LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

Deuxième partie

Méditations sur la Passion de Jésus
pendant sa vie publique

14
Jésus contemple la Fille de Sion

Jésus pleure sur Jérusalem

 

Comme souvent, à l’aube, Jésus s’est éloigné de ses disciples qui dorment encore, pour se recueillir dans la campagne environnante. L’endroit où il se trouve domine la ville de Jérusalem qui apparaît dans une beauté stupéfiante, irréelle. Le soleil de l’aurore commence à émerger, et ses rayons roses, se réfléchissant sur l’or du Temple créent un foyer brûlant dont les flammes semblent rejaillir sur la ville. Le spectacle est réellement magique. Jésus contemple avec amour les splendeurs de sa Création et le travail de ses enfants.

L’apôtre Jean aussi contemple le spectacle. Souvent il se lève sans bruit, juste après Jésus, et sans se faire remarquer, il Le suit. Parfois Jésus s’aperçoit que son disciple bien-aimé est là, et souriant l’attire à Lui pour prier avec Lui. Aujourd’hui Jean ne peut taire son admiration :

– Mon Dieu ! Que c’est beau !”

Jésus se retourne, sourit, et l’appelle.

– Oui, Jean, la Création est belle, et les œuvres humaines savent aussi être belles quand elles sont faites pour la gloire de Dieu. Nous devons toujours remercier le Père pour tout ce qu’Il nous donne...

Jésus et Jean s’absorbent dans une profonde action de Grâce de contemplation. Ils ont oublié le monde, ses turpitudes et toutes ses misères...

La prière de Jean est soudain distraite par des paroles de Jésus, des paroles merveilleuses, les paroles du prophète Isaïe:

L’Esprit du Seigneur Yahvé est sur moi: oui Yahvé m’a consacré, il m’a envoyé pour porter aux humbles de bonnes nouvelles, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la libération, à ceux qui sont au cachot le retour à la lumière, pour proclamer une année de grâce de Yahvé, le jour où notre Dieu se fera justice. Je dois réconforter ceux qui sont dans la peine. (Is. LXI, 1 et 2)

– Ô vous qui avez soif, venez vers les eaux! Et vous qui êtes sans argent, venez, achetez et mangez! Venez acheter sans argent, sans payer, du vin et du lait. Tendez l’oreille et venez vers moi, écoutez et vous retrouverez vie. Je ferai avec vous une alliance éternelle, je vous accorderai les bienfaits promis à David. Car j’ai fait de lui un témoin pour les peuples, un chef pour commander les peuples.

Jean est subjugué. Il boit les paroles de Jésus, son cœur est plein de joie, plein d’amour. Jamais il n’avait senti une telle profondeur, une telle actualité dans les textes du Grand prophète. C’est vrai, le Messie est là, il faut aller à Lui: ”Cherchez le Seigneur pendant qu’il se laisse trouver, tournez-vous vers lui quand il est proche. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, parole du Seigneur... Oui, vous sortirez dans la joie, on vous ramènera en paix. (Is. LV, 1, 3, 4, 7, 8, 12)

C’est la joie pour Jean, une joie ineffable, débordante, un bonheur inconnu jusqu’alors, inexprimable. Jean est heureux. Pour un peu il danserait de joie. Mais Jean reste calme, il ne veut pas troubler son Seigneur; tout ce qu’Il dit est si beau, si rassurant. Jean n’est plus que contemplation amoureuse.

Jésus prie toujours, Jean ne bouge pas: il est ravi, il écoute toujours, perdu dans l’amour qu’il voue à son Maître... Oui, tout ira bien, ce sera le bonheur sur la terre, Israël sera délivré, la paix sera partout. Jean plongé dans ses réflexions se met à rêver...

Jésus pleure sur Jérusalem

Jésus et Jean sont toujours ensemble: ils contemplent toujours Jérusalem, la grande et belle ville. Mais Jésus prie profondément, intensément, tandis que Jean est de plus en plus absorbé dans son rêve de jeune juif attendant la délivrance d’Israël.

Jésus prie, et Jean rêve...

Soudain, Jean se réveille et, inquiet, se tourne vers Jésus: le ton du Maître semble se modifier. Jean se tend de plus en plus pour ne perdre aucune des paroles de Jésus qui maintenant murmure les versets des Lamentations :

1-Hélas ! Elle est restée seule, la ville au peuple nombreux, elle est restée comme une veuve, la grande parmi les nations; jadis reine parmi les provinces, elle est soumise à la corvée. 2-Elle a pleuré toute la nuit et les larmes couvrent ses joues. Parmi tous ses amants, pas un ne la console. Tous ses amis l’ont trahie, sont devenus ses ennemis.

4-Les routes de Sion sont en deuil, nul ne va plus à ses fêtes. Aux portes, c’est un désert, ses prêtres se lamentent et ses vierges se désolent; elle est dans l’amertume. 5-Ses ennemis ont été les plus forts, ses adversaires l’ont emporté: c’est Yahvé qui les frappait pour ses fautes si nombreuses... 6-Ils ont pris à la fille de Sion tout ce qui faisait sa gloire. Ses chefs étaient comme des cerfs qui ne trouvent plus de pâture; ils marchaient sans force devant ceux qui les faisaient aller. (La. I)

Jean est inquiet. De quoi parle donc le prophète? Et pourquoi la prière de Jésus est-elle devenue si triste? Jean est de plus en plus attentif afin de ne perdre aucune des paroles de Jésus qui s’écrie:

“Ô Jérusalem ! Étais-tu donc sans crainte, ni respect pour me trahir de la sorte, Tu m’as oublié, tu n’as pas prêté attention. Je me taisais, je fermais les yeux, c’est pourquoi tu n’avais pas peur de moi. (Is. LVII, 11)

– Mais maintenant... continue Jésus, ô Jérusalem, Jérusalem, pourquoi n’accueilles-Tu pas Celui qui vient à Toi ? Pourquoi aller vers le malheur ? Pourquoi oublier le Dieu vivant et retourner à tes idoles, à tes prostitutions ? Ô Jérusalem, “toi qui tues les prophètes... Il ne restera pas sur toi, pierre sur pierre.” Jésus pleure...

Jean est de plus en plus étonné: il n’avait jamais fait attention à ces paroles des Écritures ? Jean ne sait plus que faire tant son cœur est soudain plein de peine. Il  n’ose plus bouger et reste immobile comme un enfant qui a commis une indiscrétion. Il reste là, véritablement pétrifié, tandis que Jésus poursuit :

“Plus personne n’invoque le nom du Seigneur, nul ne cherche à se raccrocher à lui: Yahvé t’as caché sa face, t’as livré au pouvoir de tes péchés...” Jésus s’arrête et contemple de nouveau Jérusalem qui ruisselle d’or dans le soleil levant. Jean est haletant, comme fasciné.

“Pourtant Yahvé tu es notre Père; nous sommes l’argile et tu nous as façonnés, nous sommes tous l’œuvre de tes mains. Ne t’emporte pas davantage, ô Yahvé, ne te rappelle pas constamment nos fautes. regarde-nous, ne sommes-nous pas tous ton peuple? Or ta ville sainte est devenue un désert, Sion n’est plus qu’un désert, et Jérusalem une ruine. Notre Temple saint et magnifique, où nos pères te célébraient, a été dévoré par les flammes; ce que nous avions de plus cher est aujourd’hui en ruines. (Is. LXIV, 6 à 10)

Des larmes ruissellent sur les joues de Jésus, et Jean, atterré, ne peut plus retenir ses sanglots. Jésus le regarde:

– Oui, Jean, c’est écrit: la ville sainte que nous admirons en ce moment sera détruite et ses enfants seront tous tués ou chassés. Car elle ne veut pas reconnaître le Messie que le Père lui envoie.

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