CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

 SAINT PAUL DE LA CROIX
 1694-1775

 SA VIE ET SA SPIRITUALITÉ

3-Les vertus de saint Paul de la Croix
liées à sa spiritualité

 

3-1-Tout d'abord, les deux principales vertus

La Passion du Christ a été causée par l'orgueil des hommes, d'où la nécessité de l'humilité. Dieu veut l'amour: Amour de Dieu et amour des hommes, d'où la mansuétude, la charité.

     3-1-1-L'humilité et la spiritualité du désert

Un jour, Paul de la Croix "priait son Jésus de le rendre humble au plus haut degré. Jésus lui dit, dans son cœur: 'Quand tu te jettes en esprit sous les pieds de toutes les créatures, et jusque sous les pieds des démons, voilà ce qui me plaît le plus.'  

La profonde humilité de Paul de la Croix nous semble souvent exagérée. En effet, il estime "qu’il n’est qu’un abîme de misères , qu'il se tient en désolation et iniquité dans les ténèbres et dans l’horreur de ses misères, sous des eaux profondes, amères et en furie..." Il se croit "dans l’indignation de Dieu"… Cependant, il dira qu'il était curieusement content intérieurement. Il écrit: "Il m’est difficile de m’expliquer davantage, parce que cela est délicat à comprendre pour qui ne l’éprouve pas."

Il faut se souvenir que Paul est un grand mystique, séduit par le Seigneur et enseigné par ce Maître intérieur. Paul n'a de cesse de contempler et de méditer la Passion de Jésus. Or, c'est à cause de nos péchés, les péchés de tous les hommes, donc de lui aussi, Paul de la Croix, que Jésus a souffert et est mort sur la Croix. Paul de la Croix qui se considère comme un des plus grands pécheurs au monde, ne peut que s'humilier profondément devant Jésus étendu sur la Croix. Cependant, la consolation de Paul "est un certain contentement que soit faite la volonté très sainte de notre cher Dieu."

Parfois Paul s'expliquera. Dans une lettre du 3 septembre 1735, adressée à une religieuse[1], il déclare: "Les choses de Dieu et ses dons causent une grande connaissance de cette infinie Majesté et une grande connaissance de notre propre néant, au point que l'âme s'abaisserait jusque sous les pieds (si l'on peut dire) des démons, tant est bas le sentiment qu'elle a d'elle-même."

Un jour, à Agnès Grazi il avouera sa totale impuissance à la conseiller. Il lui écrit, le 9 juillet 1739: "Ce soir, je ne puis pas vous répondre... parce que je suis toujours davantage dans un terrible état d'abandon et dans d'horribles misères, et en vérité, je n'ai aucune lumière de Dieu... je suis incapable de la moindre bonne pensée et je ne saurais dire une parole de spiritualité... C'est pourquoi je voudrais que Dieu vous envoie quelqu'un qui puisse vous conseiller... Dieu sait combien je le voudrais, mais mon état est si déplorable... Je ne puis, moi, ni ne sais vous dire autre chose que de vous humilier beaucoup...  Ne vous fiez pas à vous-même; craignez Dieu; qui sera humble ne sera pas trompé."

Attention! L'humilité devant Dieu, c'est la reconnaissance de sa petitesse, mais ce n'est pas de la lâcheté. Un jour, il écrivit à Sœur Gandolfi: "Dieu veut l'humilité et non la lâcheté qui abat et fait se retirer de Lui. Soyez obéissante aux attractions de l'Esprit-Saint, recevant tout avec humilité..." Car il ne faut pas non plus, sous prétexte d'humilité, refuser les grâces et les dons que Dieu nous envoie. Mais encore une fois, attention! En 1747, toujours à Sœur Gandolfi, le Père Paul écrit: "Si les lumières et les élévations, pour hautes qu'elles soient, ne produisent pas une humilité profonde avec une haute connaissance de son propre néant, la haine de soi-même, le mépris de soi, et l'amour du pâtir... si elles ne produisent pas ces effets, en partie ou complètement, et dans tous les cas, l'humilité, alors ce sont des illusions...

Lorsque l'âme se sent élevée, elle doit courir vers les parfums divines puis, aussitôt qu'elle le peut, retourner à son ensevelissement en son véritable néant, en vraie nudité d'esprit... afin que vive en nous la très sainte Volonté du souverain Bien... Souvenez-vous que seules les âmes humbles, occultes et dépouillées d'elles-mêmes plaisent à Dieu... Et n'oubliez pas de jeter souvent un regard sur vos misères passés..."

     3-1-2-L'amour de la pauvreté

La pauvreté vécue par Paul de la Croix et son frère Jean-Baptiste, dans les débuts de leur vie consacrée fut assez exceptionnelle. D'ailleurs, Paul fera de la pauvreté le troisième pilier des Retraites: il faut "fuir au désert pour fuir les plaisirs du monde et le luxe qui les sert... et celui qui a goûté les choses d'en haut méprise facilement celles du bas." D'ailleurs la pauvreté religieuse n'est-elle pas la manière de vivre des Pauvres de Jésus[2]?

3-2-Les autres vertus de Paul

     3-2-1-La mansuétude

Souvent Paul de la Croix parle de la mansuétude et de la miséricorde de Dieu pour ses enfants si petits, si imparfaits, si fragiles, voire si pécheurs. Mais la mansuétude de Dieu vis à vis des hommes ne s'applique pas seulement à notre nature humaine, mais également à nos relations intimes avec le Seigneur. Ainsi, à propos de l'oraison, il écrit à Sœur Colomba Gandolfi, le 7 mai 1756: "...il vous faut une grande fidélité envers Dieu... l'oraison étant plus passive qu'active... Laissez purement disparaître votre néant dans le Tout infini de Dieu. Recevez de la main à la main ses divines miséricordes, sans vous contempler vous-même... Voyez si l'amour s'accroît avec la souffrance: si celle-ci produit un effet dans la véritable humilité du cœur, ainsi qu'à l'extérieur, par une patience héroïque et silencieuse, par une vraie charité et une vraie mansuétude envers le prochain... et si vous êtes toute portée à faire toujours la volonté de Dieu. Tels sont les principaux fruits de l'oraison..."

Parfois, même le silence de Dieu est signe de sa mansuétude. Répondant aux angoisses de sa correspondante, le Père Paul rapporte une parole de Jean concernant Jésus: "mais Jésus se taisait..." Et Paul s'écrie[3]: "Ô silence si riche de vertus, et surtout de charité, de patience et de mansuétude. Il convient donc de faire mourir ces craintes dans le feu de l'amour de Dieu, parce que la charité chasse la crainte..." En 1766, il écrit à la même personne: "La lamentation... n'a jamais été une vertu. La vertu de Jésus est souffrir et se taire... Au milieu des douleurs les plus atroces, au milieu des opprobres, blasphèmes, injures, gifles, coups de fouet, épines, croix et mort, le doux Jésus se taisait..."

     3-2-2-L'admiration de la création

Nous avons vu ci-dessus, au paragraphe 1-2-1, que pour Paul de la Croix, l'admiration de la création était essentielle: car lorsqu'on admire la création, on admire Dieu, et par voie de conséquence, on Le loue, et l'on se prépare tout naturellement à l'oraison. Curieusement, à l'inverse de tant de nos contemporains qui sont pourtant assoiffés de sensations charnelles, mais qui estiment que l'on n'a pas besoin "de sentir" Dieu, Paul de la Croix ne rejette pas les distractions sensibles "qu'offre le spectacle des fleurs, des champs, du ciel et du soleil, d'où se déduisent la grandeur, la beauté et la majesté de notre Dieu." Il parlait aux fleurs, aux plantes qui lui répondaient: "Aime ton Dieu, aime ton Dieu comme nous l'aimons nous-mêmes." Oui, les choses créées ravivaient la foi de Paul et alimentaient sa prédication.

La nature, pour Paul de la Croix était vraiment la source de grands émois spirituels. Un témoin qui l'accompagnait raconte qu'un jour, "le serviteur de Dieu, découvrant une campagne toute revêtue de fleurs et de plantes, car nous étions au printemps, commença à discourir du charme et de la douceur de la nature. Puis, il prit prétexte de cela pour considérer et parler de la beauté et de la grandeur de Dieu, auteur et créateur de toutes choses. Il s'exclama: 'Oh! quel grand Dieu! Oh! Grandeur de Dieu!' Et par ces paroles, élevant les bras, son corps se souleva dans les airs, à environ cinq palmes, au-dessus du sol, demeurant en extase quelques instants."

Une autre fois, le transport de son cœur était tel qu'il faisait des enjambées d'au moins sept mètres! Paul trouvait vraiment Dieu dans les beautés de la création, et il demandait souvent à ses auditeurs "d'écouter le sermon que leur feront les fleurs, les arbres et l'herbe, le ciel et le soleil, et le monde entier. Ils feront un sermon tout d'amour, de louange de Dieu et inviteront à magnifier les grandeurs du Souverain Créateur."

Paul ne craignait pas de goûter la beauté par ses sens autant que par son intelligence. Pour lui, la promenade solitaire dans la nature, qu'il conseillera souvent, quand cela est possible[4], c'est comme la marche du cœur vers la volonté du Père. Il écrira à l'une de ses dirigées: "Que voulons-nous faire de ce monde où l'on ne respire qu'un air empoisonné par tant de crimes? Je vous prie de fermer la porte à toutes les créatures et de vous bien enfermer dans le secret de votre cœur, pour traiter seule à seul avec le Bien-aimé."

Curieusement Paul de la Croix rejoint les scientifiques du XXIème siècle. L'intelligence mathématique mesure l'univers et le met en équations. Mais là n'est pas toute la connaissance: la structure du monde est une chose que nous constatons, que nous voyons; mais sa finalité nous fait entrer en Dieu. Déjà, à son époque, la grandeur et la beauté du cosmos disaient à Paul la grandeur et la beauté du Créateur. De nos jours, dans notre monde athée, elles nous révèlent l'existence de Dieu. Merci à Paul de la Croix de l'avoir pressenti!

     3-2-3-L'ascète

La vie spirituelle n'est jamais parfaite sur la terre; c'est un chemin vers Jésus, donc vers Dieu, et ce chemin est toujours semé d'embûches et de tentations. L'homme est fragile; aussi doit-il désirer constamment la sainteté et combattre vigoureusement les tentations suscitées par le démon. Les combats contre les tentations, souvent violents, doivent être accompagnés de l'oraison, de  la prière à la Vierge Marie, mais aussi de sacrifices véritables sans cesse renouvelés, ce que nous appelons fréquemment l'ascétisme.  Paul de la Croix et son Frère Jean-Baptiste furent de très grands ascètes qu'il nous serait fort difficile d'imiter aujourd'hui. Toute sa vie, Paul de la Croix préconisa l'ascèse purificatrice, disant: "Si l'on ne mortifie pas les passions, surtout l'irascibilité, (par le jeûne, la discipline, etc, choses qui étaient fortement recommandées à son époque) il est inutile d'espérer la paix ou le progrès spirituel..."

Toutefois, vers la fin de sa vie il comprit qu'il était indispensable, surtout pour ceux qui avaient des tâches importantes à accomplir, de se conserver une santé convenable.


[1] Sœur Cherubina Bresciani.
[2] Le premier nom donné par Paul de la Croix à sa future congrégation était "les Pauvres de Jésus".
[3] Lettre du 13 décembre 1764, à Sœur Gandolfi.
[4] En effet, dans les villes les promenades dans la nature sont impossibles. Par contre, pour Paul de la Croix, les villes sont les lieux privilégiés pour la proclamation de l'Évangile et de la Croix.

   

  

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