LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

1946

TABLE

« Vous m’avez tout donné ; j’ai tout utilisé pour les âmes... » - « Ma fille, épouse de mon Jésus... » - « J’extrais de ta souffrance un baume salutaire de salut. » - « Je t’accompagne toujours... » - « Soyez vainqueur, Jésus !... » - « Quel bel exemple tu donnes, par ton amour pour la croix ! » - « La souffrance pour moi... l’amour pour vous ! » - « Comme je me trompais !... » - « Je veux et j’accepte l’immolation... » - Rien de mieux que la souffrance pour apprendre à aimer Jésus - « Elles méprisent mes grâces... » - « Donnez-moi, Jésus, le feu de votre Cœur... » - Larmes de nostalgie... - Petite grappe de raisin pressée au maximum - « On a prolongé mon martyre » - « J'unis ton cœur à mon divin Cœur » - « Ô mon Jésus, je ne fais rien... » - « J’ignore où je me trouve... » - « Pauvre monde !... » - Communiée par son Ange gardien - « Demande pénitence, beaucoup de pénitence... » - « Tu ne t’alimenteras plus sur la terre ! » - NOTES

COMMUNION SURNATURELLE

« Vous m’avez tout donné ; j’ai tout utilisé pour les âmes... »

(moments de la Passion)

Le Calvaire d’aujourd’hui a été encore plus intense et pénible par le fait d’avoir peut-être blessé Jésus; je lui en ai demandé pardon bien des fois. J’ai même demandé à la Petite-Maman de lui demander pardon pour moi. Je lui ai offert le tourment de l’avoir offensé, pour ceux qui l’offensent et ne ressentent aucun remords, après avoir péché mortellement.

Mais, quelle grande agonie ! C’était la mort qui appelait la vie, l’obscurité qui appelait la lumière.

J’avais en moi des yeux qui regardaient le monde et ne pouvaient supporter une aussi grande iniquité. Cependant j’avais des lèvres qui ne pouvaient lui adresser la moindre parole de lamentation; j’avais un cœur qui l’aimait et sentait pour lui la plus grande compassion.

Je mourrais écrasée, je mourais remplie de peur, sans la moindre lumière.

Tout à coup, j’ai senti quelque chose, je ne sais quoi, sortir de moi, il me semblait s’agir d’un faisceau lumineux, qui est parti vers le Haut, vers la jubilation. Je suis restée dans l’obscurité, restée dans la mort.

Quelques minutes après, Jésus m’a parlé:

— Ma fille (...), tu es comme une nuit sans étoiles, un jardin sans fleurs, un paradis sans amour. Mais non, ce n’est qu’une impression de l’âme. Pour moi en cette nuit, les étoiles brillent et scintillent: ce sont des étoiles qui donnent lumière au monde... Je vois dans ton jardin de si belles fleurs, des fleurs candides; je les cueille pour moi, en aspergeant sur le monde leur parfum salutaire pour les âmes. Dans le paradis sans amour, je trouve tout l’amour... C’est avec cet amour que je te donne le pouvoir d’incendier les cœurs. Partage-le avec qui tu voudras, donne-le à travers tes paroles.

As-tu confiance en moi, ma fille ? As-tu confiance en mon amour et en mes paroles ?

Vous seul savez jusqu’où va ma foi en vous. J’ai foi, mais peut-être pas comme je le devrais; et non plus, je ne souffre pas comme je le devrais. Pardonnez-moi, car je n’ai certes pas la force pour souffrir davantage.

Je vous ai beaucoup offensé... N’est-ce pas que je vous ai offensé ?

— Tranquillise-toi. Je le permets pour ton humiliation... Reprends courage.

Il y a quatre ans, je t’ai prévenue de la lutte que t’aurais à soutenir, apparemment seule. Apparemment seulement, car je ne t’ai jamais abandonnée.

Aujourd’hui je ne t’annonce pas des luttes plus grandes, parce que les plus grandes sont passées ; mais je t’encourage à être forte à fin de supporter ton obscurité et la sensation que je sois séparé de toi... Aie confiance, mon absence ne sera qu’apparente...

Il y a un an je t’ai annoncé des afflictions. Elles sont venues et continuent, car les joies mêmes seront pour toi des afflictions.

Te sens-tu vidée, spoliée de tout, y compris de la souffrance ? Ne t’étonnes pas : celui qui a tout donné, n’as plus rien à soi. Tu m’as tout donné et j’ai tout utilisé pour les âmes...[1]

« Ma fille, épouse de mon Jésus... »

(...)
Pendant la nuit j’ai eu une grande lutte avec le démon...

Aujourd’hui, en recevant la Communion, j’ai ressenti un très grand tourment à cause de ce qui s’était passé: je me sentais humiliée !

Jésus, dans sa bonté infinie, ne s’est pas refusé à entrer dans mon cœur et, en y entrant, il a tout calmé et ensuite m’a parlé :

— Ma fille... rosée qui féconde et pénètre au plus profond de toutes les âmes... Ma petite fille aimée, me voici, avec ma Mère bénie, en ce premier samedi [2] de l’année pour te renouveler le dépôt de toute l’humanité...

(...)
La Petite-Maman m’a dit :

— Ma fille, épouse de mon Jésus, souffre tout, souffre avec satisfaction afin de sauver toutes les âmes de ce monde qui est à toi: Jésus et moi, nous te le confions.

Jésus et la Maman du ciel m’ont embrasée et comblée d’amour.

Ensuite, Jésus continua :

— Nous renouvelons en ce jour l’offrande de notre amour: C’est pour toi, afin que tu le donnes aux âmes...[3]

« J’extrais de ta souffrance un baume salutaire de salut. »

(moments de la Passion)

(...)
Pendant la nuit du 5 au 6 janvier je pensais :

Mon Jésus, si seulement, comme les Mages, j’avais, moi aussi, de l’or, de l’encens et de la myrrhe à vous offrir ! Mais je n’ai rien. Je ne peux pas venir à votre crèche avec toute ma misère.

Ma tristesse était profonde... À ce moment-là j’ai vu Jésus devant moi: avec une grande croix sur les épaules, un genou à terre, sa divine Face tournée vers moi, il me regardait avec tristesse. Derrière lui il y avait beaucoup de monde qui le regardait avec haine, comme si tout ce monde voulait décharger sui lui toutes sortes de souffrances. Cette scène me rappelait la multitude des Juifs qui l’ont insulté tout le long du chemin du Calvaire. Je ne sais pas si je n’ai pas répété à Jésus : “Je suis votre victime” (...).

Cinq jours se sont déjà écoulés et je vois encore en moi cette divine Face au regard si triste, mais si plein de douceur. Combien Jésus devait souffrir, pour m’apparaître dans un tel état !

(...)
Aujourd’hui, arrivée au Calvaire, j’avais à l’intérieur de moi Celui qui peut fixer et scruter tous les chemins de ce parcours arrosé de sang. Ceci contribue à augmenter ma douleur: tant de sang répandu pour tant d’ingratitude ! Je voyais le monde s’éloigner de ce sang[4] et moi, je voulais le sauver : il n’y a pas d’autre moyen. Si seulement cette douleur pouvait être vue ! Si seulement cette agonie était comprise, combien d’âmes se sauveraient !

Le cœur se fondait en amour et Quelqu’un prenait cet amour et le diffusait sur le monde : un souffle, comme du vent, le portait partout ; même de mes yeux, de mes lèvres, de tout mon corps, ce Quelqu’un prenait, je ne sais quoi, et le diffusait.

Moi, sur la croix, broyée de douleur, j’agonisais dans l’abandon, dans l’obscurité et dans la mort.

Jésus est venu :

— Ma fille, je vois dans ta mort la vie des âmes. Je prends dans ton cœur de l’amour pour toutes... Quelle valeur, celle du Calvaire ! La douleur est un sceau qui ne s’efface pas; la croix est signe de rédemption. Aie courage ! La souffrance est salut pour le monde. J’extrais de ton cœur, de tes yeux, de tes lèvres, de toute la souffrance de ton corps un baume salutaire de salut. Je me réjouis de te voir tout supporter avec joie et le cœur fort...

Les âmes désirant m’accompagner au Thabor ne manquent pas, mais quand il s’agit de la souffrance, du Calvaire, toutes refusent la souffrance: elles fuient et je me retrouve seul. En toi je trouve la générosité ; tu m’es fidèle...[5]

« Je t’accompagne toujours... »

(...)
Je prie et je souffre sans que rien de tout cela m’appartienne: je ne possède rien que je puisse donner à Jésus. Mes ténèbres sont comme des lions qui avalent tout...

J’étais si effondrée pendant mon Jardin des Oliviers et mon Calvaire !... Rarement j’ai senti comme aujourd’hui la tête aussi blessée par les épines: quelles douleurs aiguës et profondes ! Toute ma tête était une plaie ouverte...

Jésus est venu :

— Ma fille, je veux ton obscurité, ton abandon, ta crucifixion semblable à la mienne. Je ne dis pas que, pendant ma Passion le Père éternel ait cessé de m’assister, que nous n’ayons pas continué de nous aimer d’un même amour et que j’eus perdu mon union avec Lui et avec l’Esprit-Saint, non ! La même chose se passe avec toi, ma chère crucifiée : tu bénéficies toujours de mon assistance ; je t’accompagne toujours pendant ton indicible crucifixion...[6]

« Soyez vainqueur, Jésus !... »

Je n’ai personne à qui recourir: sur la terre je ne trouve pas de soulagement. Celui qui voudrait me secourir, ne le peut pas; celui qui pourrait, ne le veut pas. Mon Dieu, j’ai l’impression que ces lignes sont écrites avec mon sang, tellement ma souffrance est grande; il m’est impossible de la décrire; même le plus grand savant ne réussirait pas à la décrire telle qu’elle est. Je ne suis déjà plus qu’un torchon effiloché, je ne suis même plus un torchon, je ne suis rien: la souffrance a tout fait disparaître, les ténèbres ont tout immergé. Le nom de Jésus vaincra.

Soyez vainqueur, Jésus, soyez vainqueur, mon Amour ! Faites que ma foi arrive de la terre au ciel, qu’elle arrive de moi jusqu’à vous.

Voici les paroles que mes lèvres, souvent, ont balbutiées.

Mon Jésus, donnez-moi de la force afin de pouvoir tout dicter, si telle est votre Volonté; acceptez mon sacrifice !

Aujourd’hui, pendant la monté au Calvaire, le cœur semblait éclater dans l’affliction de découvrir de nouveaux mondes de pureté et d’amour à offrir à Jésus. Il me semblait que des dents de fer déchiquetaient mon corps. Je me suis sentie blessée par un très grand nombre de cœurs pétrifiés. Sous moi ruisselait le Sang de Jésus et les larmes de la Maman du ciel; elles tombaient ensuite sur ces cœurs qui ne s’attendrissaient pas.

Alors Jésus est venu :

— Ma fille, le Seigneur est avec toi, et avec toi ma paix. Tu es pleine de grâce car tu l’as reçue de moi et parce qu’en toi Jésus demeure et avec toi il est vainqueur...[7]

« Quel bel exemple tu donnes, par ton amour pour la croix ! »

(...)
Je reste toujours surprise par tant d’obscurité... Je vois qu’en moi tout est perdu: Seigneur, Seigneur, ma souffrance est inutile !...

(...)
O mon Calvaire, toujours plus triste, toujours plus douloureux ! Oh, de quelle manière j’ai été flagellée ! Il me semble impossible que mon corps ne porte pas les marques des blessures et ne soit pas resté broyé...

J’ai reçu la visite de Jésus :

— Ma fille... tu sais très bien que je suis toujours avec toi pour recueillir tes souffrances et les utiliser pour les âmes... Quelles grandeurs, quelles beautés, dans ton âme !...

Mon Jésus, si je ne vois rien et si je ne trouve rien en moi, que pouvez-vous recueillir pour l’utiliser avec les âmes ?

— Écoute-moi : comment pourrais-tu voir de tes petits yeux ce que les flammes dévoratrices d’un grand feu on consumé ? Comment pourrais-tu voir une chose une chose que tu as offert et qui a été portée dans un endroit où tu ne peux aller ? Tu ce que tu souffres, tu ce que tu fais, tout ton amour est né, est consumé dans le mien.

Si tu pouvais voir la valeur de ta souffrance, ce que tu as fait pour moi et pour les âmes, l’amour avec lequel tu m’aimes, tu perdrais la vie, si cette vie était à toi et non la vie du Christ. Ce n’est qu’à la lumière de l’éternité que tu pourras voir, et l’humanité aussi, combien tu as fait et combien tu as souffert pour la sauver.[8]

« La souffrance pour moi... l’amour pour vous ! »

On continue de parler du départ de mon Père spirituel.[9] Autour de moi, je sens continuellement une mer furieuse, le souffle du vent, la plus épouvantable tempête déclenchée contre moi, comme si j’étais un quai où le Père serait amarré...[10] Je souffre aussi pour la peine des miens, spécialement pour ma sœur. Il y a quelques jours, j’ai souffert ce qu’il a enduré à Fatima en prenant congé des personnes qui lui étaient chères.

Au même moment je voyais une main se poser sur ma tête: elle me redonnait de la force afin que je puisse continuer au milieu de toutes ces souffrances.

En esprit je m’enlaçais à la croix et je disais à Jésus :

Que la souffrance soit pour moi et l’amour pour vous. Que celui-ci soit un embrassement éternel !

Ce disant, je me suis sentie éclater par la souffrance.

À côté de la souffrance cheminait la foi. La souffrance semble même surpasser la foi; mais non pas le contraire. Celle-ci la dépasse comme le bœuf qui passe devant un autre plus lent. La souffrance chemine, aveugle, en ayant la certitude d’arriver au port de salut, mais non pas ici, sur la terre où elle est certaine de ne rien trouver.

(...)
Je sens de l’appréhension pour tout ce que le Seigneur me demandera encore, mais la volonté de tout lui donner reste: il me semble qu’il me l’apportera par l’intermédiaire de maman et, bien entendu, de ma sœur.[11]

« Comme je me trompais !... »

Le 20 février — jour du départ de mon Père spirituel pour le Brésil — restera à jamais gravé dans ma mémoire...

Jamais Jésus ne m’a demandé autant ! Je ne m’y attendais pas !

Ce matin-là, juste après la communion, plusieurs fois j’ai demandé à Jésus si mon bon Père partirait ou non ; mais il ne m’a pas répondu. Malgré cela, je suis restée confiante, contre toute espérance. Le Seigneur m’envoya le Père Umberto pour me donner courage, me réconforter et me préparer à ce qui m’attendait. [12]

Mon âme restait forte. Je me suis maintenue calme et sereine, mais ce que j’ai souffert, il est impossible de l’imaginer ou même de l’expliquer...

M’étant mise à prier, je ne savais plus si je devais demander à Jésus le miracle de ne pas laisser partir le Père ou le remercier pour une aussi grande grâce, ou bien implorer pour lui un bon voyage. Indécise sur ce que je devais faire, avec toute la force de ma foi, une foi que je ne savais même plus d’où elle pouvait me venir, je disais : “Non, il n’est pas parti, il ne partira pas !” Comme je me trompais !...

La douleur était lancinante. J’ai dit: je suis grillée comme saint Laurent; mais le feu est bien pire: il me brûle l’esprit, me lasse l’âme...

Confiant, toutefois, dans le Seigneur et dans sa providence, je me suis souvenue de l’histoire d’Abraham et son fils Isaac...

Je ne savais pas qu’à cette heure-là, le bateau naviguait déjà en haute mer, amenant avec lui mon Père spirituel. Combien dois-je remercier le Seigneur de m’avoir aidée à vaincre tout cela avec sérénité et résignation !...

Combien j’ai promis au Seigneur que je ne manifesterais pas un seul mouvement de joie ou de satisfaction dans l’hypothèse où le Père ne partirait pas. De la même manière, et avec son aide, je Lui ai promis de ne rien dire contre ceux qui l’ont fait partir et qui m’ont tant fait souffrir.

Et maintenant, que faire ? Devais-je continuer à confier et à espérer dans le Seigneur, redoubler mes prières et, les yeux tournés vers le ciel et le cœur en haut, attendre sereinement et souffrir tout par amour.

Hier matin, après la Communion, j’ai dit à Jésus :

Je me confie à vous en tout et je vous promets de faire tout mon possible pour de plus me préoccuper si ceci ou cela compromets votre divine cause[13]: si elle est à vous, je ne dois pas m’en préoccuper, mais vous seul.[14] Je veux, mon Jésus, et je promets de faire tous les efforts pour tout accomplir dans la plus grande perfection possible et de vous aimer de tout de tout l’amour dont mon cœur est capable...

Dans l’après-midi j’ai appris l’heure et tous les détails du congé et du départ du Père. J’aurais voulu être forte, cacher mes larmes, mais je n’y ai réussi que bien peu de temps: j’ai réussi tout de même à étouffer les sanglots... Cela me semblait une douleur sans fin: je l’ai offerte à Jésus, le remerciant et le louant pour tout.

J’avais promis à Jésus que je ne prononcerais une seule parole ni de joie ni de contentement si le Père ne partait pas. De la même manière, je lui ai promis aussi, avec son aide, de ne rien dire non plus contre ceux qui l’ont fait partir et qui m’ont tant fait souffrir...

Après la Communion j’ai une brève action de grâces parce que mes forces ne m’en permettaient pas davantage. J’ai récité le “Te Deum”, le lisant sur un livre que j’avais emprunté. J’avais pensé le réciter en action de grâces au cas ou le Père ne serait pas parti; je l’ai récité pareillement, convaincue de procurer ainsi davantage de consolation à Jésus: le louer aussi bien dans la douleur que dans la joie...

(...)
Mon Jésus est venu :

— Ma fille, cœur d’or, cœur de feu, âme pure, candide, viens à moi, viens dans mon Cœur te restaurer de si amères douleurs; viens reprendre courage, réconfort et confiance.

Mon Jésus, vous savez bien que je ne confie qu’en vous, pas en moi, et vous savez comment vous avez permis que je me trompe et que le démon me trompe...

— Tranquillise-toi et écoute-moi. Je ne t’ai pas trompée, toi, tu ne t’es pas trompée et le démon non plus ne t’a pas trompée, car je ne l’ai pas permis. Tout ce que j’ai fait, ce n’était ni pour t’humilier ni pour humilier ceux que j’aime et qui prennent soin de ma divine cause, mais pour les rendre plus fermes et plus disponibles...

Ma fille, cela m’a coûté assez de ne pas te dire ce qui allait arriver: je t’ai donné courage et confiance, pendant tout ce temps, afin que tu puisses résister et aies la force pour recevoir cette blessure si douloureuse...

Je t’ai promis de le libérer: celui-ci fut le meilleur moyen de le faire. [15] Spirituellement il n’est pas parti, il est resté avec toi. Ce que j’ai uni, les hommes ne peuvent séparer.

Courage... Quelle grande lumière tu donnes au monde; quel grand exemple par ta disponibilité et par ton amour de la croix ! [16]

« Je veux et j’accepte l’immolation... »

Je suis entre les mains de Dieu pour tout ce qu’il veut: il connaît ma force.

(...)
La souffrance, la nostalgie de mon Père parti pour le Brésil, m’ont fait monter au sommet; je ne peux aller au-delà...

Mais je le sens dans mon âme par une union plus forte que jamais... Le corps est parti, mais sur le Calvaire, la vie de mon âme est restée: c’est ce que je ressens...

Mes yeux ne peuvent freiner les larmes, mais ce sont des larmes de disponibilité, de paix, d’amour. Pendant que les yeux pleurent, l’âme s’élève, se prosterne devant Jésus et lui souri et, comme si elle avait des bras, elle les ouvre pour se laisser crucifier. Dans la plus grande tranquillité, avec la meilleure bonne volonté, j’ai dit à Jésus :

Je veux et j’accepte l’immolation, le sacrifice par amour pour vous...

(...).[17]

Rien de mieux que la souffrance pour apprendre à aimer Jésus

(moments de la Passion)

(...)
Si je pouvais et savais parler, combien j’aurais à dire sur la douleur !

La souffrance est ce qu’il y a de plus sage, c’est l’école la plus sublime ; Rien de mieux n'existe que la souffrance pour nous apprendre à aimer Jésus. Celle ci nous achemine et nous guide vers Lui. La souffrance produit des racines en profondeur, des racines qui lie l’âme à Jésus. Combien de secrets cache celle-ci ! La souffrance unit l’âme à Jésus et fait que celle-ci ne vive uniquement que de Lui et pour Lui. Elle est le fondement le plus sûr à l’édifice de l’amour et à l’union avec Jésus...[18]

« Elles méprisent mes grâces... »

J’aimerais pouvoir consoler et réconforter tout le monde; j’aimerais pouvoir procurer de la joie à tous les cœurs. J’aimerais rassasier tous les affamés, j’aimerais vêtir tous les mal habillés. Combien de peine je ressens pour les pauvres ! Mais je la ressens spécialement pour Jésus. Je sens que c’est lui le pauvre le plus nécessiteux: il a besoin que nous le réjouissions, que nous le réconfortions. Puissé-je le consoler et l’aimer !... Je souffre beaucoup, mais mes souffrances ne réussissent pas à Lui procurer consolation et joie...[19]

Pendant la nuit la souffrance consumait mon corps et mon âme; je vivais un vrai martyre. Les noms de Jésus et la Maman du ciel étaient toujours sur mes lèvres et dans ma pensée...

Après la Communion, Jésus n’a pas tardé à me réconforter :

J’ai soif, ma fille, une soif qui consume mon divin Cœur. Tu sais, épouse aimée, quelle soif est celle-ci: c’est une soif d’âmes. Celles qui m’aiment sont bien peu nombreuses et, bien peu nombreuses de celles qui me procurent une vraie consolation, même parmi celles qui disent m’aimer et être mes épouses ! Elles ne font pas ce qu’elles devraient, dans un bout droit et pur. Combien parmi les choisies viennent de moins en moins dans mon Cœur ! Elles me veulent seulement quand elles voient des roses et des consolations; mais quand les épines les blessent et les croix pèsent, elles rebroussent chemin et méprisent mes grâces...

Mon Jésus, si je peux encore faire quelque chose ou encore souffrir, je suis prête à tout. Je ne vous ai jamais abandonné; je suis toujours votre victime...

Dis à ton Père spirituel[20] que j’ai recueilli vos souffrances, dis-lui que je l’ai choisi pour lumière et guide de ton âme et que je ne vous abandonne pas. J’ai uni vos deux âmes, je ne les séparerai pas, et je ne laisserai pas qu’on les sépare. J’ai reçu une grande consolation par son obéissance et par son humilité. Il sera toujours le maître de grandes âmes... (...).[21]

« Donnez-moi, Jésus, le feu de votre Cœur... »

Le 13 j’ai reçu un cadeau du ciel.[22] Depuis bien longtemps que je n’en recevais pas ! Cela aurait dû être pour moi un motif de grande joie, mais ce ne fut pas le cas. Je suis restée indifférente, comme si ce n’était pas pour moi. Je l’ai beaucoup apprécié, mais l’appréciation n’était pas la mienne. J’en ai remercié Jésus et la Petite-Maman, mais même les remerciements n’étaient pas les miens... Moi, je suis toujours restée sans rien...

Le malin présente à mon imagination tous les doutes. Il sourit en voyant que je me sens comme ne possédant rien, et continue de me présenter ma vie comme perdue.

Moi, tournant mon regard vers le ciel et vers Jésus crucifié, je Lui ai dit :

Je suis votre victime, je ne veux rester sur la terre que pour souffrir et faire votre très sainte Volonté.

Et, me tournant vers le Sacré-Cœur, je Lui ai dit :

Donnez-moi, Jésus, le feu de votre Cœur, soyez ma force; donnez-moi votre paix.

Et je reste ainsi sereine et rassurée. L’âme est satisfaite, et elle sourit à la souffrance et à la croix.

Je vois les souffrances; je vois la mort venir à ma rencontre et je la crains; mais cette crainte ne m’empêche pas de la vouloir, de la désirer.

Ayant cette vision de la souffrance et de la mort, j’ai cheminé, ou mieux, c’est Jésus qui a cheminé en moi, résolument vers le Jardin des Oliviers. Quel grand silence ! Quelle grande leçon ! Combien je peux soulager Jésus en souffrant sereinement et en silence: souffrir en aimant !

J’ai bu jusqu’à la dernière goutte avec Lui le calice amer. Mon cœur a été pressé avec le Sien dans la même coupe, et ainsi uni il fut offert au Père éternel. Dans la même union j’ai souffert l’agonie et j’ai senti l’affaiblissement.

À un certain moment, comme pour me servir d’exemple, j’ai ressenti sa disponibilité, sa paix et le sourire de son âme, et son regard doux et serein vers le Père éternel. Puissé-je accepter et souffrir tout comme Jésus !

Ce matin j’ai senti sur mon corps tant de flagellations: il me semblait que les épaules, le dos et la poitrine resteraient déchiquetées...

Le long du chemin du Calvaire la furie avec laquelle j’étais traînée, que je tombais en cognant le visage or sur une pierre or sur une autre...

Du haut de la croix, prête à expirer, je sentais que mon cœur était accroché par des racines d’amour à tous les cœurs humains. Et le regard le plus tendre émanait de mes yeux moribonds, embrassant le monde entier. J’ai pu lui susurrer :

Ton ingratitude peut-elle exiger davantage de moi ?

(...)
Ce n’était pas moi, c’était Jésus, mais j’ai ressenti tout cela comme si c’était moi.

Jésus est alors venu :

— Ma fille, blanche et pure colombe, je t’ai placée sur ce calvaire, en cette continuelle immolation, lors des jours les plus tragiques pour l’humanité...

Aie courage. Je suis avec toi; les hommes ne peuvent pas nous séparer, ne peuvent pas nous empêcher de sauver les âmes. Cela me déplaît que la plus grande partie de mes disciples ne comprenne pas ma vie dans les âmes ! Combien la détruise, en coupant les racines et, pire encore, les brûlant afin qu’elles ne repoussent plus. Courage, petite fille: cela ne t’arrivera pas....[23]

Larmes de nostalgie...

Mon bon Père...

Cela ne me semble pas une réalité mais un rêve : recevoir une lettre de vous et pouvoir y répondre ! Pourrai-je le faire ? J’attends des ordres. En effet, je ne veux pas désobéir. J’écris, mais encore avec crainte. Le monde est si mauvais. Il est vrai que je n’ai commis aucun crime pour être traitée de la sorte. Mais il est vrai qu’il vaut mieux souffrir toute une vie innocente qu’un seul instant coupable. Combien belle est l’obéissance, et combien elle plaît à Jésus !

Votre lettre m’est arrivée le 13. Ce fut un cadeau de Jésus et de la Maman du ciel. Je l’ai beaucoup aimée, mais ce contentement ne m’appartenait pas, ce n’était pas le mien.

Involontairement j’ai versé des larmes : larmes de nostalgie, de paix et de résignation.

Cela fait aujourd’hui un mois que mon âme vous a vu partir et vous a accompagné avec une grande souffrance, sur la haute mer, lors de votre long et douloureux voyage. La vision était claire. Elle vous a accompagné jour et nuit. Jour après jour elle devenait plus faible ; entre le premier et le deux mars, elle a disparu. Mon âme cessa de vous voir, mais non point de vous sentir. Si seulement vous saviez comment il est ce sentiment ! Ou mieux, si je savais m’expliquer !...

La distance qui nous sépare nous a unis nos âmes plus fortement que jamais... De la même façon que je suis unie à Jésus et que je ne cesse pas de penser à Lui, de la même manière je suis unie à l’âme de mon Père spirituel et je me le rappelle toujours avec une profonde nostalgie : nostalgie qui de temps à autre me mène aux larmes ; et ce n’est qu’au prix d’un grand effort que je réussis à les cacher.

Quelquefois j’examine ma conscience : s’agit-il d’un attachement et d'une affection exagérée ? Non, ce ne l’est pas. Et je reste en paix. Jésus voit et Jésus le sait. Je n’échangerais pas l’amour de Jésus contre l’amour de mon Père et celui de toutes les créatures du monde entier. Jésus est le commencement et la fin de ma vie ; c’est sans doute Lui qui a ainsi uni nos âmes.

Quatre ans après notre dure et douloureuse séparation, quand je croyais ne plus pouvoir résister aux désirs et aux souhaits de vous voir revenir m’encourager et guider mon âme vers Jésus, un coup encore plus dur est arrivé. Un douloureux poignard a été enfoncé dans mon cœur : ce poignard ne sera plus enlevé, et la blessure de celui-ci ne se refermera pas avant que vous ne retourniez ici.[24]

J’ai attendu jusqu’au dernier moment, convaincue que vous ne partiriez pas. Mais, que Jésus soit loué ! Toute la vie ne suffira pas, toute l’éternité ne suffira pas pour le remercier d’une aussi grande grâce : il est venu Lui-même me raffermir et m’apporter résignation. J’ai beaucoup pleuré, mais silencieuse, calme et sereine.

Le malin m’a tourmentée m’inspirant des doutes et en me montrant ma vie comme inutile, mais, avec la grâce de Dieu, j’ai tout vaincu et, ce me semble, sans offenser Jésus. Il sait très bien que s'il me manque, tout me manque. Il connaît l’abandon dans lequel je me trouve...

Le Père Umberto est bien mon ami et comprend très bien mon âme, mais très vite, lui aussi, a été interdit de venir.

Toutefois, bien qu'il me comprenne et m’ait soutenue dans des heures aussi tragiques, j’ai toujours senti que mon Père spirituel était la première et la dernière lumière de mon âme. Vous n’avez jamais cessé d’occuper dans mon cœur la même place ; Jésus ne vous a pas enlevé de là. Vous étiez et êtes toujours le premier pour qui je prie. Et le Père Umberto, le pauvre, me disait :

Je ne veux en aucun cas m’ingérer dans les affaires d’autrui. Je ne veux que soutenir votre âme. Votre vrai directeur c’est le Père [Pinho].

Pauvre de moi, et pauvre Deolinda, si le Seigneur, tout au long de ces années ne nous avait envoyé un médecin aussi bon et saint ! Personne ne voudrait se trouver dans sa situation. Il est notre ami, ami solide de la cause de Dieu ; il est aussi votre ami, mon Père, un ami sincère...

Le Père Alberto lui aussi m’aime bien, et sais très bien pardonner les péchés. Que beaucoup de grâces et louanges soient rendues au Seigneur !...

À quand l’heureuse nouvelle de votre retour, avec la liberté de pouvoir prendre soin de mon âme jusqu’à la fin des fins ?...[25]

Petite grappe de raisin pressée au maximum

(Moments de la Passion)

Le Seigneur soit avec moi: je me sens tellement exténuée que seule Jésus peut me redonner de la force...

Mon lit est comme une grille à travers laquelle passe et m’atteint le feu le plus vif et le plus brûlant. Je me sens toute entourée de flammes qui me consument et me détruisent le corps ainsi que l’âme...

Combien je souffre, mais combien j’ai encore de soif d’une plus grande souffrance ! Je suis fatiguée du monde, j’ai honte de lui, je suis obligée de le quitter: quelles diversités de souffrances !

(...)
Hier j’ai senti que des chaînes de feu me tiraient vers le Jardin des Oliviers: c’était l’amour, rien que l’amour. Prosternée jusqu’à terre, je sentais des tels déchirements et de telles secousses dans tout mon corps, que j’avais l’impression que les os allaient bientôt se rompre. C’était l’épouvante, c’était le pressentiment des souffrances...

Et aujourd’hui, sur le Calvaire, pendant que l’on me crucifiait et que l’on me clouait les pieds et les mains, j’ai senti comme si dans mon cœur on m’enfonçait de plus grands et plus douloureux...

Malgré la peur que j’avais de Lui, Jésus est cependant venu :

Ne me crains pas, ma fille: je suis ton époux et toi mon épouse... Je suis ton Père et toi ma fille bien-aimée... Sais-tu, ma fille ce que c’est que cette crainte de ton Jésus ? C’est la crainte que j’ai eue de mon Père éternel. Je me suis recouvert, je me suis revêtu de toute l’immondice de l’humanité, j’ai tout assumé et j’ai eu honte devant mon Père.

N’es-tu pas la victime du monde, non une victime de quelques heures ou de quelques jours mais de tant d’années ? Ne t’ai-je pas confié l’humanité ? Voilà la raison de ta crainte. Sauve-la pour moi. Je souffre intensément ! J’aimerais des âmes qui, comme toi, continuellement se laissent immoler avec une pareille générosité et amour...[26]

« On a prolongé mon martyre »

On a prolongé mon martyre sur la terre. Il est vrai que je veux souffrir, mais je veux savoir souffrir comme Jésus le désire, avec la perfection qu’il veut.

Ces derniers temps ont été pour moi un douloureux calvaire. Combien j’ai souffert ! Il m’aurait été tout à fait impossible de fuir la souffrance même si je l’avais essayé. Toute la terre, toute la mer, tout l’espace étaient souffrance. Oh, combien coûte la souffrance ! Et plus elle coûte, plus on veut donner et moins on trouve à donner. Je n’avais rien à offrir à Jésus. Je me sentais tout à fait incapable de tout. De temps à autre seulement je pouvais m’offrir comme victime. À la fin, il me semblait même avoir complètement oublié Jésus; je sentais perdre sa divine union.

Enfin, lors de l’agonie au Jardin des Oliviers, je me suis sentie indifférente et étrangère à tout.

Aujourd’hui, seule la violence de la souffrance m’a forcée à cheminer vers le Calvaire, ou mieux, c’est la violence de la souffrance qui m’a porté jusqu’à la cime, me cognant contre les dalles de pierre, pendant que je marchais, traînée avec rage.

N’importe laquelle parole ou acte d’amour sortait de moi comme d’une mer glacée et morte... tant de souffrance pour rien, tant de ténèbres sans lumière ! J’avais l’impression qu’il ne pouvait plus exister des souffrances qui aient quelque valeur, qui puissent donner la vie à l’humanité qui était morte et perdue.

Et mon Jésus est venu :

Ma fille, sais-tu qui t’appelle ? C’est Jésus, l’amour de ton cœur, Jésus duquel tu te sens abandonnée, Jésus qui en ces derniers temps a pressé au maximum sa petite grappe de raisin... Courage, je suis toujours avec toi !...

Mon Jésus, j’ai tant souffert, mais je n’ai pas su souffrir; au lieu de m’unir davantage à Vous, je m’en suis sentie tout à fait séparée. J’ai beaucoup souffert et je n’ai rien vu que je puisse vous offrir. Ce ne fut que plus tard et avec peine que je me suis souvenue de vous demander davantage d’âmes. tout ceci me fait souffrir.

Écoute, connais-tu la valeur de l’aumône ? Ne sais-tu pas de quelle manière je veux qu’il soit pratiqué ? Ce que tu aimerais voir, j’en ai déjà pris possession avant même qu’il en soit le temps.

Vous voulez, Seigneur qu’une main ignore ce que fait l’autre, n’est-ce pas ? C’est bien, mon Jésus, mais moi, j’aimerais vous offrir mes souffrances afin de pouvoir sauver les âmes.

Et tu en as sauvées. Ma fille, tu es en train de constituer un grenier si grand que pas même pendant bien des années de disette les âmes ne mourront [à la grâce] par manque d’aide.

Tu es l’aliment des âmes et j’ai tout préparé afin qu’elles ne meurent pas de faim.[27]

(...)

« J'unis ton cœur à mon divin Cœur »

(...)
Combien il me coûte de dicter ! Si seulement je savais offrir à Jésus ce sacrifice !

Je me sens de plus en plus seule... On dirait même que Jésus n’existe pas; qu’il n’est plus la lumière de mon âme. Je sens comme si j’avais perdu mon union avec lui.

Je ne sentais pas qu’il soit uni à moi, mais je sentais mon effort à vouloir m’unir à lui. Je ne voulais, à aucun moment, perdre un seul instant de sa douce compagnie. Bien au contraire, mon Dieu, tout semble mort, je ne sens même plus mon effort ni notre union. Quand je pense à Jésus et que je ressens cette dure séparation, la souffrance de mon âme est très douloureuse, elle est indicible...

La vie est longue: je ne comprends pas comment je peux rester ici. A la fin, même le gazouillement des oiseaux me blesse; et pour en finir, même les fleurettes que de ma fenêtre j’aperçois aux fenêtres ou balcons des maisons voisines, me font saigner le cœur.

Le démon s’obstine à vouloir me persuader que ma vie n’est que tromperie. O mon Dieu, quelle vie douloureuse ! Seule mon âme peut sourire et embrasser une aussi grande souffrance: le sourire de mes lèvres est trompeur...

Au Jardin des Oliviers je me suis épouvantée en découvrant la montée vers le Calvaire... Toutes les souffrances ont été anticipées; j’ai commencé à trembler...

Le corps déchiré je me suis engagée sur le chemin du Calvaire... Jésus est venu...:

Mon enfant..., J'unis ton cœur à mon divin Cœur, il n'y a plus qu'un seul cœur, qu'une seule vie. Je te donne une goutte de mon sang, afin de continuer le miracle et que tu puisses vivre et résister à la douleur, à ton martyre... afin que tu donnes la vie aux âmes et les fasses triompher dans leur guerre contre le mal...

(...) Courage, ma colombe, tu ne m’as pas perdu, tu ne m’as pas quitté... Dans l’obscurité de ton esprit, obscurité qui ne pouvait augmenter davantage, tu n’as pas senti l’union avec moi et tu n’as pas vu non plus de quelle manière tu courais vers moi. Oh, s’il t’était donné de voir comme tu es en moi et moi en toi ! Rien ne peut nous séparer !... [28]

« Ô mon Jésus, je ne fais rien... »

(...)
Dans la nuit du 14 au 15, le démon, après beaucoup de scènes laides, insultes et paroles malicieuses, m’a dit :

— Regarde, 21 ans de perdus ![29] A quoi t’ont servi tant de souffrances ? Tant d’années de perdues, des années de fausseté !...

(...)
Je sens ce que j’ai éprouvé il y a quatre ans: les bêtes et les oiseaux de rapine. Les premiers boivent mon sang qui baigne la terre; les autres, avec leur gros bec, mangent ma chair. D’autres encore rôdent autour de moi et mangent mes os. Combien peut-on souffrir dans ce silence !

Dans un pareil état, pressée au maximum, j’ai souffert mon Jardin des Oliviers... Je me suis retrouvée dans un lieu plus éloigné à prier toute seule; ensuite j’ai cherché la compagnie de ceux qui m’aimaient...

Aujourd’hui, tout le long du chemin du Calvaire, je sentais des instruments en fer enlever le peu de chair qui me restait. Ils me transperçaient les nerfs et arrivaient jusqu’aux os. À chaque pas je croyais mourir. Une vie venue d’en-Haut soutenait mon corps désormais épuisé. Quand je tombais, presque déjà morte, j’étais traînée par des cordes. Je sentais que cette vie venue d’en-Haut était le soutien de mon corps déjà moribond: ce n’était ni une vie ni une force humaine. Et au sommet, déjà sur la croix, cette même vie continuait à être la force qui me permettait de supporter tant de souffrance. Quand j’en ai éprouvé la séparation, déjà le cœur avait donné tout son sang, déjà mon cri semblait exécuté plusieurs fois le tour du monde entier. Alors cette vie est remontée vers le Haut, (...) le corps est resté mort...

Jésus est alors venu :

Mon enfant,... Je suis ton Jésus, Je suis toujours près de toi. Sur toi se reproduit toute ma Passion: tu es la copie la plus fidèle du Christ Rédempteur. Je poursuis, avec toi, pas à pas, le chemin de ton calvaire... O combien elle est belle, ta mission !...

O mon Jésus, je ne fais rien, je ne suis rien, je ne sais même pas souffrir... En moi il n'y a rien d'autre que néant, un immense néant. Sauf mon âme qui elle, elle sourit toujours à la douleur, à la croix, à votre amour...[30]

Et je ne veux rien d'autre ma douce enfant: le sourire de ton âme et c'est tout... [31]

« J’ignore où je me trouve... »

J’ignore où je me trouve. Il me semble ne plus avoir le moindre souffle de vie.

Durant la fête de Pâques, je suis venue dans cet endroit, je ne sais d’où. Je ne comprends pas la vie que j’ai reçu.[32] Je me suis retrouvée dans un cachot, dans une noire prison afin de donner la liberté à tous ceux qui s’y trouvaient. Les portes se sont grand ouvertes et tous ceux qui s’y trouvaient se sont envolés vers le Haut...[33]

Les animaux continuent de détruire et de dévorer mon corps. Une partie de ceux-ci est disparue. Et l’amour de Jésus semble ne pas habiter en moi: je n’ai rien pour lui, je n’ai rien pour les âmes. Je souffre horriblement à cause de sa perte. L’abandon dans lequel je me trouve, me fait peur: la séparation totale de ceux qui me sont chers... Mes yeux ne cessent de fixer Jésus et la Petite-Maman afin de leur demander de l’aide, afin de leur demander courage et amour.

Mon Jésus, l’âme de cet homme qui est tombé dans la rivière, est-elle sauvée ?

Oui, ma fille. Ce fut à onze heures et demie de la nuit qu’elle a comparu en ma divine présence. Comme il a été beau et attendrissante le moment où elle m’a vue devant elle, avant même que je ne lui demande des comptes !... Elle m’a dit: « Pardonnez-moi, pardonnez-moi, mon Jésus ! Vous êtes mon Seigneur. »[34]

Je lui ai pardonné et il a été sauvé ![35]

« Pauvre monde !... »

Je cherche à me corriger, de faire un grand effort sur moi-même pour essayer de cacher ma souffrance. J’ai l’impression d’utiliser des phrases creuses vis-à-vis de ceux qui me sont chers quand je leur manifeste ma douleur. Ensuite, j’ai envie de me mettre à genoux à leurs pieds et de leur demander pardon. J’agit de la sorte uniquement avec ceux qui ont des pouvoirs et des droits sur moi, sur mon âme. Ceci augmente mon martyre.

O Jésus, pardonnez-moi et donnez-moi de m’améliorer et de corriger mes défauts. Et si cela vous plaît, faites que je sache cacher les luttes et les tristesses de mon âme.

Je me sens dans un coin du monde. Ceux qui me sont les plus chers se trouvent dans le coin opposé. Quelle distance nous sépare ! Je sens que ceux-ci, comme moi, subissent la même obscurité, subissent le même mépris, le même abandon et la même mort. D’eux je ne peux recevoir aucun réconfort, aucune vie.

(...)
Hier je sentais s’approcher l’agonie au Jardin des Oliviers: j’étais dans une détresse inénarrable. Cette souffrance a augmenté en sentant dans mon âme les roulements du tonnerre, accompagnés d’éclairs aveuglants qui incendiaient le monde.. Le ciel descendait sur la terre anéantie par le péché, morte à cause de tous les vices. Il semblait que tout le firmament se changeait en feu. Mon Dieu, quelle rébellion ! J’ai senti que les âmes ne craignaient pas Dieu.

Au Jardin des Oliviers, on dirait que ces arbres s’ingéniaient à me cacher entre leurs branches, afin de me priver de toute lumière et me terroriser davantage dans mon obscurité. Les branches et le tronc tremblaient comme moi-même, ainsi que le sol.

Le Père éternel s’était retiré: c’était comme s’il n’existait pas. Mais sa justice descendait comme de noirs nuages pour m’écraser. J’ai senti tout mon corps baigné de sang. Le doux regard de Jésus posait sur mon âme. Quelle sérénité la sienne, mais quelle souffrance aussi ! De la coupe amère coulaient des filets de sang: ce sang éloignait de la terre le poids de la divine justice et illuminait même la terre...

Aujourd’hui, le long du chemin du Calvaire, après être tombé avec la croix et avant d’être traînée par terre, j’ai reçu dans ma poitrine des coups de pied si forts qu’ils m’ont laissé l’impression d’avoir broyé celle-ci....

Jésus est venu :

C’est un Cœur d’Époux qui t’invite, l’amour de l’Époux et du Père. C’est moi, ton Jésus, qui t’invite à entrer dans la plaie de ma poitrine, jusqu’à la source de mon divin Cœur ; non pas pour boire, car sans un miracle tu ne pourrais résister à mon amour, ni supporter la force de mon Sang divin. Entre, viens, approche tes lèvres à cette source ; viens étancher ta soif d’amour, la soif qui est la tienne de me gagner des âmes. Unis-toi à moi : c’est ce Sang qui engendre les vierges et qui donne vie et grâce, pureté et amour. Je n’entends pas, ma fille, te donner vie et adoucir ta souffrance, mais je veux te la donner afin que tu en donnes ; je veux t’en donner pour ensuite recevoir. Je suis l’agriculteur qui sème et cueille ; je suis le jardinier qui plante et cultive les fleurs. Je recueille tes souffrances dans des vases dorés pour les âmes. Ma fille, je suis comme un riche avare, jamais satisfait de sa récolte. Courage, donne-m’en davantage ; ne me refuse rien. Je continue de te demander ce dur martyre, cette douloureuse réparation. Le monde courre vers l’abîme : il est en danger de se précipiter et de rester à jamais enseveli. Je ne peux plus retenir la justice du Père éternel. Voici les sentiments que j’ai fait éprouver hier à ton âme. Je suis fatigué de demander un changement de vie et le retour des âmes vers moi. Pauvre monde s’il ne rebrousse pas chemin: le feu divin le réduira en cendres. C’est le feu que tu as vu venir du ciel avec les roulements des tonnerres. C’étaient des nuages de châtiment, les nuages noirs que tu as vus. Secoure, secoure le monde ! Donne-moi toutes tes souffrances.

Mon Jésus, vous me parlez ainsi: alors tout ce que je soufre pour l’humanité, ne servira à rien ?

Reste tranquille... Si ce n’étaient pas tes souffrances, oh, que serait-il devenu, le monde !...

Va dicter tout ceci, redouble dans ton effort; donne-moi encore ce sacrifice...

À l’imitation de ma Mère bénie, va à la rencontre de la souffrance et quitte la source de mon divin Cœur... [36] (...).

Communiée par son Ange gardien

(...)

Cette semaine je n’ai reçu Jésus Eucharistique qu’une seule fois. La faim que je sens de Lui devient presque désespoir... Sans son aliment divin je me suis tellement affaiblie que je ne peux même plus me lever... Toute tentative de réconfort de la part de ceux qui me sont chers, reste sans effet: elle est aussitôt ensevelie avec moi. Mon Dieu, tout se meurt, excepté le péché. O comme je sens mon corps corrompu et transformé en plaies nauséabondes ! Quel monstre abominable, fruit du péché ! Quelle dure pierre, quel monde d’iniquité !

Je sens comme des bombes tombées du ciel et qui explosent sur moi. Elles incendient et détruisent tout ce monde que je suis, ou de qui je suis la gardienne.

Jésus, je n’en peux plus. Je sens que je n’en peux plus. Venez à mon aide, amenez avec vous la Petite-Maman. Puisque le réconfort de la terre ne m’apporte aucune joie, alors que j’en ai tant besoin, que celui-ci me vienne au moins du Ciel...

(...)
J’ai descendu un grand escalier pour aller au Jardin des Oliviers, ou plutôt j’ai vu Jésus le descendre en moi. Il faisait déjà nuit. Quelle douleur Jésus a éprouvé en prenant congé de la Petite-Maman ! Quelle triste séparation ! Il savait très bien, que peu de temps après elle voudra l’embrasser, le prendre dans ses bras, guérir ses blessures, et qu’elle ne pourra pas le réconforter de ses douces paroles de Mère.

Je suis montée ensuite par un autre escalier en ayant les mains liées, presque épuisée. J’y suis montée sous une pluie de bastonnades et de coups de pieds, le visage couvert de crachats.

J’ai été conduite en présence d’hommes sévères, d’un caractère méchant, assis comme dans un tribunal. J’ai senti la gifle et, plus d’une fois, résonna dans mon âme le chant du coq. Quelle nuit ! Quelle souffrance ! Quelle profonde tristesse ! Mais l’amour, l’envie de sauver le monde surmontait tout.

Aujourd’hui je n’ai commencé à ressentir la souffrance du Calvaire que lors que je suis arrivée à la cime: j’étais au bord de rendre mon dernier soupir.

Pendant que l’on me déshabillait, les ricanements étaient tels qu’ils résonnaient par tout le Calvaire. Pendant que l’on me clouait à la croix, les déchirements ont été tels que j’ai eu l’impression que l’on m’arrachait les bras et les jambes. Tout le corps paraissait démembré. La douleur a été si forte que sans un miracle j’aurais du mourir sur le coup.

L’amour bouillonnait dans mon cœur, pendant que continuaient l’agonie et l’invocation au Père. Quelle soif ardente ! C’était Jésus qui brûlait d’amour dans l’anxiété d’ouvrir le Ciel à la pauvre humanité; et celle-ci restait dans son état de haine, de péché et de froidure. Quelle différence entre Jésus et les hommes !

Je suis restée longtemps dans cette douloureuse agonie...

Jésus est venu et m’a protégée de ses divins bras. J’ai senti comme s’il me sortait d’un abîme de douleur, d’un sépulcre sans fond.

Viens ici, ma fille... Repose-toi dans mon divin Cœur. Courage ! Reprends des forces en moi, relève-toi de ton affaiblissement... Va me recevoir dans la Communion: c’est ton ange gardien qui a l’honneur de me donner à toi...[37](...).

« Demande pénitence, beaucoup de pénitence... »

(...)
Hier, dans la nuit, à l’intérieur de moi, Jésus a atrocement souffert l’agonie au Jardin des Oliviers. Le sol était très dur; rien ne le ramollissait, même pas le Sang de Jésus. J’ai senti que Jésus pleurait... Au début ce n’étaient pas des larmes de sang, mais peu après oui. Ces larmes devançaient les gouttes de sang que peu de temps après couleraient des profondes blessures causées par les épines.

Pendant que je sentais ces larmes en même temps que les souffrances du (prochain) Calvaire, toutes les branches des oliviers tremblaient et s’agitaient comme secouées par un vent violent. Jésus lui aussi tremblait d’épouvante.

Passés quelques instants je me suis sentie comme extirpée d’une tombe. La pierre qui la couvrait était là, sur le côté, par terre. J’en suis sortie glorieuse pour triompher de toute souffrance. J’étais la tombe et j’étais Jésus.

Cette vision de gloire que j’ai sentie par anticipation ne m'a procuré aucun soulagement...

Aujourd’hui, toute la matinée, mon âme voyait Jésus en permanence. Il cheminait portant la croix sur ses épaules, et presque toujours il poursuivait son chemin le visage tourné, ainsi son regard vers sa Mère bénie qui le suivait...

Son agonie sur la croix (et moi avec lui) se déroulait dans la plus grande tristesse, dans l’obscurité de l’esprit et dans le plus complet abandon...

Nouveau sentiment, nouvelle vision de l’âme: j’ai vu Jésus triomphant sur toute la terre, le ciel qui s’ouvrait pour illuminer comme un grand soleil la terre entière.

Mais Jésus n’est pas sorti de sa souffrance et ses cris ont perduré jusqu’à ce qu’il expire...

Ensuite, il est venu :

Ma fille, vie et lumière des âmes, lumière du monde entier, messagère de Jésus et de Marie ! Oui, messagère de Jésus et de Marie parce que nos Cœurs sont tellement unis que nous ressentons la même douleur, les mêmes anxiétés, les mêmes désirs et le même amour. Ce que tu demanderas en mon Nom, demande-le aussi en son Nom. demande, épouse aimée, prière, prière, pénitence, beaucoup de pénitence. Et à forte voix, fais en sorte qu’on le demande ! Dis que le Père éternel exige réparation, une grande réparation... [38] (...).

« Tu ne t’alimenteras plus sur la terre ! »

O mon Jésus, je veux souffrir, mais savoir qu’en tout je fais votre divine volonté. Si l’on voulait m’alimenter au moyen d’injections, que dois-je faire ?

Reste calme... Tu ne t’alimenteras plus sur la terre. Ton aliment c’est ma Chair ; ton sang est mon divin Sang... Je ne veux pas que tu utilises la médecine, à laquelle on puisse attribuer des effets alimentaires. Cet ordre est pour ton médecin : ce sera lui qui prendra ta défense.[39] Je veux qu’il continue de t’aider avec la plus grande vigilance. Il est grand le miracle de ta vie...[40]

● ● ●

NOTES

[1]Journal du 4 janvier 1946.

[2] Le premier samedi de chaque mois Alexandrina avait un colloque avec la sainte Vierge: colloque de réconfort à l’immolation pour le triomphe de la dévotion au Cœur Immaculé.

[3] Journal du 5 janvier 1946.

[4] Ce n’est pas la première fois qu’Alexandrina rappelle la valeur rédemptrice du « Sang du Christ ».

[5] Journal du 11 janvier 1946.

[6] Journal du 18 janvier 1946.

[7] Journal du 25 janvier 1946.

[8]Journal du 15 février 1946.

[9] Il s’agit du départ, vers le Brésil, du Père Mariano Pinho, son premier directeur spirituel.

[10] Les familiers étaient très attachés et reconnaissants envers le Père Mariano Pinho; ils partageaient, en outre, la douleur de son départ du Portugal: il devait partir pour le Brésil et s’embarqua à Lisbonne le 20 février 1946.

[11]Journal du 17 février 1946.

[12] Le Père Umberto Pasquale, comprenant la nécessité de sa présence auprès d’Alexandrina et de sa famille, le jour du départ du Père Mariano Pinho, se rendit à Balasar dans la matinée du 20 février. Il parla longuement avec Alexandrina, la prédisposant à supporter cette nouvelle souffrance. Il se préoccupa aussi de la tranquilliser sur ses doutes d’être dans l’illusion au sujet des choses extraordinaires de sa vie.

Alexandrina utilise le pronom “quelqu’un” parce que le Père Umberto lui avait demandé de ne pas le nommer dans ses écrits.

[13] Comme déjà, lors de la mort mystique, maintenant aussi Alexandrina, voyant que les faits ne sont pas conformes à son interprétation des paroles divines, elle craint que toutes ses communications n’aient pas d’origine divine et que par conséquent toute sa vie soit une tromperie.

[14] Voici la perfection sublime que Jésus exigeait de cette âme d’élection: obéissance aveugle, confiance absolue, renoncement total.

[15] Le Père Mariano Pinho. Celui-ci, qui au Portugal avait dû suspendre le ministère sacerdotal, put le reprendre au Brésil, où, aimé de ses confrères et des fidèles, il travailla avec beaucoup de profit jusqu’à sa mort.

[16] Journal du 22 février 1946.

[17]Journal du 26 février 1946.

[18] Journal du 1er mars 1946.

[19] Alexandrina a l’impression de ne pas aimer le Seigneur... D’un autre côté elle se rend compte que sa réparation est insuffisante. “O amour divin ! Que pourrai-je dire de vous ? Je suis surmontée et vaincue par vous. Je me sens mourir d’amour et je ne sens pas d’amour, je me trouve abîmée dans l’amour, et je ne connais pas l’amour: je le sens opérer en moi et je ne comprends pas l’opération; je sens mon cœur brûler d’amour, et je n’en vois pas le feu.” (Sainte Catherine de Gênes “Dialogues” - III, Chapitre 3).

[20] Le Père Mariano Pinho.

[21] Journal du 2 mars 1946.

[22]Alexandrina avait reçu une lettre du Père Mariano Pinho.

[23] Journal du 15 mars 1946.

[24]Le Père Mariano Pinho ne reviendra plus jamais au Portugal. il est mort au Brésil, après avoir écrit deux biographies de sa fille spirituelle.

[25] Lettre du 20 mars 1946 au Père Mariano Pinho.

Peu de temps après le départ du Père Mariano Pinho pour le Brésil, le médecin écrivait à l’archevêque de Braga : “Les faits concernant Alexandrina seront dans l’avenir une condamnation de la « conclusion » blâmable élaborée par des juges qui se sont hasardés à porter un jugement sans vouloir écouter et sans vouloir connaître le protagoniste d’une cause qu’ils n’ont pas su étudier et, par conséquent, seront sujets à la critique qui sera juste et qui remettra les choses à leur place...

Alexandrina ne s’alimente plus depuis quatre ans, ayant toujours ses pertes de sang régulières et abondantes, sans le moindre signe d’anémie ; ayant ses facultés mentales actives et normales. Elle est mystiquement alimentée par la seule Eucharistie.

Connaissez-vous seulement dans les anales de la médecine une chose identique ou que, de loin, puisse s’y assimiler et qui ait une explication naturelle ?

Certains théologiens diront oui, mais les médecins, à qui saint Thomas ordonne, dans des cas semblables, de parler d’abord, s’ils ne sont pas fous, diront non.

Tout ceci, réuni à des phénomènes mystiques et à une vie de vertu héroïque, que les théologiens-juges n’ont même pas observé, nous donne le droit de penser qu’il s’agit d’un cas très notable, extraordinaire et surnaturel.

Notre Cardinal dit bien : « Un saint est un défi pour le monde moderne. Le monde ne le comprend parce que, pour apprécier la grandeur, il est nécessaire en connaître au moins le sens, et le monde moderne a en horreur tout ce qui est sublime. Et comme il ne le comprend pas, il le traite de fou pendant qu’il est en vie, même si après, quelquefois, il le glorifie. »” (sans date).

[26] Journal du 22 mars 1946.

[27] Journal du 5 avril 1946.

[28] Journal du 12 avril 1946.

[29] Alexandrina était, en effet, paralysée depuis avril 1925.

[30] Il n’y avait pas que l’âme d’Alexandrina qui souriait. Au milieu de ses grandes souffrances, physiques et spirituelles, elle avait toujours le sourire aux lèvres. Même dans la mort, elle garda ce doux sourire aux lèvres. Les photos prises à ce moment-là le prouvent.

[31] Journal du 19 avril 1946

[32] Alexandrina revit le moment de la résurrection du Christ.

[33] Elle revit la descente de Jésus dans les limbes.

[34] Au sujet de cet homme auquel il est fait allusion, Deolinda, écrivant au Père Umberto, le 1er février 1972, explique: “Il s’agit de Ernesto Teixeira qui quelques années avant avait essayé de pénétrer dans la maison alors que moi et maman nous étions parties à l’église et que par conséquent Alexandrina était seule. Il n’a pas réussi à entrer malgré que la porte ne soit pas fermée à clef, mais uniquement gonflée par l’humidité. Il venait de nuit, d’un village voisin, et pendant qu’il traversait le torrent il y est tombé et a été ensuite trouvé mort, coincé entre les roues d’un moulin. Naturellement, Alexandrina en est restée préoccupée et se confia au Seigneur, Lequel lui dit quelques paroles qui l’ont consolée. C’est tout ce dont je me rappelle.”

[35] Journal du 26 avril 1946.

[36] Journal du 30 août 1946

[37] Journal du 20 septembre 1946.

[38] Journal du 1er novembre 1946.

[39] Très probablement les médecins qui avaient pratiqué les derniers examens, impressionnés par la faiblesse d’Alexandrina, ont-ils conseillé le docteur Azevedo de la soutenir à l’aide d’injections de produits nutritifs.

[40] Journal du 7 décembre 1946.
 

   

Pour toute suggestion, toute observation ou renseignement sur ce site,
adressez vos messages à :

 voiemystique@free.fr