CHEMIN DE SAINTETÉ

adveniat regnum tuum

sainte
CATHERINE DE GÊNES
veuve, religieuse et auteur mystique
(1447-1510)

Vie

Chapitre II

Détails sur l'enfance et la jeunesse de la sainte.

Catherine naquit à Gênes, vers la fin de l'année 1447; la date précise de sa naissance ne se retrouve nulle part. Elle était fille de Jacques Fiesque, auquel René d'Anjou avait confié la vice-royauté de Naples, et petite-fille de Robert, frère du pape Innocent IV. Un autre membre de la famille Fiesque, qu'Hubert Folietta désigne comme la plus noble de Gênes, ceignit la tiare sous le nom d'Adrien V, et la soeur de ce pape épousa un prince de la maison de Savoie. La famille des Fiesque avait donné déjà à l'Eglise et à l'Etat un grand nombre de cardinaux, de guerriers et de magistrats distingués par la science, l'intrépidité et la capacité. La mère de notre sainte était également d'illustre origine, et se nommait Françoise de Nigro. Catherine avait trois frères, Jacques, Jean et Laurent, et une soeur, nommée Limbania; on croit, mais sans en être sûr, qu'elle était la cadette de sa famille et que Limbania en était l'aînée. Quoi qu'il en soit, la sainte naquit dans la maison paternelle, bâtie sur la place dite du Filo, et elle fut baptisée dans l'église métropolitaine, placée sous l'invocation de saint Laurent. On lui donna le nom de Catherine. Le Père Parpera et quelques-uns de ses biographes se plaisent à supposer que ce fut en l'honneur de sainte Catherine de Sienne, qui était alors en grand renom, ou de sainte Catherine d'Alexandrie, savante et martyre, sous le patronage de laquelle disent-ils, Dieu voulut placer la fille des Fiesque, pour indiquer qu'elle serait un jour elle-même très savante dans la vraie science, et martyre par les flammes de l'amour divin.Les parents de Catherine étaient de pieux et fervents chrétiens; ils élevèrent leur fille dans la crainte et dans l'amour de Dieu. Elle profita de leurs leçons, et déjà dans sa plus tendre enfance elle donna des gages de sa sainteté future. Jamais on ne la vit jouer comme le font ordinairement les enfants; calme et silencieuse, pleine d'innocence et de docilité, elle s'empressait d'obéir au moindre signe de sa mère; une admirable modestie brillait dans son extérieur, et, dès ses plus jeunes ans, sa conduite témoignait de son ardente charité envers Dieu et le prochain. Elle avait à peine atteint sa huitième année lorsque Dieu la favorisa à un degré extraordinaire du don de l'oraison. Le témoignage de ses biographes et de ses contemporains est unanime à cet égard et ce témoignage a été confirmé de la manière la plus solennelle par le pape Clément XII, dans sa bulle de canonisation. La petite Catherine se retirait dans les lieux les plus cachés du palais de son père, pour méditer sur la passion de Notre-Seigneur, et souvent, après l'avoir cherchée pendant longtemps on la trouvait enfin baignée de larmes, et livrée à de sublimes contemplations. Une image représentant Jésus-Christ mort, couché sur le sein de la très sainte Vierge, était suspendue dans la chambre de l'enfant. Catherine sanglotait toutes les fois qu'elle levait les yeux vers ce tableau et, suivant l'un de ses premiers historiens, « on voyait alors, exprimée sur son visage, toute l'amertume des douleurs du Sauveur, et un tremblement extraordinaire s'emparait de ses membres ». Alors aussi un immense désir de partager les souffrances de Jésus-Christ remplit son jeune coeur, que pénétrait la composition la plus tendre et la plus ardente; et dans sa ferveur elle voulut au moins user des moyens qui étaient à sa disposition afin de souffrir avec son bien-aimé et pour lui. Elle commença donc à mener une vie austère et mortifiée : elle s'interdit entièrement l'usage des mets qui flattaient son goût, et tous les soirs elle ôtait le matelas et les draps de son lit pour coucher sur une simple paillasse; un morceau de bois remplaçait son oreiller; elle se retranchait de son sommeil autant qu'il lui était possible. Catherine avait soin de cacher ces austérités aux personnes qui l'entouraient et aux femmes qui la servaient. Lorsqu'elle fut arrivée à l'âge de douze ans, son oraison atteignit un degré encore plus sublime. Elle a fait connaître elle-même l'état dans lequel elle se trouvait alors. Sa disposition était celle de l'abandon le plus parfait à la conduite de Dieu et à la volonté de la Providence envers elle. Elle se sentait entraînée à contempler sans cesse les choses du Ciel, dans lesquelles elle mettait sa joie et ses délices se reconnaissant faite pour elles, elle s'en nourrissait y trouvait son repos, et foulait aux pieds les biens de la terre, qui ne lui inspiraient qu'horreur et dégoût. A cet âge également, les avantages physiques de Catherine excitaient l'admiration de tous ceux qui l'approchaient. Ses contemporains nous font d'elle les portraits les plus charmants. « La beauté extérieure, dit son plus ancien biographe, n'est pour rien dans la sainteté, elle est un don frivole et passager, cependant nous pensons faire plaisir à nos lecteurs en leur dépeignant Catherine telle qu'elle a été dans sa jeunesse. Elle était grande, svelte, et parfaitement bien faite; elle avait la tête bien proportionnée, le visage ovale, les traits d'une régularité admirable, et une chevelure magnifique. De très longs cils noirs voilaient son regard, et son front, élevé et pur, semblait le siège de l'intelligence et de la pensée. En un mot, son extérieur était aussi aimable aux yeux du monde, que son âme était agréable aux yeux de Dieu. Noble, belle et riche, elle possédait tous les biens que l'on envie ici-bas et qui pouvaient l'attacher au siècle ». Mais Catherine était aussi indifférente à la beauté qu'aux autres avantages; les hommages dont elle était l'objet ne lui inspiraient que tristesse et dégoût; elle cherchait à s'y soustraire en vivant le plus possible dans la solitude et en restant étrangère aux conversations mondaines. La pauvreté, la souffrance et l'abjection étaient les objets de tous ses désirs, car elle aspirait à marcher sur les traces du divin Maître, qui en a fait ses compagnes chéries et fidèles durant son pèlerinage ici-bas. Mais, estimée et chérie de tout ce qui l'entourait, notre jeune sainte ne trouvait pas ce qu'elle cherchait. Lorsqu'elle se voyait être traitée comme Dieu traite ceux qu'il aime particulièrement, et passer par le laborieux noviciat de la douleur et de l'humiliation. Cependant son union avec Notre-Seigneur croissait et devenait de plus en plus intime et habituelle, elle ne tenait plus à rien de ce qui est terrestre; ses pensées étaient au ciel, elle éprouvait de l'éloignement et de la répugnance pour tout ce qui n'est pas Dieu et ne conduit pas à lui. Les créatures lui étaient un insupportable fardeau, elle ne se plaisait que dans la présence de Jésus-Christ; l'amour le plus violent l'y tenait comme enchaînée et, suivant l'expression de ses historiens, elle y passait son temps dans les colloques les plus suaves, et dans une telle aliénation de ses sens, qu'elle n'en pouvait, pour ainsi dire, plus faire aucun usage. Telle était Catherine à 13 ans. Voulant se donner entièrement à Dieu, qui se communiquait à elle avec tant d'amour et de familiarité, et comprenant que la liberté d'esprit, le recueillement et le silence étaient les conditions indispensables de la vie d'oraison à laquelle elle se sentait appelée, la sainte se décida à entrer dans le cloître. On comptait alors à Gênes un grand nombre de monastères de femmes, où régnait la régularité la plus édifiante; elle préféra le couvent appelé de Notre-Dame des Grâces; il était soumis à la règle de Saint- Augustin, et Limbania, soeur aînée de Catherine, y avait pris le voile et donnait les plus touchants exemples à la communauté. Catherine ouvrit son coeur à son directeur spirituel, lui fit part de son désir, et le pria instamment, s'il approuvait ses pensées, de la faire admettre dans ce monastère. Le directeur, témoin des faveurs journalières dont Dieu comblait sa jeune pénitente, ne fut pas étonné de cette confidence; toutefois, voulant éprouver encore sa vocation avant d'y donner son assentiments, il la combattit d'abord avec énergie; il objecta à Catherine sa grande jeunesse, les sévérités de la règle, les difficultés de la pauvreté, de l'humilité et de l'obéissance, et surtout les assauts innombrables que le démon ne manque pas de livrer aux âmes qui aspirent à mener une vie parfaite. L'enfant prédestinée détruisit ces objections, avec une fermeté calme et modeste et un sens admirable; puis elle affirma à son père spirituel que, loin de l'effrayer par le tableau qu'il venait de lui faire, il l'avait au contraire affermie dans son désir. Alors le vénérable prêtre n'hésita plus; « les réponses de Catherine lui avaient semblé plutôt divines qu'humaines et dictées par une sagesse surnaturelle »; il promit d'agir. En effet, il se rendit le jour suivant au couvent de Notre-Dame, et après avoir parlé à la supérieure et aux religieuses  des grâces extraordinaires dont Dieu favorisait Catherine, il exposa sa requête, et demanda pour elle avec les plus vives instances, l'entrée du monastère et l'habit de novice. Les Mères eussent accédé volontiers au désir du confesseur; « car le spectacle des vertus de Catherine eût nécessairement exercé la plus heureuse influence sur leur congrégation ». Mais la règle s'opposait à ce qu'on admît des jeunes personnes d'un âge aussi tendre. Le directeur de Catherine fit inutilement de nouvelles instances; il représenta en vain qu'il ne fallait pas repousser une enfant d'aussi grande espérance et dans laquelle les vertus et les grâces exceptionnelles compensaient amplement le défaut d'âge : « les religieuses aimèrent mieux renoncer au trésor qu'on leur proposait, que de transgresser leurs coutumes ». Ce refus causa à Catherine la plus poignante douleur et, pendant quelques moments, elle demeura comme accablée sous ce coup auquel elle avait été si loin de s'attendre. Toutefois elle s'en releva promptement. Depuis plusieurs années, l'exercice de la conformité à la volonté de Dieu était un de ceux auxquels elle se livrait avec le plus de zèle et d'ardeur. Elle s'était proposé : De ne jamais rien faire par principe de propre volonté, et d'avoir cette volonté plus en horreur que l'enfer et les démons, puisque sans elle rien ne peut suivre à la créature; De se conformer à la volonté de Dieu en tout ce qui lui arriverait, et en tout ce qu'elle rechercherait; De recevoir tout ce qui adviendrait de la part des créatures, comme étant conduit par l'ordre de Dieu, puisque rien ne se fait sans sa volonté; Enfin de vouloir toutes choses pour les mêmes motifs que Dieu les veut, sans considération d'aucun intérêt particulier. Le moment était venu de mettre en pratique ces saintes résolutions. Après avoir ployé un instant, Catherine se redressa avec énergie et se dit : « C'est Dieu qui me fait subir cette épreuve; son adorable volonté à mon dessein, pour des raisons que je ne connais pas, mais qui sans doute sont justes et miséricordieuses; je lui remets le soin de ma personne, afin qu'il me fasse arriver à mon but par les voies que sa sagesse jugera les meilleures ». Et aussitôt toute amertume disparut du coeur de la jeune sainte. En effet, ajoute son biographe, le Seigneur avait ainsi disposé les choses, parce que les dons extraordinaires qu'il destinait à cette âme d'élite devaient édifier le monde, et ne pas demeurer celées au fond d'un couvent. Catherine reprit aussitôt son genre de vie ordinaire, ses jeûnes et ses mortifications, et elle avança rapidement dans les voies de la perfection. L'amour de Dieu et du prochain était le mobile de toutes ses actions; jamais elle ne se permettait une parole inutile, jamais on ne la voyait livrée à une gaîté immodérée; tout son temps était consacré à Jésus, toutes ses pensées étaient pour lui. Elle avait une extrême délicatesse de conscience; la moindre faute la plus légère imperfection oppressait son coeur d'un poids insupportable, et elle ne retrouvait la paix intérieure qu'après avoir pleuré son péché et s'en être accusée au tribunal de la pénitence. Dieu récompensa sa fidélité à correspondre à la grâce, en lui donnant une intelligence surprenante des mystère les plus augustes de la religion. Ces mystères étaient les sujets habituels des méditations de Catherine. Elle avait surtout une extrême dévotion pour la passion du Sauveur; et souvent on la trouvait agenouillée aux pieds de son crucifix, baignée de larmes, sanglotant, soupirant, et dans une désolation aussi grande que si elle eût sous les yeux l'agonie et la mort du divin Rédempteur. Telle était notre sainte au moment où elle allait achever sa seizième année.

   

 

Pour toute suggestion, toute observation ou renseignement sur ce site,
adressez vos messages à :

 voiemystique@free.fr