n'ait pas été terrestre par nature, quoiqu’en aient rêvé les hérétiques, mais parce qu'elle était céleste par grâce, surpassant les anges du Ciel en pureté‚ et en sainteté‚ comme il convenait au Roi de gloire qui devait habiter dans son sein ; c’est ce que saint Jean-Baptiste révéla à sainte Brigitte en ces termes : " Il n’a pas convenu que le roi de la terre reposât ailleurs que dans un vase très pur et choisi entre tous, d’un prix supérieur, en un mot à tous les anges aussi bien qu’à tout ce qu’il peut y avoir d’âmes sur la terre. " (Rév. I, ch. 17). Il faut joindre à ces paroles ce que le Père éternel le dit à la même sainte : " Marie était un vase pur, et non pur : pur, parce qu’elle était toute belle ; non pur, parce qu’elle était née de parents pécheurs, bien qu’elle ait été conçue sans péché, afin que le fils de Dieu naquît d’elle sans péché. " (Livre 5, ch. 13). Et remarquons ces dernières paroles, savoir, que Marie fut conçue sans péché. Non que le fils de Dieu fût capable de contracter une souillure, mais c’était pour qu’il n’essuyât pas même l’opprobre d’être conçu dans le sein d’une mère infectée du péché et esclave du démon.

Le Saint Esprit dit que la gloire du fils est l'honneur du père, et que son déshonneur en est l'opprobre (Ecclés. 3, 15). C'est pourquoi, dit saint Augustin, Jésus préserva le corps de Marie de la corruption après sa mort ; car c'eût été pour lui un déshonneur que de laisser assujettie à la corruption la chair virginale dont il s'était revêtu : " La pourriture est l’opprobre de la condition humaine : et comme Jésus doit y être étranger, le corps de Marie a dû aussi en être à l’abri ; car la chair de Jésus et celle de Marie, c’est tout un. " Or, si c'eût été un opprobre pour Jésus-Christ de naître d'une Mère dont le corps eût été sujet à la corruption de la chair, n'en eût-ce pas été un bien plus grand de naître d'une Mère dont l'âme eût été infectée de la corruption du péché ? D'ailleurs, la chair de Jésus-Christ étant la même que celle de sa Mère, de telle sorte que la chair du Sauveur, même après sa résurrection, est restée la même qu'il l'avait prise dans le sein de sa Mère. C’est ce qui a fait dire à saint Arnould de Chartres : " La chair de Marie est celle de Jésus, c’est tout un ; et par conséquent la gloire de ce divin Fils me semble non seulement commune avec celle de sa mère, mais plutôt la même. " Or, cela posé, si la bienheureuse Vierge eût été conçue en état de péché, bien que son Fils n'en eût point contracté la tache, cependant c'eût toujours été une tache pour lui de s'être uni une chair un moment souillée par le péché, vase de corruption et assujettie à Lucifer.

Marie ne fut point seulement la Mère, mais la digne Mère du Sauveur. C'est ainsi que l'appellent tous les Pères, saint Bernard : " Vous seule avez été trouvée digne que le roi des rois choisît votre sein virginal pour sa première habitation parmi nous. " Saint Thomas de Villeneuve : " Dès avant qu’elle conçût, elle se trouvait toute prête pour être la Mère de Dieu. " L'Église elle-même reconnaît que Marie mérita d'être la Mère de Jésus-Christ. Saint Thomas d’Aquin, expliquant ces paroles, dit : " La sainte Vierge a mérité de porter le maître du monde, non qu’on puisse dire qu’elle ait mérité qu’il s’incarnât, mais parce que ; en vertu de la grâce qui lui a été donnée, elle a mérité le degré de pureté et de sainteté convenable pour pouvoir devenir la Mère de Dieu. " Le docteur angélique dit donc que Marie ne pouvait mériter l’Incarnation du Verbe, mais qu'avec le secours de la grâce elle mérita un degré de perfection qui la rendît digne Mère d'un Dieu, comme le dit aussi saint Pierre Damien.

Or, dès qu’on admet que Marie fut digne d’être la Mère de Dieu, quelle excellence et quelle perfection, dit saint Thomas de Villeneuve ne dut-elle pas avoir ! Le docteur angélique enseigne que, lorsque Dieu élève quelqu'un à une dignité, il le rend conséquemment capable d’en être revêtue ; d'où il conclut que Dieu, ayant choisi Marie pour sa Mère, l'a certainement rendue par sa grâce digne de le devenir. Le saint en déduit que la Vierge ne commit jamais aucun péché actuel, même véniel ; autrement, dit-il, elle n'eût pas été digne Mère de Jésus-Christ, puisque l'ignominie de la Mère eût été celle du Fils, qui aurait eu une pécheresse pour Mère. Or si Marie, en commettant un seul péché véniel qui ne prive pas l'âme de la grâce, n'eût pas été digne Mère de Dieu, combien ne l'eût-elle pas été moins avec la tache du péché originel, qui l'aurait rendue ennemie de Dieu et esclave du démon ! C’est pourquoi saint augustin dit, dans sa célèbre sentence, qu’en parlant de Marie, il ne voulait point faire mention de péchés, pour l’honneur du Seigneur qu’elle avait mérité d’avoir pour Fils, et de qui par conséquent elle avait pu obtenir le grâce de vaincre entièrement le péché.

Il faut donc tenir pour certain que le Verbe incarné‚ se choisit une Mère digne de lui, et dont il n'eut point à rougir, comme disent saint Pierre Damien, de même que Jésus-Christ a bien voulu habiter dans des entrailles qu’il avait créées sans qu’il lui en revint aucun déshonneur. Ce n'était pas un opprobre pour Jésus de s'entendre appeler avec mépris par les juifs Fils de Marie, comme fils d'une pauvre femme (Matth. 13, 55), puisqu'il était venu sur la terre pour donner des exemples d'humilité et de patience. Mais quel déshonneur au contraire, n’y aurait-il pas eu pour lui, si les démons avaient pu dire de lui : N'est-il pas né d'une Mère pécheresse, et naguère notre esclave ? Il eût été honteux pour Jésus-Christ de naître d'une femme dont le corps eût été difforme ou possédé du démon ; mais combien n'eût-il pas été plus honteux pour lui de naître d'une femme dont l'âme eût été naguère souillée et occupée par Lucifer !

Ah ! sans doute ce Dieu, qui est la sagesse même, a bien su préparer sur la terre d’une manière convenable la maison où il devait habiter (Prov. IX, 1) ! Le Seigneur, dit David, sanctifia sa demeure dès le commencement pour la rendre digne de lui, car il ne convenait pas à un Dieu saint de choisir une habitation qui ne fût pas sainte (Ps. 92). Et s’il nous proteste qu'il n'entrera jamais dans une âme de mauvaise volonté, et dans un corps soumis au péché (Sg. 1, 4), pourrions-nous penser que le Fils de Dieu ait voulut habiter dans l'âme et dans le corps de Marie sans l'avoir auparavant sanctifiée et préservée de toute souillure de péché, car comme l'enseigne saint Thomas, le Verbe éternel a habité non seulement dans l'âme, mais dans le sein de Marie. L'Église dit : " Seigneur, vous n'avez pas eu horreur d'habiter dans le sein d'une Vierge. " En effet, Dieu aurait eu horreur de s'incarner dans le sein d'une Agnès, d'une Gertrude, d'une Thérèse ; parce que ces vierges, quoique saintes, furent entachées quelque temps du péché originel ; mais il n'eut point horreur de se faire homme dans le sein de Marie, parce que cette Vierge privilégiée fut toujours pure de toute faute, et ne fut jamais possédée par le serpent ennemi. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : " Le Fils de Dieu ne s’est bâti aucune demeure plus digne que Marie, qui n’a jamais été occupée par les puissances ennemies, ni dépouillée de ses ornements. "

D’un autre côté, demande saint Cyrille d’Alexandrie, qui jamais a ouï dire qu'un architecte se soit bâti une maison pour son propre usage, et qu’il en ait mis d’abord en possession son principal ennemi ?

Assurément, reprend saint Méthode, le Seigneur qui nous a donné le précepte d'honorer nos parents a voulu, en se faisant homme comme nous, ne pas enfreindre ce précepte et l’observer lui-même en comblant sa Mère de toute grâce et de tout honneur. C'est pourquoi, ajoute saint Augustin, on doit croire que Jésus-Christ a préservé de la corruption le corps de Marie après sa mort, comme il a été dit plus haut ; puisque, s'il ne l'avait fait, il n'aurait pas observé la loi qui condamne dans un fils l’action de déshonorer sa mère, comme elle lui commande de l’honorer. Or, combien moins Jésus-Christ eût-il pourvu à l'honneur de sa Mère, s'il ne l'avait préservée du péché d'Adam ! Le Père Thomas de Strasbourg, de l’ordre des Augustins, dit qu’un fils qui ne préserverait point sa mère du péché originel, tandis qu’il pourrait le faire, pècherait ? Or, ce qui serait un péché pour nous, dit le même auteur, serait malséant d’un Fils de Dieu, qui, pouvant rendre sa Mère immaculée, ne l'aurait pas fait. Oh, non ! cela ne saurait être, dit Gerson, en s’adressant au Fils de Die lui-même, " du moment que vous voulez avoir une mère, comme vous en êtes tout à fait le maître, vous lui rendrez certainement honneur. Or, cette loi ne semblerait pas bien remplie par vous, si vous permettiez à l’abominable péché originel d’envahir celle qui doit être un sanctuaire de toute pureté. "

En outre, on n’ignore pas que le divin Fils avait en vue plus encore la rédemption de Marie que tout le reste des autres hommes, lorsqu’il vint au monde, comme le dit saint Bernardin de Sienne. Et comme il y a deux manières de racheter, selon la doctrine de saint Augustin, l'une, en relevant celui qui est déjà tombé, l'autre en empêchant qu'il ne tombe, cette dernière est sans aucun doute la plus excellente, parce que de cette manière l’âme est préservée du dommage ou de la tache qu’elle contracte toujours par la chute qu’elle fait. C'est pourquoi il faut croire, comme le dit saint Bonaventure, que Marie a été rachetée de la manière la plus excellente, ainsi qu’il convenait à la Mère d'un Dieu. Frassen prouve que ce discours est véritablement du saint docteur. A ce sujet, le cardinal de Cusa dit fort élégamment : " Tandis que les autres ont eu un libérateur, c’est un prélibérateur qu’a eu la sainte Vierge. C’est-à-dire que les autres ont eu un Rédempteur qui les a délivrés de la tache du péché déjà contractée, mais que la sainte Vierge a eu un Rédempteur qui, parce qu’il devait être son fils, l’avait préservée de contracter cette tache. "

En un mot, pour conclure sur ce point, Hughes de Saint-Victor dit que c’est par le fruit que l’on reconnaît l'arbre. Si l'Agneau fut toujours sans tache, la Mère doit aussi avoir été toujours immaculée. Aussi ce docteur salue-t-il Marie, en disant : O digne Mère d'un digne Fils, voulant indiquer qu'il n'y avait que Marie qui fût la digne Mère d'un tel Fils, et qu'il n'y avait que Jésus qui fût le digne Fils d'une telle Mère : " O digne Mère d’un Fils aussi digne, Mère de Dieu, dont la beauté n’est effacée que par celle de votre fils, comme votre élévation n’est surpassée que par la sienne ". Disons donc avec saint Ildefonse : Allaitez donc, allaitez votre Créateur, Marie ; allaitez celui qui vous a créée, et qui vous a faite assez pure et assez parfaite pour qu’il prît en vous la nature humaine.

TROISIÈME POINT. - S'il était convenable au Père de préserver Marie du péché, parce qu’elle était sa Fille, et au Fils de l'en préserver parce qu’elle devait être sa Mère, il n’était pas moins convenable que le Saint-Esprit l'en préservât, comme son Épouse. Marie, dit saint Augustin, fut la seule qui mérita d'être appelée Mère et épouse de Dieu. En effet, affirme saint Anselme, l’Esprit de Dieu descendit corporellement dans Marie, et l'enrichissant de grâces par-dessus toutes les créatures, il se reposa en elle, et fit son épouse Reine du ciel et de la terre. Il dit que l’Esprit-Saint vint habiter corporellement en Marie, quant à l'effet, puisqu'il vint former de son corps immaculé le corps immaculé de Jésus-Christ, comme l'archange le lui avait prédit (Luc I, 35). C'est pourquoi, fait observer saint Thomas, Marie est appelée temple du Seigneur et le sanctuaire du Saint-Esprit, parce qu’elle a été faite Mère du Verbe incarné par l'opération du Saint-Esprit.

Or, si un excellent peintre devait épouser une femme belle ou difforme, selon qu'il la peindrait lui-même, avec quel soin ne s'appliquerait-il pas de la peindre aussi belle qu'il lui serait possible ? Qui pourrait donc soutenir que le Saint-Esprit ait agi différemment avec Marie et que, pouvant rendre son Épouse aussi belle qu'il lui convenait, il a manqué de le faire ? Non, belle elle lui convenait, telle il l'a faite, comme le Seigneur l'attesta lui-même en célébrant les louanges de Marie : " Vous êtes toute belle, mon amie, et il n’y a point de taches en vous " (Cant. 4, 7). Saint Ildefonse et saint Thomas disent que ces paroles s'entendent proprement de la sainte Vierge, comme l’atteste Corneille de la Pierre en expliquant ce passage ; et saint Bernardin de Sienne et saint Laurent Justinien assurent qu'elles s'entendent directement de l'Immaculée Conception de Marie : c'est pourquoi l'abbé de Celles lui dit : " Vous êtes toute belle, ô très glorieuse Vierge, non en partie seulement, mais dans toute votre personne, et il n’y a en vous aucune tache de péché, soit véniel, soit originel. "

C'est aussi ce que l'Esprit Saint signifia, en appelant cette vierge, qui est son épouse, jardin fermé et fontaine scellée (Cant. 5, 12). Marie a été précisément, dit saint Jérôme, ce jardin fermé, cette fontaine scellée, puisque les ennemis de notre salut n'entrèrent jamais en elle pour la souiller, mais qu'elle en fut toujours garantie, demeurant sainte d'âme et de corps. Saint Bernard dit de même, en adressant la parole à la bienheureuse Vierge Marie : " Vous êtes ce jardin fermé, où la main des pécheurs n’a jamais pu s’introduire pour le dépouiller de ses fleurs. "

Sachons que ce divin Époux a préféré Marie à tous les autres saints et à tous les anges réunis ensemble, comme l'assurent le Père Suarez, saint Laurent Justinien et d'autres docteurs ; il l'aima dès le commencement, et il l'éleva en sainteté par-dessus tous les hommes, comme le témoigne David par ces paroles : " Ses fondements sont établis sur les saintes montagnes ; le Seigneur préfère les portes de Sion à tous les pavillons de Jacob. Un homme y est né, et celui-là même est le Très-Haut qui l’a fondée. " (Ps. 87, 2, 6) Ces paroles signifient que Marie fut sainte dès le moment de sa conception. C'est ce qu’indiquent encore d'autres paroles du Saint-Esprit : " Beaucoup de filles ont ammassé des richesses : mais vous les avez surpassées. " (Prov. 31, 29). Si Marie a surpassé toutes les créatures en richesses spirituelles, elle a donc eu aussi la justice originelle que possédèrent Adam et les anges. " Il y a des jeunes filles sans nombre ; mais ma colombe est toute seule, elle est ma parfaite, elle est unique à sa mère " (Cant. VII, 7), c’est-à-dire que toutes les âmes justes sont filles de la grâce divine : mais, entre elles, Marie a été la colombe sans fiel de péché, la parfaite sans tache d'origine, et l'unique conçue en état de grâce.

C’est pourquoi avant même qu'elle fût Mère de Dieu, l’Ange la trouva déjà pleine de grâce, et la salua en ces termes : " Je vous salue, pleine de grâce " (Ave gratia plena). Saint Sophrone dit, à propos de ces paroles, que Dieu donna une partie de sa grâce aux autres saints, mais qu'elle a été donnée toute entière à la Vierge. De telle sorte, dit saint Thomas, que la grâce sanctifia, non seulement l'âme, mais la chair de Marie, pour que la Vierge put ensuite en revêtir le Verbe éternel. Or, tout cela conduit à reconnaître que Marie fut, dès sa conception, enrichie et remplie de la grâce divine par l'Esprit Saint. Saint Pierre Damien dit que le divin Époux ravit la Vierge, pour exprimer la vitesse avec laquelle il prévint Lucifer, pour en faire son Épouse et empêcher le démon de la posséder.

Je veux enfin terminer ce discours, dans lequel je me suis étendu plus que dans les autres par la raison que notre petite congrégation a pour principale protectrice la sainte Vierge Marie, précisément sous le titre de l'Immaculée Conception ; je veux, dis-je, conclure en indiquant brièvement quels sont les motifs qui m'ont convaincu, et qui devraient, selon moi, convaincre chacun d'une opinion aussi pieuse et aussi honorable pour la divine Mère, savoir, qu'elle a été exempte du péché originel.

Il y a beaucoup de docteurs qui soutiennent que Marie a été exempte de contracter même la dette du péché, entre autres le cardinal Galatin, le cardinal de Cusa, Salazar, Catharin, Novarin, Viva, de Lugo, Gilles, Richel, et autres. Or, cette opinion est très probable ; car, s'il est vrai que dans la volonté d'Adam comme chef du genre humain furent renfermées les volontés de tous les hommes ainsi que le soutiennent avec probabilité Gonet, Habert et plusieurs autres qui s’appuient sur un texte de saint Paul : " Tous ont péché en Adam, " (Rom, 5), si cela est probable, il l'est aussi que Marie n'a point contracté la dette du péché, puisque, Dieu l'ayant singulièrement distinguée, dans l’ordre de la grâce, du commun des hommes, on doit croire pieusement qu’il n’avait point renfermé la volonté de Marie dans celle d'Adam.

Cette opinion est seulement probable, et j'y adhère, comme plus glorieuse pour ma souveraine bien-aimée. Mais je tiens pour certaine l'opinion que Marie n'a point contracté le péché d'Adam ; comme la tiennent pour certaine, et même pour approchant de la foi (suivant leur expression), le cardinal Everard, Duval, Renaud, Lossada, Viva, et plusieurs autres. Je laisse de côté les révélations qui confirment cette opinion, spécialement celles faites à sainte Brigitte, approuvées par le cardinal Turrecremata et par quatre souverains pontifes, comme on le voit au livre VI, chap. 49 et 55 de ces révélations. Mais je ne saurais passer sous silence les passages des saints Pères sur ce point, afin d'établir combien ils ont été uniformes pour reconnaître un tel privilège à la divine Mère. Saint Ambroise a dit : " Recevez-moi, non comme enfant de Sara, mais comme enfant de Marie, de cette vierge immaculée, et exempte par la grâce de toute souillure du péché. " Origène, parlant de Marie, s’exprime ainsi : " Elle n’a point été infectée par le souffle venimeux du serpent. " Saint Ephrem : " Immaculée et à l’abri de toute atteinte du péché. " Saint augustin, sur ces paroles de l’Ange, Ave gratia plena, dit : " Il montre par ces paroles que la rigueur de la première sentence est entièrement révoquée, et que la grâce de la bénédiction est pleinement restituée. " Saint Jérôme : " Cette nuée n’a jamais été dans les ténèbres, mais toujours en lumière. " Saint Cyprien, ou un autre écrivain sous son nom : " La justice ne permettait pas que ce vase d’élection fût soumis aux mêmes misères que le commun des hommes, parce que, bien que la nature lui fût commune avec les autres, la faute qu’il partageait lui était étrangère. " Saint Amphiloque : " Celui qui avait créé la première vierge (Eve) exempte de tout opprobre, a su produire la seconde pareillement exempte de tout reproche. " Saint Sophrone : " La Vierge est appelée immaculée, parce qu’elle n’a été corrompue en rien. " Saint Ildefonse : " Il est constant qu’elle a été exempte du péché originel. " Saint Jean Damascène : " Le serpent n’a point eu entrée dans ce paradis. " Saint Pierre Damien : " La chair de la Vierge, bien que prise d’Adam, n’admet point les taches d’Adam. " Saint Bruno : " C’est ici cette terre vierge, que Dieu a bénie en la conservant entièrement exempte de la contagion du péché. " Saint Bonaventure : " Notre dame a été remplie de la grâce prévenante dans sa sanctification, c’est-à-dire d’une grâce préservatrice de l’infection du péché. " Saint Bernardin de Sienne : " On ne doit pas croire que le Fils de Dieu ait voulu lui-même naître de la Vierge, et prendre dans son sein une chair entachée du péché originel. " Saint Laurent Justinien : " Elle a été, dès l’instant de sa conception, prévenue des bénédictions divines. " Une foule d’autres docteurs disent la même chose.

Mais il y a surtout deux motifs qui nous garantissent la vérité de cette pieuse croyance. Le premier est le consentement unanime de tous les fidèles sur ce point. Le P. Gilles de la Présentation, atteste que ce sentiment est partagé par tous les ordres religieux ; et, dans l'ordre même de saint Dominique, dit un auteur moderne, bien que 92 écrivains soutiennent l'avis contraire, 156 professent le nôtre. Mais ce qui doit surtout nous persuader que notre pieuse opinion est conforme au commun consentement des catholiques, c'est un passage de la célèbre bulle du pape Alexandre XII, Sollicitudo Omnium Ecclesiarum, publiée en 1661, et dans laquelle il est dit : " Cette dévotion et ce culte à l’endroit de la mère de Dieu a pris de tels accroissements, que grâce à l’appui que lui ont donné les académies, presque tous les catholiques ont aujourd’hui embrassé cette pieuse croyance. ". Et cette opinion est professée par les académies de la Sorbonne, d'Alcal, de Salamanque, de Coïmbre, de Mayence, de Naples et plusieurs autres, où l'aspirant au doctorat est obligé, pour l'obtenir, de jurer qu'il prendra la défense de l'Immaculée Conception. L'argument tir‚ du commun consentement des fidèles est employé par le savant Père Pétau. Le très docte évêque Jules Torné en est si touché à son tour, qu'il demande : le commun consentement des fidèles nous assurant de la sanctification de Marie dans le sein de sa mère, et de son assomption au ciel en corps et en âme, pourquoi ne nous assurerait-il pas également de la Conception Immaculée ?

L'autre motif, plus fort que le premier, qui nous fait croire que la Vierge fut exemple de la tache originelle, c'est l'établissement de la fête de l'Immaculée Conception par l'Église universelle. D'un côté, je vois que l'Église célèbre le premier instant où l'âme de Marie fut créée et unie à son corps, comme le déclare Alexandre VII dans la bulle indiquée ci-dessus, où il est dit que l'Église rend à la Conception de Marie le même culte que la pieuse opinion qui veut qu'elle ait été conçue sans la faute originelle. D'un autre côté, je sais que l'Église ne peut célébrer une fête pour ce qui n'est pas saint, suivant la décision du pape saint Léon, saint Eusèbe et de tous les théologiens avec saint Augustin, saint Bernard et saint Thomas qui, pour prouver que Marie fut sanctifiée avant de naître, part de ce point que l'Église célèbre sa fête de la Nativité. Or, s'il est vrai, comme le dit le docteur angélique, que Marie fut sanctifiée dans le sein de sa mère, puisque l'Église célèbre sa Nativité, pourquoi ne pas admettre qu'elle fut préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception, puisque l'Église en célèbre la fête dans ce sens ? En preuve de ce grand privilège de Marie, s'offrent les grâces innombrables et prodigieuses que le Seigneur se plaît chaque jour à accorder, dans le royaume de Naples, par le moyen des images de l'Immaculée Conception. Je pourrais en citer une foule, constatée par les Pères de notre Congrégation ; mais je me borne à en indiquer deux qui sont vraiment admirables.

EXEMPLE

Dans une des maisons tenues par notre congrégation au royaume de Naples, une femme vint dire à l'un de nos Pères que son mari ne s'était pas confessé depuis longues années, et qu'elle ne savait plus par quel moyen l'y engager, parce que dès qu'elle lui parlait de confession elle en était maltraitée. Le Père lui répondit de lui donner une image de l'Immaculée Conception. Vers le soir, la femme pria de nouveau son mari de se confesser, et comme il ne voulait rien entendre sur ce point, suivant son habitude, elle lui donna l'image. A peine l'eut-il reçue : Eh bien, dit-il, quand voulez-vous que je me confesse, me voilà prêt. La femme se mit à pleurer de joie, en voyant ce changement si subit. Le lendemain matin, son mari se rendit réellement à notre église. Le Père lui demanda depuis quel temps il ne s'était pas confessé. Depuis vingt-huit ans répliqua-t-il. Comment, reprit le Père, vous êtes-vous résolu à venir ce matin ? Mon Père, répondit-il, je m'obstinais toujours, quand ma femme me donna hier soir une image de l'Immaculée Conception, et aussitôt mon coeur changea au point que cette nuit chaque moment me semblait des siècles, en attendant le jour pour me rendre près de vous. En effet, il se confessa avec beaucoup de componction, changea de vie, et continua longtemps à se confesser à ce même Père.

Dans un autre lieu du diocèse de Salerne, pendant que nous y donnions la mission, un homme nourrissait une inimitié capitale contre un autre qui l'avait offensé. Un de nos Père l'engageant à pardonner, en reçut cette réponse : Mon Père, m'avez-vous jamais vu à vos prédications ? Non, c'est à cause de cela que je n'y vais pas : je vois bien que je suis damné, mais n'importe, je veux me venger. Le Père insista beaucoup pour le convertir ; mais, voyant qu'il perdait ses paroles : Prenez, lui dit-il, cette image de l'Immaculée Conception. L'homme lui répondit d'abord : A quoi sert cette image ? Cependant l'ayant prise, comme s'il n'avait jamais refus‚ de pardonner, il dit au missionnaire : Mon Père, ne faut-il que pardonner ? je suis prêt à le faire. On assigna le lendemain matin à cet effet. Mais le lendemain venu, il avait encore changé et n'en voulait plus rien faire. Le Père lui offrit une autre image ; il la refusa, mais à force d'instances il la reçut. O miracle ! la seconde image ne fut pas plus tôt acceptée, qu'il s'écria : Allons, dépêchons-nous, où est mon ennemi ? Il lui pardonna aussitôt, puis il se confessa.

PRIERE

Ah ! mon immaculée maîtresse, je me réjouis avec vous de vous voir enrichie d'une si grande pureté. Je remercie, et je me propose de remercier toujours notre commun Créateur de vous avoir préservée de toute tache de péché, comme j'en ai la conviction ; et pour défendre le grand, le singulier privilège de votre Immaculée Conception, je suis prêt et je m'engage à donner au besoin ma vie. Je voudrais que tout le monde vous appréciât et vous reconnût pour cette belle Aurore, toujours ornée de la divine lumière, pour cette arche choisie du salut, délivrée du commun naufrage du péché ; pour cette colombe parfaite et immaculée, suivant les expressions de votre divin ‚poux ; pour ce jardin fermé, qui fut les délices de Dieu ; pour cette fontaine scellée, où le démon ne pénétra jamais pour la troubler ; pour ce lis, enfin, éclatant de blancheur, qui, vous élevant parmi les épines des enfants d'Adam, lesquels naissent tous souillés de péchés et ennemis de Dieu, êtes née pure, sans tache, et aimée de votre Créateur.

Permettez-moi de vous louer encore comme Dieu lui-même vous a louée. O très pure colombe ! toute blanche, toujours amie de Dieu. Ah ! très douce, très aimable, immaculée Marie, vous qui êtes si belle aux yeux de votre Seigneur, ne dédaignez pas de fixer vos regards miséricordieux sur les plaies qui souillent mon âme. Regardez-moi, prenez pitié de moi, guérissez-moi. Aimant des coeurs, attirez à vous mon coeur misérable, vous qui, dès le premier moment de votre vie, avez paru belle et pure devant Dieu ; ayez compassion de moi, qui non seulement suis né dans le péché, mais qui ai, depuis mon baptême, souillé mon âme de nouvelles fautes. Ce Dieu, qui vous a choisie pour sa Fille, pour sa Mère, pour son Épouse ; qui vous a en conséquence préservée de toute tache et préférée dans son amour à toutes les créatures, quelle grâce pourrait-il vous refuser ? Vierge immaculée, sauvez-moi, vous dirai-je avec saint Philippe de Néri. Faites que je me souvienne toujours de vous, et vous, ne m'oubliez pas. Il me semble que dix siècles me séparent de l'heureux moment où j'irai contempler votre beauté en Paradis, pour vous louer et vous aimer davantage, ma Mère, ma Reine, ma bien-aimée, très belle, très douce, très pure et immaculée Marie ! Amen.

   

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