CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

SAINT
Alphonse de Liguori
(1696-1787)
Évêque, Fondateur, Saint, Docteur de l'Église


Considérations sur la Passion

CHAPITRE II

SUR LES PEINES QUE JÉSUS-CHRIST SOUFFRIT À SA MORT

- I -

Prophétie d'Isaïe - Abaissements du Rédempteur promis

Considérons maintenant les peines particulières que Jésus-Christ endura dans sa passion, et qui ont été prédites plusieurs siècles auparavant par les Prophètes, spécialement dans le chapitre cinquante-troisième d'Isaïe. Ce dernier, comme l'ont remarqué saint Irénée, saint Justin, saint Cyprien et d'autres encore, a parlé si clairement des souffrances de notre Rédempteur, qu'on pourrait le prendre pour un des Évangélistes. D'après saint Augustin, les paroles d'Isaïe concernant la passion de Jésus-Christ ont plutôt besoin de nos méditations et de nos larmes que de l'explication des interprètes. Hughes Grotius dit que les anciens Hébreux eux-mêmes n'ont pu mieux qu'Isaïe, principalement au chapitre cinquante-troisième, n'ait eu en vue le Messie promis de Dieu. Quelques-uns ont voulu appliquer les passages d'Isaïe à des personnes nommées dans l'Écriture, autres que Jésus-Christ; mais Grotius répond qu'on n'en peut trouver aucun à qui ces textes conviennent.

Isaïe commence par faire pressentir l'incrédulité qui doit accueillir ce qu'il annonce du Messie et le Messie lui-même: “Qui croirait ce que nous entendons dire, et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été dévoilé?” (Is 53, 1). C'est ce qui s'est vérifié, comme le remarque saint Jean, lorsque les Juifs, malgré les nombreux miracles opérés par Jésus-Christ, miracles qu'ils avaient vus et qui prouvaient bien qu'il était le Messie envoyé de Dieu, refusèrent de croire en lui (Jn 12, 37). Qui reconnaîtra le bras, c'est-à-dire, la puissance du Seigneur? C'est ainsi qu'Isaïe prédit l'obstination des Juifs à ne pas vouloir croire en Jésus-Christ comme en leur Rédempteur. Ils se figuraient que le Messie devait faire éclater parmi les hommes sa grandeur et sa puissance, et, après avoir triomphé de tous ses ennemis, combler le peuple juif de richesses et d'honneurs; ils pensaient que le Sauveur devait apparaître comme un superbe cèdre du Liban; mais le Prophète déclare, au contraire, qu'il croîtra péniblement comme un arbrisseau ou comme un faible rejeton qui sort d'une terre sèche (Is 53, 2).

Isaïe se met ensuite à décrire la passion du Seigneur: “Nous l'avons vu, s'écrie-t-il, et nous avons voulu le reconnaître: mais nous ne l'avons pu. Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, et un homme de douleurs. Nous ne l'avons point reconnu”. (Is 53, 2-3)

Adam, en refusant d'obéir à la loi de Dieu, a causé la ruine de tous les hommes par son orgueil; c'est pourquoi le Rédempteur a voulu réparer ce mal par son humilité, en consentant à être traité comme le dernier et le plus abject des hommes; c'est-à-dire, en se réduisant au plus profond abaissement. Saint Bernard admire cette union prodigieuse de la suprême grandeur avec l'extrême bassesse: “Ô toi, le plus bas et le plus élevé, ô toi le méprisé et le sublime, ô opprobre des hommes et gloire des anges! Nul n'est plus grand que toi, mais nul n'est plus humble”. Si donc, ajoute-t-il, le Seigneur, qui est le premier de tous les êtres, a voulu paraître comme le dernier, chacun de nous doit rechercher la dernière place, et craindre d'être préféré à qui que ce soit. Mais moi, mon Jésus, je crains tout le contraire; je voudrais être préféré à tout le monde. Seigneur! donnez-moi l'humilité! Vous embrasez avec amour les humiliations, pour m'apprendre à être humble, à aimer la vie obscure et méprisée, et je voudrais être estimé de tous et paraître en tout! De grâce, mon Jésus! donnez-moi votre amour; il me rendra semblable à vous! Ne me laissez pas vivre plus longtemps dans l'ingratitude envers vous, après que vous m'avez tant aimé. Vous êtes tout-puissant: faites que je sois humble, que je sois saint, que je sois tout à vous.

- II -

Humiliations et souffrances de Jésus-Christ

Isaïe appelle notre Sauveur un Homme de douleurs (Is 53, 3). Aussi applique-t-on justement à Jésus crucifié ce texte de Jérémie: “Votre affliction est semblable à une mer” (Lm, 2, 13). Comme toutes les eaux vont se jeter dans la mer, ainsi se réunirent dans le cœur de Jésus, pour l'affliger, toutes les souffrances des malades, toutes les austérités des anachorètes et toutes les humiliations des martyrs. Il fut rassasié de douleurs dans l'âme et dans le corps. Mon Père! disait-il par la bouche de David, vous avez fait passer sur moi tous les flots de votre colère (Ps 87, 8)! Et il ajouta en mourant, qu'il expirait abîmé dans un océan de douleurs et d'opprobres (Ps 68, 3). L'Apôtre a écrit que Dieu en envoyant son propre Fils au monde pour payer de son sang la dette de nos fautes, a voulu par là montrer la grandeur de sa justice (Rm 3, 25). Remarquez ces derniers mots.

Pour se faire une idée de tout ce que Jésus-Christ eut à souffrir pendant sa vie, et surtout à sa mort, il faut considérer ce que dit encore saint Paul dans sa Lettre aux Romains: « Dieu, en envoyant son propre Fils avec une chair semblable à celle du péché et en vue du péché, a condamné le péché dans sa chair » (Rm 8, 3). Jésus-Christ, envoyé par son Père pour racheter l'homme, se revêtit de notre chair infectée du péché d'Adam. Quoiqu'il n'eût pas contracté la tache du péché, il prit néanmoins sur lui les misères dont la nature humaine était affligée en punition du péché, et il s'offrit volontairement à son Père éternel, comme le dit Isaïe, afin de satisfaire par ses souffrances à la Justice divine pour toutes les dettes du genre humain; et Dieu le Père l'a chargé lui seul des iniquités de nous tous (Is 53, 6-7). Voilà donc Jésus sous le poids de tous les blasphèmes, de tous les sacrilèges, de toutes les impuretés, de tous les forfaits que les hommes ont commis et commettront jamais; le voilà, en un mot, devenu l'objet de toutes les malédictions divines que nous avons méritées par nos fautes (Ga 3, 13).

Aussi saint Thomas assure-t-il que les douleurs de Jésus-Christ, tant intérieures qu'extérieures, ont surpassé tout ce qu'on peut souffrir en cette vie. Pour comprendre quelles ont dû être ses souffrances extérieures, il suffit de savoir que Dieu le Père lui avait formé un corps exprès pour souffrir, ainsi que Notre-Seigneur le déclara lui-même (He 10, 5). Le Docteur Angélique observe que Notre-Seigneur fut affligé dans tous les sens: dans le toucher, toutes ses chairs ayant été déchirées; dans le goût, par le fiel et le vinaigre; dans l'ouïe, par les blasphèmes et les dérisions; dans la vue, en regardant sa Mère qui assistait à sa mort. Il souffrit également dans tous ses membres: sa tête sacrée fut tourmentée par les épines, ses mains et ses pieds par les clous, son visage par les soufflets et les crachats, et tout son corps par les fouets, précisément comme Isaïe l'avait prédit, ce Prophète ayant annoncé que Notre Rédempteur, dans sa passion, semblable à un lépreux, dont la chair n'a plus aucune partie saine, et qui fait horreur à voir, n'offrant aux regards que plaies de la tête aux pieds. En un mot, Jésus flagellé parut aux yeux de Pilate dans un tel état qu'il espérait fléchir les Juifs en le leur montrant; il cru qu'il suffirait pour qu'on cessât de demander sa mort, de le présenter du haut de son tribunal aux regards du peuple, en disant: « Voilà l'Homme! » (Jn 19, 5).

Saint Isidore remarque en outre que, chez les autres hommes, lorsqu'une douleur et lourde et dure un certain temps, la violence même du mal fait perdre la sensation de douleur. Il n'en fut pas ainsi pour notre Sauveur: les dernières douleurs lui furent aussi sensibles que les dernières, et les premiers coups de fouets ne le furent pas moins que les derniers; et cela, parce que sa passion ne fut pas simplement l'ouvrage des hommes, mais ce fut un acte de la justice de Dieu, qui a voulu faire subir en toute rigueur à son Fils innocent le châtiment que méritaient les péchés de tous les hommes. Ainsi, mon Jésus! dans votre passion, vous avez voulu porter la peine qui m'était due pour mes péchés; si donc je vous avez moins offensé, vous eussiez moins souffert en ce moment pour moi. Et moi, sachant bien cela, pourrai-je encore vivre sans vous aimer, et sans pleurer continuellement les offenses que je vous ai faites? Mon doux Rédempteur, je me repens de vous avoir méprisé, et je vous aime par-dessus toutes choses. De grâce, ne me rejetez point comme je l'ai mérité; recevez-moi dans votre amour, maintenant que je vous aime et que je ne veux plus aimer que vous. Je serais bien ingrat si, après toutes les miséricordes que vous m'avez faites, j'aimais encore à l'avenir autre chose que vous.

- III -

Jésus-Christ a souffert volontairement pour nous

Voici la suite des paroles d'Isaïe: « Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme que la main de Dieu a frappé et humilié. Mais il a été frappé pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui devait nous réconcilier avec Dieu, est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses blessures. Nous, nous étions tous égarés comme des brebis errantes, chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie; et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous ». (Is 53, 4-6) Et Jésus, plein de charité, consentit volontiers, sans réplique, au dessein de son Père qui voulut qu'il fût livré entre les mains des bourreaux pour être tourmenté à leur gré. « Il fut offert parce que c'était son propre désir, et il n'ouvrit pas la bouche; comme une brebis qu'on conduit à la boucherie, comme devant les tondeurs d'une brebis muette » (Is 53, 7). Comme un agneau qui se laisse tondre sans se plaindre, notre tendre Sauveur se laissa enlever, non la laine, mais la peau, sans ouvrir la bouche.

Quelle obligation le Fils de Dieu avait-il d'expier nos fautes? Aucune, sans doute; mais il a voulu s'en charger, pour nous délivrer de la damnation éternelle; et après s'être ainsi rendu volontairement, par pure bonté, débiteur de toutes nos dettes, il a voulu se sacrifier entièrement pour nous, jusqu'à expirer dans les tortures de la croix, comme il l'a déclaré lui-même (Jn 10, 17). Chacun de nous doit donc lui rendre grâces, et lui dire avec le prophète Isaïe: « Seigneur! vous avez arraché mon âme à sa perte; vous avez pris sur vous et vous avez effacé vous-même tous mes péchés » (Is 38, 17).

- IV -

Les souffrances de Jésus-Christ ont été extrêmes

Saint Ambroise, parlant de la passion du Sauveur, dit que ses souffrances ne peuvent être égalées. Les Saints ont tâché d'imiter Jésus-Christ dans ses souffrances pour se rendre semblables à lui; mais, y en a-t-il un seul qui soit parvenu à l'égaler? Il est certain que Notre-Seigneur a souffert plus que tous les pénitents, tous les anachorètes, et tous les Martyrs; car Dieu l'a chargé de satisfaire rigoureusement à sa justice pour tous les péchés des hommes, et conséquemment, comme le dit saint Pierre, Jésus porta sur la croix le fardeau de toutes nos iniquités, pour en subir la peine dans son corps adorable (1 P 2, 24). Selon saint Thomas, en nous rachetant, le Fils de Dieu n'a pas seulement eu égard à la vertu et au mérite infini de ses souffrances, mais il a voulu souffrir autant qu'il le fallait pour expier pleinement et rigoureusement tous les péchés du genre humain. Et selon saint Bonaventure, il a voulu souffrir autant que s'il eût été lui-même l'auteur de toutes nos fautes. Or Dieu sut tellement aggraver les douleurs de Jésus-Christ, qu'elles atteignirent les proportions requises pour acquitter complètement toutes nos dettes. Ainsi s'est vérifiée cette parole d'Isaïe, que Dieu a voulu broyer son Fils dans les souffrances, pour le salut du monde (Is 53,10-11).

Quand on lit les Actes des Martyrs, il semble que quelques-uns d'entre eux ont plus souffert que Jésus-Christ; mais saint Bonaventure dit que les douleurs d'aucun Martyr n'ont jamais pu égaler en vivacité celles de notre Sauveur, qui furent les plus aiguës de toutes les douleurs. Saint Thomas assure pareillement que la douleur sensible qui affligea Jésus-Christ fut la plus grande que l'on puisse endurer dans la vie présente. Selon saint Laurent Justinien, dans chaque tourment que Notre-Seigneur eut à subir, si l'on considère la vivacité et l'intensité de la douleur, il souffrit tous les supplices des Martyrs. Tout cela d'ailleurs a été prédit en peu de mots par le Roi David lorsque, parlant à Dieu au nom du Messie, il s'écriait: “Sur moi pèse ta colère; ... tes épouvantes m'ont réduit à rien” (Ps 87, 8.17), ce qui signifie que toute la colère de Dieu excitée par nos péchés est venue retomber sur la personne du Sauveur. On entend dans le même sens ce que l'Apôtre dit: « Il est devenu malédiction pour nous » (Ga 3, 13). Jésus devint la malédiction, c'est-à-dire l'objet de toutes les malédictions que méritent les pécheurs.

- V -

Peines intérieures de notre Sauveur

Jusqu'ici, nous avons parlé que des souffrances extérieures de Jésus-Christ; mais qui pourra jamais expliquer, ou seulement concevoir, l'étendue de ses souffrances intérieures, qui furent mille fois plus grandes que les premières? La douleur de son âme fut si violente que, dans le jardin de Gethsémani, elle lui causa une sueur de sang par tout le corps et lui fit dire qu'elle suffisait pour lui donner la mort (Mt 26, 58). Mais, puisque cette tristesse suffisait pour le faire mourir, pourquoi ne mourut-il pas? C'est, répond saint Thomas, parce qu'il retarda lui-même sa mort, voulant se conserver la vie pour la sacrifier bientôt après sur la croix. Remarquons en outre que cette tristesse mortelle ne fit qu'affliger plus sensiblement notre Sauveur; car elle fut le tourment de toute sa vie: dès le premier moment de son existence, il eut devant les yeux les causes de sa douleur intérieure; et de toutes ces causes, celle qui l'affligea le plus, ce fut de voir l'ingratitude des hommes après l'amour qu'il leur témoignait dans sa passion.

Il est vrai que, dans cette extrême désolation, un Ange du ciel vint pour fortifier le Seigneur, ainsi que saint Luc le rapporte. (Lc 22, 43). Mais le vénérable Bède fait observer que ce secours, loin d'alléger sa peine, ne fit que l'accroître, puisque l'Ange ranima ses forces pour qu'il souffrit avec plus de constance pour le salut des hommes, en lui représentant, ajoute le même auteur, la grandeur des fruits de notre passion, sans en diminuer la douleur. Aussi, immédiatement après l'apparition de l'Ange, l'Évangéliste dit que Jésus tomba en agonie et sua du sang en abondance au point d'en baigner la terre (Lc 23, 44).

Selon saint Bonaventure, la douleur de Jésus parvint au suprême degré; de telle sorte qu'à l'aspect des tourments qui allaient terminer sa vie, il fut si épouvanté qu'il supplia son Père de l'en délivrer (Mt 26, 39). Cependant, Notre-Seigneur ne fit pas cette prière précisément pour échapper au supplice qui l'attendait, puisqu'il s'y était soumis volontairement (Jn 10, 18); ce fut pour nous faire entendre quelles angoisses il éprouvait en subissant une mort si amère selon les sens. Mais, reprenant aussitôt selon l'esprit, tant pour se conformer à la volonté de son Père que pour nous obtenir le salut, ce qu'il désirait si ardemment, il ajouta: « Néanmoins, que votre volonté soit faite, et non la mienne! » (Mt 26, 44). Et il continua de prier et de se résigner ainsi durant trois heures (Mc 14, 39).

- VI -

Patience de Jésus-Christ - Fruits de sa mort

Reprenons les prophéties d'Isaïe. Il a prédit les soufflets, les coups de poing, les crachats et les autres mauvais traitements que Jésus-Christ souffrit dans la nuit qui précéda sa mort, de la part des bourreaux, qui le tenaient prisonnier dans le palais de Caïphe, en attendant le matin pour le conduire à Pilate et le faire condamner au supplice de la croix: « J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats » (Is 50, 6). Ces outrages ont été décrits après l'événement par saint Marc, qui ajoute que les bourreaux, voulant se moquer de Notre-Seigneur comme d'un faux prophète, lui bandèrent les yeux et se mirent ensuite à lui donner des coups de poing et des soufflets, en lui disant de deviner qui l'avait frapper (Mc 14, 65).

Isaïe continue et dit que le Messie sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger (Is. 53, 7). C'est ce passage que lisait l'eunuque de la reine Candace, lorsque saint Philippe vint le joindre par une inspiration divine, comme on le voit dans les Actes des Apôtres (Ac 8, 32): il lui demanda de qui les paroles devaient s'entendre, et le saint expliqua tout le mystère de la Rédemption opérée par Jésus-Christ. Alors, l'eunuque, ouvrant les yeux à la lumière que Dieu lui communiquait, voulut être baptisé sur-le-champ.

Le Prophète termine en annonçant les fruits immenses que la mort du Sauveur devait produire dans le monde, et la multitude de saints qui en devaient naître spirituellement: « S'il offre sa vie en expiation, il verra une postérité, il prolongera ses jours; et ce qui plaît au Seigneur s'accomplira par lui. Il verra la lumière et sera comblé. Par ses souffrances, mon Serviteur justifiera des multitudes ». (Is 53, 10-11).

- VII -

Prophéties de David - Diverses particularités

Avant Isaïe, le Prophète-Roi avait prédit d'autres circonstances encore plus particulières de la passion de Jésus-Christ, principalement dans le Psaume 21, où il dit que le Sauveur aurait les mains et les pieds percés de clous et que ses membres seraient tellement étendus qu'on pourrait compter ses os (Ps 21, 15. 18). Il annonça également que, avant de le crucifier, on lui ôterait ses vêtements; que ses vêtements extérieurs seraient partagés entre les bourreaux, et que celui de dessous, étant une tunique sans couture, serait tiré au sort (Ps. 21, 19). Cette prophétie est rappelée par saint Matthieu et saint Jean (Mt 27, 35; Jn 19, 23).

Voici en outre ce que saint Matthieu rapporte des blasphèmes et des sarcasmes des Juifs contre Jésus, pendant qu'il était sur la croix: « Ceux qui passaient par là le blasphémaient, en branlant la tête et en lui disant: Toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix! Les Princes des prêtres se moquaient aussi de lui avec les Scribes et les Anciens, en disant: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même; s'il est le Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il met sa confiance en Dieu; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant; puisqu'il a dit; Je suis le Fils de Dieu ». (Mt 27, 40-43). Presque tous ces détails ont été prédits sommairement par David, en ces termes: « Tous ceux qui me voyaient, se sont moqués de moi; ils ont dit en branlant la tête: Il a mis son espérance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre; qu'il le sauve, s'il est vrai qu'il l'aime » (Ps 21, 8-9).

David a aussi prédit la grande peine que Jésus devait éprouver sur la croix en se voyant abandonner de tout le monde, même de ses disciples, à l'exception de saint Jean et de la Très Sainte Vierge. Mais la présence de cette Mère chérie n'adoucit point la peine d'un Fils si tendre; elle l'augmentait, au contraire, par la compassion qu'il avait de la voir si affligée à cause de sa mort. Notre-Seigneur, au milieu des angoisses de son cruel supplice, ne trouva donc personne pour le consoler, précisément comme David l'avait annoncé (Ps 68, 21). Mais, la douleur qui affligea le plus profondément notre doux Rédempteur, ce fut d'être abandonné même de son Père éternel; aussi s'écria-t-il alors, conformément à la prophétie de David: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Loin de me sauver les paroles de ma bouche » (Ps 21, 2). C'est comme s'il eût dit: « Mon Père! les péchés des hommes, que j'appelle les miens parce que je m'en suis chargé, m'empêchent de me délivrer de ces souffrances qui consument ma vie; mais vous, mon Dieu! dans cette extrême désolation, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Ces paroles du Prophète-Roi correspondent parfaitement à celles que Jésus prononça sur la croix, selon l'Évangile de saint Mathieu, peu de temps avant sa mort: « Eli! Eli! lema sabachtani? » (Mt 27, 46).

- VIII -

Jésus-Christ est le vrai Messie - Surabondance de ses mérites

D'après toutes ces citations, on peut juger du grand tort qu'ont les Juifs, lorsqu'ils refusent de reconnaître Jésus-Christ comme leur Messie et leur Sauveur, parce qu'il est mort d'un supplicie ignominieux. Mais, ne s'aperçoivent-ils pas que, si Jésus-Christ, au lieu de mourir en croix comme un criminel, avait eu une mort honorée et glorieuse aux yeux des hommes, il n'aurait pas été le Messie promis de Dieu et prédit par les Prophètes, qui annonçaient depuis tant de siècles que le Rédempteur devait mourir rassasié d'opprobres? (Lm 3, 30) Au reste, toutes ces humiliations et toutes ces souffrances du Fils de Dieu, si bien prédites par les Prophètes, ne furent comprises, même de ses disciples, qu'après sa résurrection et son ascension dans le ciel (Jn 12, 16).

Enfin, la passion de Jésus-Christ a vérifié cette parole de David: « La Justice et la Miséricorde se sont donné le baiser de paix » (Ps 84, 11). En effet, d'un côté, par les mérites du Sauveur, les hommes ont été miséricordieusement réconciliés avec Dieu; et de l'autre, par sa mort, la Justice divine a été surabondamment satisfaite, puisque, pour nous racheter, il n'était pas nécessaire que l'Homme-Dieu supportât tant de souffrances et d'opprobres; il suffisait, comme nous l'avons dit, d'une seule goutte de son sang, d'une simple prière de sa part, pour sauver le monde entier. C'est pour nous inspirer plus de confiance et nous enflammer d'un plus grand amour envers lui, qu'il a voulu que notre rédemption fût, non seulement suffisante, mais encore surabondante, ainsi que David l'annonçait: « Espère Israël dans le Seigneur, puisque auprès du Seigneur est la grâce, près de lui l'abondance du rachat » (Ps 129, 6).

Job a aussi prophétisé cette surabondance de la grâce lorsque, parlant au nom du Messie, il déclara que son affliction était incomparablement plus grande que ses péchés (Jb 6, 2). Ici encore, Jésus, par la bouche de Job, appelle ses péchés ceux des hommes, parce qu'il s'était obligé à satisfaire pour nous, afin que sa justice devint notre justice, suivant la pensée de saint Augustin. La Glose commente le texte de Job en disant que, dans la balance de la Justice divine, la passion de Jésus-Christ l'emporte sur tous les péchés du genre humain. Toutes les vies des hommes ne suffiraient point pour expier un seul péché, mais les souffrances du Fils de Dieu ont satisfait pour toutes nos dettes (1 Jn 2, 2). De là, saint Laurent Justinien encourage tout pécheur véritablement contrit à espérer son pardon avec assurance par les mérites de Jésus-Christ. Pauvre pécheur, lui dit-il, ne mesure point l'espérance d'obtenir le pardon de tes fautes à la grandeur de ton repentir, car toutes tes oeuvres ne peuvent te le mériter; mais mesure-la aux souffrances de ton divin Rédempteur, qui a surabondamment satisfait pour toi. Ô Sauveur du monde! dans vos chairs déchirées par les fouets, les épines et les clous, je reconnais votre amour pour moi et l'ingratitude que j'aie eue de répondre par tant d'injures à tant de bienfaits! Mais votre sang est mon espérance puisque c'est au prix de votre sang que vous m'avez délivré de l'enfer autant de fois que je l'ai mérité. Ah! qu'en serait-il de moi pour toute l'éternité, si vous n'aviez pensé à me sauver par votre mort? Malheureux que je suis! je savais qu'en perdant votre grâce, je me condamnais moi-même à rester à jamais, sans espoir, éloigné de vous en enfer, et j'ai souvent osé vous tourner le dos! Mais, je le répète, votre sang est mon espérance. Ah! que ne suis-je mort sans vous avoir jamais offensé! Ô bonté infinie, je méritais d'être aveuglé, et vous m'avez éclairé de nouvelles lumières; je méritais d'être endurci et vous m'avez attendri et touché de componction, au point que j'abhorre maintenant plus que la mort les injures que je vous ai faites, et que je me sens un grand désir de vous aimer! Ces grâces que j'ai reçues de vous, me donnent l'assurance que vous m'avez pardonné et que vous voulez me sauver. Ô mon Jésus! qui pourrait cesser encore de vous aimer, et aimer autre chose que vous? Je vous aime, mon Jésus! et je me confie en vous; augmentez cette confiance et cet amour, afin que désormais j'oublie tout et ne pense plus qu'à vous aimer et à vous plaire.

Ô Marie, Mère de Dieu, obtenez-moi la grâce d'être fidèle à Jésus, votre Fils et mon Rédempteur!

   

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