CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

 SAINT PAUL DE LA CROIX
 1694-1775

 SA VIE ET SA SPIRITUALITÉ

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Une retraite de quarante jours

Paul-François peut dès lors commencer à réfléchir sur ce que sera la Règle des "PAUVRES DE JÉSUS" premier nom donné à sa future congrégation. Cela se fera à partir du 22 novembre 1720, date à laquelle Paul-François  est revêtu de l’habit de pénitence des ermites, par Mgr. Gattinara, son évêque[1]. Auparavant Paul-François lui avait fait une confession générale, lui avait rendu un compte exact de sa vie, et confié toutes les lumières qu'il avait reçues du Seigneur. L'évêque ne pouvant plus douter de la vocation du jeune homme, résolut de lui donner l'habit noir en mémoire de la Passion du Sauveur, selon la pensée que Dieu avait inspirée à Paul. Paul-François commença alors une retraite de 40 jours dans une pièce située dans l’église de Saint-Charles à Castellazzo Bormida. Le sage évêque lui ordonna de rapporter exactement ce que le Seigneur lui communiquerait pendant sa retraite. Paul-François obéit.

4-1-Les conditions matérielles de la retraite de quarante jours

La pièce dans laquelle Paul dut vivre sa retraite "était humide, étroite, rustique, fort laide, dépourvue de toute commodité... Tout son vêtement[2] consistait en une tunique très rude avec de simples caleçons de toile commune et si grossière que sa rudesse lui causa une incommodité sensible à la jambe... Sa nourriture n'était autre qu'un morceau de pain reçu en aumône; il n'avait pour toute boisson que l'eau... et l'hiver faisait déjà sentir ses rigueurs dans cette contrée froide... Au milieu de toutes ces souffrances, Paul trouvait son soutien et sa force dans le saint amour de Dieu... Il se levait la nuit pour réciter l'office, puis se mettait en oraison. Il employait environ trois heures à la récitation de matines et à l'oraison, et cela, nonobstant la rigueur du froid qui devait être très intense[3]."

Par obéissance à son évêque, il rédigea quotidiennement son "Journal spirituel, grâce auquel nous découvrons combien il souffrit de la faim et du froid. Par ailleurs, les tentations et les assauts des démons étaient parfois tellement violents que son corps et son cœur en ressentait des convulsions douloureuses.

Malgré les ténèbres et l'aridité dans lesquelles il fut souvent plongé, "il ne douta jamais que l'âme qui persiste dans l'oraison, qui est ferme et inébranlable parmi les ennuis, les dégoûts et les tentations les plus fâcheuses, est comme un rocher solide et stable contre lequel vont se briser les vagues et les tempêtes, sans pouvoir lui faire le moindre mal."

Heureusement, le Seigneur lui envoyait parfois des grâces extraordinaires, qui l'encourageaient grandement à poursuivre sa vocation. (Vie du bienheureux Paul de la Croix, par Saint Vincent-Marie Strambi – Chapitre 7)

4-2-La rédaction de la Règle des Pauvres de Jésus

Paul-François priait beaucoup le Saint-Esprit. Il demandait aussi avec confiance l'assistance de la bienheureuse Vierge Marie, des saints et des fondateurs d'ordres religieux. Quarante jours se passèrent de la sorte. C'est dans cette atmosphère de prière, de pénitence et de confiance, qu'il rédigea la règle de sa future congrégation, ainsi que le "Journal spirituel", de ces quarante jours. Plus tard il écrira: "Moi, Paul-François, pauvre et misérable pécheur, le plus indigne serviteur des Pauvres de Jésus, j'ai écrit cette sainte règle à l'église paroissiale de Saint-Charles de Castellazzo. Cette Retraite m'avait été assignée par Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Gattinara, évêque d'Alexandrie, dans les premiers jours qui ont suivi ma vêture. J'ai commencé à écrire cette sainte règle le 2 décembre de l'année 1720, et je l'ai terminée le 7 du même mois.

Avant de me mettre à écrire, je disais matines, puis je faisais l'oraison mentale, après quoi je me levais plein de courage et j'allais écrire. L'ennemi infernal ne manqua pas de m'assaillir en m'inspirant de la répugnance et en me suscitant des difficultés; mais comme il y avait longtemps que j'étais inspiré de Dieu, et puis, comme cela m'était ordonné, je me mis néanmoins à l'œuvre avec la grâce de Dieu. Qu'on sache encore que lorsque j'écrivais, j'écrivais aussi vite que si quelqu'un avait été en chaire pour me dicter; je sentais les paroles venir de mon cœur.

Or, j'ai écrit ces choses, afin qu'on sache que tout ceci est une inspiration particulière de Dieu, car, pour ce qui me concerne moi-même, je ne suis qu'iniquité et ignorance. Du reste, je soumets toutes choses au jugement de mes supérieurs. Que le Très Saint Sacrement soit loué et honoré de tous, sur tous les autels du monde!" (Vie du bienheureux Paul de la Croix, par Saint Vincent-Marie Strambi – Chapitre 7)


[1] Monseigneur Gattinara, religieux Barnabite, était un prélat doué d'un talent éminent pour la direction des âmes et le discernement des esprits. C'est sur l'ordre de ce prélat que Paul-François entreprit l'œuvre de Dieu et régla toute sa conduite, aussi longtemps qu'il put bénéficier de ses instructions.
[2] À l’âge de 21 ans Paul-François avait eu la vision de cette tunique noire, vêtement des pénitents, dont il sera revêtu en novembre 1720. Un an plus tard, son frère, Jean-Baptiste revêtira la même tunique.
[3] Il convient de noter que cela se passait dans une région très montagneuse, et au début de l'hiver.

   

  

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